Pour les entreprises énergétiques néerlandaises, payer en roubles, c’est « niet »

Le président russe Vladimir Poutine souhaite que les pays occidentaux paient désormais en roubles le gaz qu’ils achètent à la Russie. Mais les entreprises énergétiques néerlandaises n’ont pas l’intention de le faire pour l’instant, disent-elles à RTL Z.

Les « pays non amicaux » qui achètent du gaz naturel à la Russie, Poutine ne veut plus les laisser payer en euros ou en dollars américains, mais les faire payer en roubles russes. Par « pays non amicaux », Poutine entend les pays qui ont imposé des sanctions à la Russie en raison de l’invasion de l’Ukraine, tels que les membres de l’Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis.

En général, 60% des contrats de gaz avec la Russie sont payés en euros et 40% en dollars, indique Hans van Cleef, expert en énergie chez ABN Amro.

Un contrat est un contrat

À partir de la semaine prochaine, ces contrats devront être payés en roubles, si cela convient à Poutine. Mais l’entreprise énergétique Vattenfall affirme qu’elle n’a pas l’intention de le faire. « Les parties ne peuvent pas changer unilatéralement la monnaie dans un contrat qu’elles ont signé. Il reste donc à voir quel sera l’effet de cette idée« , déclare Vattenfall.

Et rien ne changera non plus pour le néerlandais Gasterra, pense l’entreprise. « En principe, cela ne nous affecte pas », déclare le porte-parole Jan Hendrik Annema. « Dans nos contrats, des accords ont été passés sur la manière de payer et nous continuons à payer dans la même monnaie. »

Il ne veut pas dire quelle monnaie est incluse dans les contrats. Il ne s’attend pas à être confronté au choix suivant : soit Gasterra devra payer en roubles, soit la Russie ne livrera plus.

Annema ne veut pas non plus dire si Gasterra a des contacts avec Gazprom à ce sujet. Il dit avoir entendu l’annonce par les médias et ne pas avoir été informé par Gazprom.

« Payer en euros »

Eneco rejoint Vattenfall. L’entreprise énergétique affirme avoir conclu un contrat à long terme avec Wingas, une filiale allemande de Gazprom, pour un approvisionnement jusqu’en 2030. Ce contrat est libellé en euros et Eneco s’attend à continuer à être approvisionnée en gaz, contre paiement en euros.

Selon Eneco, la raison pour laquelle la société ne résilie pas ce contrat est, outre la sécurité d’approvisionnement, également due au fait que Gazprom sera alors en mesure de vendre le gaz à d’autres clients au prix actuel, plus élevé.

La société indique également qu’un certain nombre d’autres contrats avec Gazprom expireront bientôt, avec des durées plus courtes, et ne seront pas renouvelés en raison de la situation en Ukraine.

« Rupture de contrat par la Russie »

Plus de clarté vient de l’Allemagne, qui indique qu’elle ne veut pas payer en roubles. « Si la Russie insiste pour que les achats de gaz des pays de l’Union européenne soient payés en roubles, elle commet une rupture de contrat », a déclaré le ministre allemand de l’économie Robert Habeck.

L’Allemagne est un gros acheteur de gaz russe et tient donc compte de l’appel lancé par le ministre ukrainien des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, aux États membres de l’UE pour qu’ils ne commencent pas à payer le gaz russe en roubles.

L’impasse menace

Si les pays font cela, ils iront à l’encontre de leurs propres sanctions, dit M. Van Cleef. En outre, la demande de roubles augmenterait fortement si les clients voulaient payer massivement dans la monnaie russe. Et l’UE ne voudra pas être responsable de cela, car cela fait le jeu de Poutine.

En bref : une impasse se profile. Les parties européennes ne voudront pas payer en roubles, la Russie cessera de fournir du gaz. Et cela pourrait convenir aux deux parties. « Tout compte fait, cela pourrait déboucher sur un boycott réel, mais non explicite, du gaz, les deux parties se désignant l’une l’autre comme coupable », estime M. Van Cleef.

D’ailleurs, dans la plupart des contrats, il existe généralement des clauses prévoyant qu’un arbitrage peut avoir lieu en cas de désaccord sur le respect des accords du contrat, ajoute Annema de Gasterra. Il ne sait pas si son entreprise a aussi ce genre de clause dans ses contrats.

Assez de roubles ?

Outre la question de principe, il y a aussi l’aspect pratique de la question. Selon M. Van Cleef, la question est de savoir s’il y a suffisamment de roubles disponibles, car les banques seront réticentes à les conserver en raison des sanctions.

Van Cleef pense que les déclarations de Poutine sont donc un peu pour le spectacle. « On pourrait s’attendre à ce que Poutine ait besoin de devises fortes ; après tout, le rouble n’est pas d’un grand secours pour le monde. En ce sens, on peut se demander dans quelle mesure ses déclarations sont significatives. »

Le taux de change du rouble augmente

Pourtant, Poutine semble avoir accompli quelque chose. « Il a au moins parlé du taux de change du rouble », déclare M. Van Cleef. Il compare les déclarations de Poutine à une intervention verbale d’une banque centrale, qui entraîne déjà une réaction sur le marché sans qu’aucune action réelle ne soit entreprise.

Le taux de change du rouble avait chuté ces dernières semaines en raison des sanctions imposées à la Russie par les pays occidentaux. En conséquence, les produits importés de l’extérieur de la Russie sont devenus plus chers pour les consommateurs russes, convertis en roubles. Un rouble plus fort rend ces produits un peu moins chers pour les consommateurs russes.

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