Non, la chute du géant de l’immobilier chinois Evergrande ne sera pas le prochain Lehman Brothers

Evergrande est au bord de la faillite. Le promoteur immobilier fait face à 390 milliards de dettes. Son appétit pour l’investissement à tout-va l’empêche désormais de payer ses créanciers.

« Evergrande, le risque d’un Lehman Brothers chinois ». Ce titre du quotidien économique suisse Le Temps a fleuri un peu partout dans la presse spécialisée. Avec près de 90 milliards de dollars de dette et des passifs dépassant les 300 milliards, selon les derniers chiffres, il est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter. C’est plus que le PIB de chaque pays hors du top 50 du classement des pays les plus riches du monde.

Mais les marchés n’ont pas particulièrement paniqué, note Barrons. « Une désintégration ordonnée » du groupe est même en cours.

En fait, le problème le plus concret concerne des appartements vendus, mais pas encore construits. Ce qui a poussé des manifestants, chose désormais rare, à montrer leur mécontentement pour le 3e jour de suite, devant les portes du siège d’Evergrande à Hong Kong. « Rendez l’argent ! », clament les clients lésés. D’autres mouvements ont été signalés dans les provinces de l’Anhui, du Jiangsu (est) et du Hubei (centre), explique l’AFP.

Mais l’analyste d’IG France Alexandre Baradez explique que « le marché n’est pas surpris comme cela a pu être le cas avec Lehman Brothers », du nom du géant bancaire américain qui a été l’étincelle de la crise financière de 2008-2009. « Lehman a été un choc : une banque bien notée qui a disparu du jour au lendemain. Ici, les investisseurs se préparent. » Il est vrai que le cours des actions du groupe descend en flèche depuis un certain temps à la bourse de Hong Kong.

Pas de risques de contagion

Reste qu’Evergrande est une des plus grosses entreprises privées chinoises, présente dans 280 villes et qui est considérée comme le 2e plus grand promoteur immobilier du pays. Mais Pékin entend prendre le contrôle de l’entreprise même si ça doit mener à sa disparition. Comprendre: le régime chinois paiera les dettes et procèdera aux restructurations nécessaires.

Enfin, l’exposition des clients étrangers reste relativement faible avec « seulement » 7 milliards de dettes détenues par des investisseurs non chinois. « Ce n’est pas un montant impossible à absorber ou susceptible d’effrayer les marchés financiers », indique Baradez.

Par contre, il s’agit certainement d’un mauvais signal pour les investisseurs étrangers déjà effrayés par la vague de régulations menée par Xi Jinping et le Parti communiste chinois.

Evergrande s’est cru trop beau et a investi absolument partout: le tourisme, le numérique, les assurances ou encore les parcs de loisirs. Sans oublier son club de foot de prestige Guangzhou FC, champion ou vice-champion sans discontinuité du championnat chinois depuis 2011. Le club est actuellement entraîné par l’ancien champion du monde italien Fabio Cannavaro. Tous ces investissements extravagants sous la houlette de son fondateur, Xu Jiayin, ont fini par plomber les finances de l’entreprise.

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