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Le plus gros problème de Meta n’est pas son métavers, mais ses sources de revenus

Le plus gros problème de Meta n’est pas son métavers, mais ses sources de revenus
Marc Zuckerberg. (Drew Angerer/Getty Images)

L’année 2022 a été une année catastrophique pour Meta. Au cours des 12 derniers mois, l’entreprise a perdu pas moins de 63 % de sa valeur. Plusieurs facteurs ont joué dans la balance, mais un aspect pourrait bien représenter à lui seul le plus gros problème de Meta.  

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Pourquoi est-ce important ?

2022 a véritablement été une année difficile, et ce, à de nombreux points de vue. Outre la guerre en Ukraine, une inflation généralisée s’est abattue sur le monde, de même qu’une crise énergétique en Europe. Des facteurs macroéconomiques auxquels les géants de la tech n’ont pu échapper. De quoi les pousser à remettre en question leur fonctionnement. Encore faut-il que leur dirigeant soit à l’écoute.

Les chiffres : les facteurs macroéconomiques ont eu des répercussions différentes sur les Big Tech.

  • Meta a perdu 63,78 % de sa valeur en un an.  
  • Le constructeur automobile Tesla s’est également effondré en 2022, avec une baisse de 50,51 %.
  • Amazon a aussi beaucoup souffert, avec une réduction de 47,34 % de sa valeur.
  • La maison mère de Google, Alphabet, a chuté de 35,53 %.
  • La valeur du géant américain Microsoft s’est allégée de 23,55 %.
  • Apple n’a pas fait exception, mais c’est très certainement celle qui a le moins souffert en 2022, avec une baisse de seulement 20,07 % de sa valeur.

Meta ne vend rien d’autre que ses utilisateurs

Comment expliquer une telle chute de la part de Meta ? Outre ses choix qui posent question, notamment son projet de s’investir corps et âme dans le développement du métavers, malgré le peu d’engouement des investisseurs, le système économique sur lequel repose l’entreprise de Mark Zuckerberg est à pointer du doigt.

Contrairement aux autres Big Tech, Meta ne vend aucun produit, si ce n’est les données personnelles de ses utilisateurs aux annonceurs. L’entreprise est en effet largement tributaire des publicités. Elles représentent 97,4 % de ses revenus, soit 115,9 milliards de dollars.

  • Les paiements et autres frais ne représentent que 0,6 % de ses revenus, soit 721 millions de dollars, selon FourWeekMBA.
  • Quant à sa branche Reality Labs qui regroupe les ventes de ses casques de réalité virtuelle Meta Quest, elle ne génère que 2,27 milliards de dollars, soit 1,9 % des revenus de l’entreprise.

À titre de comparaison :

  • Apple (2.100 milliards de dollars) tire la majorité de ses revenus des ventes d’iPhone (52 %, 191,7 milliards de dollars). Ses services ont pris de plus en plus d’importance au fil des années et représentent aujourd’hui 19 % de ses revenus. Les Mac et les wearables (Apple Watch, AirPods, AirTag, etc.) génèrent chacun 10 % des revenus de l’entreprise à la pomme, suivis par l’iPad (9 %).
  • Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le produit phare de Microsoft (1.800 milliards de dollars) n’est pas Windows (14 %), mais ses services Cloud (Azure, avec 31 %) et la suite Office (24 %). On retrouve ensuite sa branche gaming avec ses consoles Xbox et ses services liés (9 %), LinkedIn (6 %), la publicité sur Bing (5 %), ses produits hardwares et ses services aux entreprises qui représentent chacun 4 % et le reste de ses activités ne représentent que 3 % de ses revenus.
  • À l’image de Meta, Alphabet (1.160 milliards de dollars) tire la majorité de ses revenus (58 %)  de la publicité via Google Search. Les annonces sur YouTube (12 %) représentent également une importante source de revenus, suivies par Google Network (Maps, Shopping, Blogger, Gmail, etc.) et Google Cloud (11 % chacun) et enfin le reste des services Google (7 %), dont les bénéfices engendrés par le Play Store.
  • L’activité principale d’Amazon (869 milliards de dollars) étant le commerce en ligne, il est assez logique qu’elle représente sa principale source de revenus (51 %). On retrouve ensuite ses services de vendeurs tiers qui sont liés à son activité principale (24 %), suivis par ses services de cloud computing (Amazon Web Services, 14 %), ses abonnements (Amazon Prime, 7 %) et enfin, ses magasins physiques (4 %).
Crédit : Stephane Halimi

Le constat est sans appel : Meta ne diversifie pas suffisamment ses sources de revenus, un peu à l’image de Twitter – bien que son nouveau PDG travaille à changer cela.

  • C’est d’ailleurs pour cela que Mark Zuckerberg lui-même avait lancé l’année dernière une campagne de lobbying pour tenter de freiner les plans d’Apple visant à renforcer la confidentialité de ses utilisateurs.
  • Cela lui a déjà porté préjudice durant la pandémie, car les publicitaires ne voulaient pas voir leurs contenus associés à des publications sur le coronavirus.
  • Plus récemment, les hausses des taux d’intérêt initiés par la Réserve fédérale américaine ont poussé les annonceurs à réduire leurs dépenses.

Bientôt un renouveau pour Meta ?

Peut-on s’attendre à ce que Mark Zuckerberg prenne conscience de la trop forte dépendance de son empire vis-à-vis des publicités et donc, à un changement drastique de son système économique ? Il y a peu de chances.

  • Zuckerberg est en effet totalement concentré sur le développement du métavers, projet dans lequel il croit dur comme fer. Et bien que les investisseurs aient montré leurs doutes à ce sujet, le patron de Meta prévoit toujours d’investir des sommes folles pour concrétiser sa vision.
  • Mais il se pourrait qu’il soit contraint de revoir sa copie, du moins en Europe puisque les régulateurs européens étudient la possibilité d’interdire à Meta d’obliger ses utilisateurs à accepter des publicités ciblées pour accéder à ses services.
  • Techniquement, Meta a déjà essayé de diversifier ses sources de revenus, avec notamment des services payants sur Facebook notamment, mais aussi en mettant la main sur Oculus – devenu entre-temps Meta Quest. Mais le réel potentiel de cette branche ne pourra se dévoiler que lorsque le métavers de l’entreprise sera lancé et ce ne sera pas avant de nombreuses années.

L’empire de Mark Zuckerberg devrait donc encore traverser plusieurs turbulences avant de – peut-être – renouer avec le succès.

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