L’Iran cherche à occuper la part de marché russe du pétrole en Europe

Le projet de l’Union européenne de se défaire des importations de pétrole russe d’ici la fin de l’année est perçu comme une aubaine pour l’Iran. Le pays serait en effet enclin à remplacer la Russie, à condition que l’accord sur le nucléaire soit renouvelé.

La solution au problème de dépendance de l’Europe au pétrole russe pourrait bien venir de Téhéran. L’Iran, bien qu’allié de Poutine, chercherait en effet à occuper la part de marché russe du pétrole sur le Vieux continent, rapporte Bloomberg. Seule contrainte pour soulager la pression sur le marché européen: un nouvel accord sur le nucléaire avec les puissances mondiales doit être conclu.

Rappelez-vous, c’était en 2015. Les grandes puissances du monde ont signé un accord historique, celui de Vienne, avec l’Iran, afin de limiter son programme nucléaire en échange d’un allégement des sanctions à son encontre. Un accord dont l’ancien président américain Donald Trump s’est retiré trois ans plus tard et a infligé de nouvelles sanctions économiques particulièrement fortes sur Téhéran, ravivant les tensions. Il aura fallu attendre l’arrivée d’un nouveau président, Joe Biden, pour que les discussions concernant un nouvel accord reprennent tant bien que mal.

Concurrence sur le marché asiatique

Le projet de Téhéran s’inscrit dans un contexte particulier. Son allié russe est désormais lui aussi sanctionné par l’Occident, il s’est donc tourné vers le marché asiatique pour liquider son or noir. De quoi pousser l’Iran et la Russie, deux importants producteurs de pétrole, à se livrer à une bataille acharnée des prix pour vendre à des pays qui n’ont pas imposé de sanctions, notamment la Chine et l’Inde, rapportait Bloomberg en juillet.

Mais si les sanctions à l’encontre de l’Iran étaient assouplies, le producteur de pétrole d’État iranien pourrait faire affaire avec des pays européens, notamment la Grèce, l’Espagne et la Turquie, selon des initiés, et ainsi remplacer les exportations de pétrole russe sur ces marchés.

Soulager le marché européen

L’arrivée d’un flux de barils de pétrole iranien pourrait bien faire la différence sur le marché mondial de l’or noir, alors que les prix atteignent des records. Le pétrole iranien pourrait compenser le brut russe sur le marché européen et ainsi, faire baisser les prix. « Un accord déclencherait le retour de volumes importants de brut iranien sur le marché, ce qui serait un facteur baissier pour les prix », a déclaré Henry Rome, directeur adjoint de la recherche d’Eurasia Group et analyste iranien sur la plateforme médiatique GZERO de la société, la semaine dernière.

La Russie VS l’Iran

L’Iran aurait déjà augmenté sa production de pétrole en prévision, mais selon les analystes de Goldman Sachs, un accord sur le nucléaire iranien ne devrait pas être conclu de sitôt. L’impasse dans laquelle se trouvent les grandes puissances et Téhéran est « mutuellement bénéfique » pour les États-Unis et l’Iran, ont-ils affirmé. Washington a pourtant admis que ses discussions avec Téhéran allaient dans la bonne direction, après que l’Iran a fait des concessions.

Reste que les relations étroites entre l’Iran et la Russie représentent un obstacle de taille à l’accord, si Téhéran promet en effet de composer l’absence des barils russes sur le marché européen, ont souligné les analystes. Cela pourrait créer des tensions entre les deux pays.

L’Iran, solution au problème de pétrole de l’Europe ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, ça ne sera pas pour tout de suite.

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