Peut-on prédire le mouvement des foules?

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Le comportement des foules est parfois imprédictible et parfois même dangereux, mais on peut penser qu’il est gouverné par des règles simples. Ainsi, jusqu’à présent, les modèles de mouvement de foule comparaient les mouvements de masse à ceux d’un liquide, les gens étant associés aux molécules du liquide. Mais ces modèles échouaient à décrire le chaos qui survient lorsque la foule se densifie et que ses mouvements deviennent incertains.

Renonçant à comparer les êtres humains à des molécules, le Docteur Moussaid et son équipe de l’Université de Toulouse ont bâti un modèle dans lequel chaque personne virtuelle d’une foule suivait deux règles :

1. Se rendre le plus rapidement possible à une destination, en évitant les obstacles.

2. Ajuster sa vitesse en fonction de la distance de ces obstacles.

Ces hypothèses permettent d’expliquer notamment la tendance des gens à se grouper en files se déplaçant en sens opposés, et le mouvement en accordéon tandis que la foule s’épaissit.

Cependant, lorsqu’ils augmentaient la densité de la foule virtuelle, leur modèle échouait à refléter l’extrême turbulence des foules réelles, lorsque les gens se bousculent et changent chaotiquement de direction, et que des écrasements peuvent se produire. Cela se produit parce que dans les foules réelles très denses il y a tellement de bousculade et de heurts que les mouvements des gens ne sont plus sous leur contrôle. Pour imiter ce comportement, le Docteur Moussaid a ajouté une troisième règle:

3. Lorsque la foule est très dense, les individus se comportent comme des molécules qui rebondissent de façon erratique les unes sur les autres.

Avec l’ajout de cette troisième règle, le modèle reproduit fidèlement la dynamique de foules denses aussi bien que celles de foules plus clairsemées. Au début, la foule se déplace de façon fluide. Puis, avec l’ajout de davantage d’individus, des bousculades et des mouvements d’accordéon commencent à se produire. S’ensuivent les turbulences qui peuvent mener au désastre. Le modèle a ainsi parfaitement reproduit la catastrophe de la Mecque en 2006, où 346 pèlerins moururent d’avoir été comprimés par la foule.

Le Docteur Moussaid espère que son modèle permettra d’éviter la reproduction de tels évènements, grâce aux progrès induits dans la conception des espaces publics, en particulier l’étude de meilleurs systèmes d’évacuation.