Les voyages d’affaires ne retrouveront jamais leur niveau: et cela aura un impact direct sur les vols touristiques

Les compagnies aériennes du monde entier ont fait les frais de la pandémie, c’est désormais bien connu. Alors que leurs stratégie se multiplient pour redresser la barre, il semblerait que cela ne soit pas près de s’arrêter. Même en cas de vaccination des masses dans un futur proche, la fréquence des voyages d’affaires risque d’être fortement impactée, et ce pour toujours. Et ce seront les voyages pour touristes qui en feront les faits.

Le secteur de l’aviation compte parmi les branches industrielles qui ont été les plus touchées par la crise. Une combinaison de fermeture des frontières, puis d’annulation des vols, et enfin de restrictions budgétaires a pratiquement interrompu tous les voyages internationaux, en ce compris les voyages d’affaires. L’impact de la pandémie sur l’emploi dans le secteur de l’aviation est immense. 

Les voyages d’affaires risquent de ne plus jamais atteindre leur niveau une fois la pandémie endiguée. Les budgets liés à ces déplacements ont été fortement réduits et certaines réunions, qui ont été instaurées de façon virtuelle, ne se feront plus jamais de vive voix. Plus qu’une crise sanitaire, cette crise a changé les mentalités. C’est en tout cas ce que révèle une enquête du Wall Street Journal. 

Une enquête approfondie

Pour réaliser cette enquête, les journalistes, qui ont travaillé avec 3 spécialistes de l’industrie du secteur : Jay Sorensen, président d’IdeaWorks, une société de conseil pour l’industrie aérienne, Ben Baldanza, ancien directeur général de Spirit Airlines et membre actuel du conseil d’administration de JetBlue, et Charlie Leocha, défenseur des consommateurs et président de Travelers United.

Ils ont combiné plusieurs données sur les voyages d’affaires en provenance d’enquêtes réalisées dans différents pays. Ils ont classé les vols en sous-catégories, selon la nature du déplacement: salons professionnels, conférences, assistances techniques, etc. Ensuite, ils ont procédé à une estimation des pourcentages minimum et maximum des voyages d’affaires qui pourraient être ‘perdus’ en fonction de chaque sous-catégorie.

Pourquoi ces données sont-elles importantes?

Ces données sont cruciales pour les compagnies aériennes et leurs employés, mais aussi pour tous les voyageurs. Les entreprises paient en général des tarifs plus élevés, et ce sont ces tarifs qui financent les billets low cost des voyageurs qui se rendent à l’étranger pour leurs vacances. 

Mais ce n’est pas tout. Aux États-Unis, la santé économique des compagnies aériennes comme American Airlines, Delta et United Airlines, au même titre que la Lufthansa, British Airways et Singapour Airline, gravitent autour des voyages d’affaires. Ces voyages ont une incidence sur leurs choix dans les destinations,  sur la conception de leurs horaires, la configuration de leurs avions et tout ce qui s’y rapporte, des salons d’aéroport luxueux aux investissements majeurs dans de nouveaux terminaux de luxe. 

Ensemble, les travailleurs qui voyagent représentent entre 10% et 15% des clients les plus importants des compagnies aériennes mondiales, et pas moins de 40% de leurs recettes. La Bank of America estime d’ailleurs qu’en 2019, les voyages d’affaires ont contribué à hauteur de 334 milliards de dollars aux 1.100 milliards de dollars de recettes de l’ensemble du secteur du voyage l’année dernière.

D’après l’enquête du Wall Street Journal:

  • Pas moins de 25% des voyages d’affaires se font avec une vente à la clé ou dans le but de prospecter de nouveaux clients. 
  • Ils ont aussi remarqué que 20% des voyages se faisaient dans le but d’assister à un congrès ou à un salon professionnel. 
  • 20% de l’ensemble de ces voyages, se font dans le cadre de réunions et des formations au sein des entreprises,  ce qui pourrait être remplacé par des visioconférences. 
  • Les personnes qui se déplaçaient, car leur bureaux étaient basés à l’étranger représentaient 5% de l’ensemble des voyages d’affaires dans le passé. Aujourd’hui, ce chiffre a été réduit à 0 et il est fort probable qu’il ne retrouve sa valeur initiale, le télétravail ayant été priorisé.

Les données récoltées par le Wall Street Journal suggèrent qu’entre 19% et 36% de tous les voyages d’affaires sont susceptibles d’être supprimés… à long terme. ‘Il s’agit d’un trou fatal pour le secteur, mais qui sont pourtant bien réels’, déclare Ben Baldanza.

Ces chiffres ont été obtenus en multipliant les estimations des voyages supprimés par la part des voyages d’affaires dans chacune des sept catégories. Ils ont alors obtenu une estimation globale des voyages d’affaires ‘perdus’. 

L’ère révolue des voyages low cost

Ces résultats ont également été corroborés par une enquête mondiale réalisée par le cabinet new-yorkais de conseil en stratégie, Olivier Wyman: 43% des voyageurs pour affaire ont déclaré qu’après la pandémie, leurs voyages seraient moins fréquents que prévu, contre 27 % en mai dernier.

Certains dirigeants des compagnies aériennes ont d’ores et déjà déclaré que certaines mesures de restrictions mises en place durant la pandémie seraient encore d’actualité une fois la crise passée.

Ceux qui pensent que cela ne se répercutera pas sur leur porte-feuille font erreur : les grandes compagnies aériennes augmenteront prix des billets pour compenser la baisse des recettes. 

L’aviation à grande échelle a-t-elle encore un avenir ? Entre crise et défenseurs du climat, s’il est possible que les avions de demain soient plus ‘verts’ ou ‘futuristes’; il est également fort probable que la crise leur coupe les ailes.

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