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Les prix des matières premières sont en baisse… mais pourraient bien exploser à nouveau dans les 12 prochains mois

Les prix des matières premières sont en baisse… mais pourraient bien exploser à nouveau dans les 12 prochains mois
crédit: Getty Images

Avec les perspectives de récession et d’une baisse de la demande à échelle mondiale, les prix des matières premières sont en baisse. Mais pour différents experts, ce n’est pas si simple : les prix pourraient bien repartir à la hausse. La récession pourrait être évitée, la demande restera forte, et les problèmes de l’offre persistent.

Cuivre, blé, pétrole… Les prix des matières premières sont en baisse depuis quelques semaines. Différentes raisons entrent en jeu, mais le dénominateur commun de la baisse des prix est le fait que la demande mondiale est en baisse, et avec elle les peurs de récession augmentent. Le dollar fort a également joué un rôle de frein de la demande en matières premières.

Mais d’ici la fin de l’année, la tendance pourrait s’inverser. C’est ce qu’annoncent les stratégistes d’UBS dans un rapport cité par CNBC. Ils soulignent que le facteur qui a alimenté la hausse des prix – les problèmes du côté de l’offre, comme la congestion des chaines d’approvisionnement – est peut-être passé au second plan à cause des peurs de récession, mais il n’a pas disparu pour autant. Dans les six à douze mois à venir, ils s’attendent à une hausse des prix de 15 à 20%. Ils ne sont pas les seuls à voir les prix repartir à la hausse : Goldman Sachs s’attend à une augmentation de 23,4% d’ici la fin de l’année.

« En général, l’offre de matières premières est limitée en raison d’années de sous-investissement – les stocks officiels sont faibles dans de multiples secteurs – et en raison de facteurs météorologiques et géopolitiques. Dans le même temps, nous observons des tendances positives de la demande », explique le stratégiste en chef Mark Haefele.

Pas de chute de la demande

Voilà tout l’enjeu. D’un côté, il y a ces problèmes du côté de l’offre qui persistent, et de l’autre côté, la demande pourrait finalement ne pas tant chuter que cela. Pour les stratégistes, un « atterrissage en douceur » de l’économie mondiale (sortir de l’inflation sans causer de ralentissement fort ou de recul des activités) est probable, notamment aux États-Unis, surtout que les derniers chiffres du marché de l’emploi restent très bons et que l’inflation semble avoir dépassé un pic. Si une récession est évitée, la production, et donc la demande en matières premières, notamment de métaux, ne devraient pas chuter. Ils ajoutent néanmoins que dans le cas d’une récession sévère, les prix continueraient de chuter.

Les stratégistes se penchent aussi sur la Chine. Depuis presque un an, la demande de nouveaux logements est en baisse. Avec les confinements qui ont bloqué une partie de la Chine durant le printemps, la demande locale pour différents biens de consommation a également chuté. Mais les experts s’attendent à ce que Pékin prenne des mesures pour relancer la demande dans les mois à venir, « ce qui devrait stabiliser la demande de matières premières telles que le minerai de fer et les métaux industriels. »

Transition énergétique: crise de l’offre à venir

Comme la demande ne devrait pas tant chuter qu’estimé, des peurs de pénuries devraient rapidement revenir sur le devant de la scène, et faire augmenter les prix à nouveau. Un élément qui sous-tend cette perspective est la transition énergétique, qui a besoin de certains métaux.

« Bien que ce constat ne soit pas nouveau, nous pensons que le monde n’est toujours pas préparé à l’explosion de la demande liée à la transition ; et malgré la hausse des prix, une décennie de rendements médiocres et de préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) a freiné les investissements dans la croissance future de l’offre de métaux clés comme le cuivre« , explique Haefele. « Cela signifie que la production aura du mal à suivre le rythme de la demande croissante. Sur le marché du pétrole, qui a connu un sous-investissement similaire, les producteurs de l’OPEP+ ont une capacité de réserve limitée, voire inexistante », compare-t-il.

Blé en Ukraine

Une autre matière première qui a récemment vu son prix baisser sur le marché international est le blé. Des récoltes meilleures que ce qui était attendu, aux Etats-Unis, et l’accord entre l’Ukraine et la Russie pour que l’Ukraine puisse exporter ses céréales ont notamment permis une baisse des prix.

Mais pour UBS, ce n’est pas prêt de durer. Au vu de la guerre (on attend encore les chiffres des récoltes ukrainiennes de cet été), des prix de l’énergie, des pénuries de main-d’oeuvre et des conditions climatiques (canicules et sécheresses, notamment), les problèmes des matières premières agricoles vont continuer jusqu’à l’année prochaine, estime Haefele.

Déstockage massif

Les analystes d’UBS ne sont pas les seuls à prédire une hausse des prix des matières premières dans les mois à venir. Pour Goldman Sachs, cité par CNBC, il y a des « attentes irrationnelles sur le marché ».

La baisse des prix serait donc en quelque sorte basée sur une illusion. « La seule explication rationnelle, à notre avis, est le déstockage, les consommateurs de produits de base épuisant leurs stocks à des prix plus élevés (que ceux auxquels ils s’attendent dans le futur proche, NDLR), pensant qu’ils pourront se réapprovisionner lorsqu’un large fléchissement créera une offre excédentaire », explique Jeff Currie, expert en matières premières pour la Banque.

Mais c’est un jeu dangereux, continue-t-il. Cette « offre excédentaire » pourrait ne pas exister, et une fois qu’on s’en rend compte, il y aura une course pour se réapprovisionner. Les prix augmenteront en conséquence.

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