Pourquoi les coiffeurs et les esthéticiennes rejettent la proposition ‘Covid safe’

La Fédération belge de beauté et United Hairdressers, qui représentent les esthéticiennes et les coiffeurs de notre pays, rejettent la proposition que trois scientifiques francophones ont lancée lundi dans une carte blanche publiée dans Le Soir. ‘La théorie est fausse’, estiment-t-elles.

Les scientifiques, l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB) et les infectiologues Nathan Clumeck (CHU Saint-Pierre) et Leila Belkhir (cliniques Saint-Luc, Woluwe), proposent d’attribuer un label ‘covid safe’ aux enseignes (magasin, bar, restaurant, salle de concert…) qui serait basé sur un certain nombre de paramètres: une bonne ventilation, la durée de l’exposition, le port du masque, etc. Ils prônent une approche individuelle et non plus par secteur. Dans leur stratégie, les auto-tests doivent jouer un rôle. De cette façon, ils veulent éviter les mouvements yo-yo, où les secteurs doivent fermer et rouvrir indéfiniment, pour apprendre à ‘vivre avec le virus’. Les communes seraient chargées de vérifier et d’apposer oui ou non le label covid safe.

Beaucoup de coiffeurs et esthéticiennes ne voient pas d’un bon œil ce traitement différencié, affirment les fédérations dans un communiqué. ‘Où tracez-vous la limite? Dans la grande majorité des cas, selon les critères, les coiffeurs et les salons de beauté n’ouvriront pas leurs portes, car les soins se font généralement près du visage’. Or, selon les fédérations, il n’y a pas de différence notable entre les professions de contact et les autres commerces en termes de taux d’infection, ‘donc la théorie est incorrecte’.

La proposition d’ajouter des autotests au protocole actuel est également contraignant selon eux. Les fédérations citent une enquête qui montrerait que six propriétaires de salons sur dix (sondés) ne veulent plus de mesures supplémentaires. ‘Aucun secteur ne s’est vu imposer autant de mesures et cela avec la promesse que nous pourrions rester ouverts’, déclare Mario Blokken, président de la Fédération belge de beauté, dans le communiqué.

‘Alors que les professions de contact médical comme les dentistes et les kinésithérapeutes doivent appliquer deux fois moins de mesures que nous. Poursuivre cette approche déraisonnable, c’est hors de question pour le secteur. Nous n’acceptons plus le deux poids, deux mesures pour les professions de contact.’

Les fédérations affirment qu’elles restent néanmoins ‘constructives’. Les coiffeurs et esthéticiennes estiment toutefois pouvoir rouvrir le 26 avril. En outre, les fédérations déclarent également qu’un plan de redressement financier serait ‘un must’.

Front francophone

Cette sortie des fédérations des coiffeurs et esthéticiennes dénote par rapport au bon accueil de la proposition des trois scientifiques par l’Union des classes moyennes, qui estimait hier qu’il s’agissait ‘d’une bonne solution’ où ‘tout le monde serait gagnant’.

Du côté politique aussi, un front francophone semble se dessiner. Sophie Wilmès (MR) évoque ‘une contribution salutaire qui propose une approche intelligente’. Son président de parti, Georges-Louis Bouchez, salue une proposition qui va dans le bon sens, soulignant au passage que le MR tient cette position depuis longtemps déjà.

Du côté du PS, Paul Magnette parle d »une piste sérieuse pour sortir progressivement du carcan actuel’, demandant toutefois quelques approfondissements. Ecolo salue aussi l’initiative, évoquant toutefois un bémol: le rôle des communes qui ont déjà pas mal de pain sur la planche. Les communes auront-elles les moyens de vérifier chaque protocole ?

Du côté, flamand, peu de réactions jusqu’à présent. Cette proposition sera-t-elle discutée en Comité de concertation ce mercredi ? Le timing semble serré. Les gouvernements et le Premier ministre Alexander De Croo s’attendaient plutôt à communiquer sur le calendrier de déconfinement et la levée de l’interdiction des voyages non essentiels à l’étranger. Le premier est compromis face à un taux de positivité qui ne cesse de progresser, le second point semble lui acté.

Il faut voir aussi comment la proposition sera accueillie du côté des experts du gouvernement qui eux, jusqu’à présent, ont proposé une approche secteur par secteur. Mais de l’aveu de Marius Gilbert, l’un des trois scientifiques co-auteur de la carte blanche, il s’agit d’une proposition à plus long terme ‘qu’on ne peut pas appliquer en deux semaines’.

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