Pourquoi la saison imminente des ouragans risque d’empirer cette année (et que des tempêtes monstres sont plus probables)

La saison des ouragans dans l’Atlantique commence le 1er juin et déjà l’eau du golfe du Mexique est plus chaude que la moyenne. Plus inquiétant encore, un courant d’eau tropicale chaude s’écoule dans le Golfe à une distance inhabituelle pour cette période de l’année. Et ce « Loop Current » a le pouvoir de transformer les tempêtes tropicales en ouragans monstres.

Lorsque le Loop Current remonte aussi loin vers le nord si tôt dans la saison des ouragans – en particulier au cours d’une saison qui s’annonce chargée – cela peut s’avérer catastrophique pour les personnes vivant le long de la côte nord du Golfe, du Texas à la Floride.

Si vous regardez les cartes de température du Golfe du Mexique, vous pouvez facilement voir le Loop Current. Il traverse le canal du Yucatan, entre le Mexique et Cuba, pour se jeter dans le golfe du Mexique, puis revient par le détroit de Floride.

Lorsqu’une tempête tropicale traverse le Loop Current ou l’un de ses tourbillons géants – de grands bassins d’eau chaude en rotation qui s’éloignent du courant – la tempête peut exploser en puissance car elle tire son énergie de l’eau chaude.

2005 : le drame à la Nouvelle-Orléans

Le Loop Current de cette année est remarquablement similaire à celui de 2005, année où l’ouragan Katrina a traversé le courant chaud avant de dévaster la Nouvelle-Orléans. Sur les 27 tempêtes majeures de cette année-là, sept sont devenues des ouragans majeurs. Wilma et Rita ont également traversé le courant cette année-là et sont devenus deux des ouragans les plus intenses connus dans l’Atlantique.

Les conditions observées par les scientifiques dans le Golfe en mai 2022 sont préoccupantes. Dix-neuf tempêtes tropicales – soit 32 % de plus que la moyenne – et neuf ouragans sont attendus cette année. Le Loop Current a le potentiel de faire monter sérieusement en puissance certaines de ces tempêtes.

L’eau chaude de l’océan ne signifie pas nécessairement plus de tempêtes tropicales. Mais une fois que les tempêtes tropicales atteignent des eaux d’environ 26°C ou plus, elles peuvent muter en ouragans.

Les ouragans tirent l’essentiel de leur force des 30 mètres supérieurs de l’eau de l’océan. Normalement, ces eaux océaniques supérieures se mélangent, permettant aux endroits chauds de se refroidir rapidement. Mais les eaux subtropicales du Loop Current sont plus profondes et plus chaudes (et aussi plus salées) que les eaux ordinaires du Golfe. Ces éléments empêchent le refroidissement de la surface de la mer, permettant au courant chaud et à ses tourbillons de retenir la chaleur jusqu’à de grandes profondeurs.

L’ouragan Ida

À la mi-mai 2022, les données satellitaires ont montré que le Loop Current présentait des températures d’eau de 25,5°C ou plus, jusqu’à environ 100 mètres de profondeur. En été, cette chaleur peut s’étendre jusqu’à environ 150 mètres de profondeur.

Le tourbillon qui a alimenté l’ouragan Ida en 2021 dépassait les 30°C en surface et était anormalement chaud jusqu’à une profondeur de 180 mètres. Grâce à des conditions atmosphériques favorables, ce profond réservoir de chaleur a permis à la tempête d’exploser presque en une nuit pour devenir un ouragan de catégorie 4 aussi puissant que dangereux.

Au sein d’une tempête, l’eau chaude de l’océan peut créer d’imposants panaches d’air chaud et humide qui alimentent les ouragans. Lorsque l’humidité et la chaleur augmentent dans un ouragan, la pression baisse. La différence de pression horizontale entre le centre de la tempête et sa périphérie provoque alors une accélération des vents, rendant l’ouragan de plus en plus dangereux.

Comme le courant et ses tourbillons contiennent beaucoup de chaleur, ils ne se refroidissent pas de manière significative et la pression continue de baisser. En 2005, l’ouragan Wilma avait la pression centrale la plus basse jamais mesurée dans l’Atlantique, et Rita et Katrina n’étaient pas loin derrière.

La Niña

Les prévisionnistes ont d’autres indices sur la façon dont la saison des ouragans pourrait se dérouler. L’un d’eux est La Niña, l’effet météorologique opposé à El Niño. Pendant La Niña, des alizés plus forts dans le Pacifique amènent de l’eau plus froide à la surface, créant des conditions qui contribuent à pousser le courant-jet plus au nord. Cela tend à exacerber la sécheresse dans le sud des États-Unis et à affaiblir le cisaillement du vent dans cette région également. Le cisaillement du vent comprend la modification de la vitesse et de la direction du vent en fonction de l’altitude. Un cisaillement du vent trop important peut déchirer les tempêtes tropicales. Mais la diminution du cisaillement du vent, grâce à La Niña, et l’augmentation de l’humidité dans l’atmosphère peuvent entraîner une augmentation de nombre d’ouragans.

La Niña a été exceptionnellement forte au printemps 2022, mais il est possible qu’elle s’affaiblisse plus tard dans l’année, ce qui permettra un cisaillement du vent plus important à la fin de la saison. Mais pour l’instant, la haute atmosphère ne fait pas grand-chose qui puisse empêcher un ouragan de se renforcer.

Il est trop tôt pour dire ce qu’il adviendra des vents directeurs qui dirigent les tempêtes tropicales et influencent leur trajectoire. Avant même cette date, les conditions au-dessus de l’Afrique de l’Ouest sont déterminantes pour le développement des tempêtes tropicales dans l’Atlantique. La poussière du Sahara et une faible humidité peuvent toutes deux réduire la probabilité de tempêtes.

Le réchauffement de la planète

La température de la terre augmente, tout comme celle de l’océan. Une grande partie de la chaleur retenue par les gaz à effet de serre libérés par les activités humaines est stockée dans les océans, où elle peut fournir un carburant supplémentaire aux ouragans.

Des études suggèrent que l’océan Atlantique est susceptible de voir plus de tempêtes se transformer en ouragans majeurs à mesure que ces températures augmentent, mais pas nécessairement plus de tempêtes en général. Une étude a examiné la saison des ouragans de 2020 – avec un record de 30 – et a constaté que les tempêtes ont produit plus de pluie que dans un monde sans les effets du changement climatique d’origine humaine.

Une autre tendance est que les tourbillons du Loop Current sont plus chauds qu’il y a 10 ou 15 ans. On ne sait pas encore si ce phénomène est lié au réchauffement de la planète, mais son impact pourrait être dévastateur.

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