Les régulateurs veulent rendre le marché plus juste pour les petits investisseurs, mais ils pourraient sonner le glas des applications « gratuites »

Le président de la SEC veut s’attaquer, entre autres, aux intermédiaires du marché boursier, qui font des bénéfices énormes sur les transactions entre investisseurs particuliers. Mais ces intermédiaires font également que les petits investisseurs aient accès au marché sans frais de transaction.

Pour du trading plus juste pour les petits investisseurs, voilà comment le président de la Securities and exchange commission (SEC), le gendarme boursier américain, Gary Gensler présente ses nouvelles idées de régulations du marché.

Il s’est exprimé mercredi lors d’une conférence à Washington. Il veut que la SEC permette aux traders de détail d’avoir accès à certains des avantages qui sont pour l’heure réservés aux plus grands acteurs de Wall Street, rapporte CNN Business. Ils n’ont par exemple pas la possibilité d’acheter des actions pour des fractions de centime, pouvant uniquement les acheter au centime près, et les grands acteurs ont souvent une meilleure vision sur les mécanismes du marché.

Fin des bénéfices des intermédiaires…

Mais ce qui est principalement dans le viseur est le rôle que jouent certains entremetteurs dans les échanges. De nombreux petits investisseurs ont accès au marché boursier via des applications qui n’ont pas de frais de transaction (mais quelques frais de dossiers, ce qui fait que ces services sont tout de même moins chers que faire appel à une société de courtage traditionnelle) comme Robinhood, où ils peuvent acheter et vendre des actions. Mais cet échange n’est pas direct : il est effectué par un grossiste ou un « faiseur de marché », qui s’engage à trouver l’action au meilleur prix. Sur toute transaction, cet intermédiaire gagne une marge, surtout qu’il peut acheter des actions à la fraction de centime près, contrairement à l’investisseur.

Cette pratique s’appelle le payment for order flow, et est notamment interdite au Canada, au Royaume-Uni et en Australie, rappelle Reuters. En Europe, la Commission avait voulu interdire la pratique en novembre 2021, mais semble depuis revenir sur sa proposition, trouvant la pratique différente qu’aux Etats-Unis. Certains pays membres trouve que la pratique apporte du positif pour les marchés, car elle permet aux plus petits acteurs de trouver une place. D’autres, comme les Pays-Bas, l’interdisent. Une application européenne « gratuite », Bux, n’utilise pas la pratique de PFOF, arguant que le système d’exécution d’ordre et de commission, tel qu’il est en Europe aujourd’hui, ne profite pas à l’investisseur privé. La Commission européenne souhaite introduire une sorte de système d’enchères, où ces intermédiaires doivent publier des « cotations pré-négociation compétitives » pour essayer de remporter l’ordre.

La vague des boursicoteurs de Reddit de janvier 2021, passant principalement par Robinhood, avait notamment exposé toute l’ampleur de la pratique, montrant « à quel point les marchés boursiers américains sont truqués pour enrichir les grandes sociétés de Wall Street, les sociétés de trading à haute fréquence et les courtiers, au détriment des investisseurs individuels », analysait alors Dennis Kelleher, CEO de Better Markets, relayé par CNN.

Gensler avance les mêmes critiques, accusant aussi les grossistes de conflit d’intérêts. Il a déjà fait allusion à une interdiction totale de la pratique, dans le passé. Cette fois, il parle d’instaurer une meilleure concurrence dans cette partie du marché, notamment via un système d’enchères où les grossistes doivent remporter l’ordre de l’exécution de l’échange.

… et fin des applications gratuites?

De l’autre côté, les applications de trading « gratuites » ne voient pas ces limitations ou interdictions d’un bon oeil. En réalité, elles sont sans frais de transaction car cette pratique existe – les frais sont couverts par ces grossistes, qui paient la société de courtage pour exécuter les ordres d’achat et de vente. Si la pratique était interdite, ou limitée, le modèle économique de ces applications, avec le point attrayant qu’est le prix démocratique, pourrait être mis à mal.

Selon Robinhood, qui fait référence à une étude du MIT, les investisseurs particuliers ont épargné 17 milliards de dollars en frais de transaction, en 2020 et en 2021, avec l’utilisation d’applications gratuites. La société défend principalement cet élément-là. « Les investisseurs de détail américains bénéficient de l’un des environnements d’investissement les plus efficaces et à faible coût de l’histoire », explique Dan Gallagher, directeur juridique de Robinhood, dans un communiqué. « Nous sommes impatients d’examiner l’éventuelle proposition de règle de la Commission et de nous engager avec la SEC au cours d’un processus significatif d’avis et de commentaires sur la réglementation. »

« Si quelque chose est gratuit, c’est que vous êtes le produit », veut un dicton populaire. La gratuité partielle est sans doute un élément important pour attirer de nombreux investisseurs particuliers sur le marché (qui peut avoir besoin de tout coup de pouce en ce moment). Mais d’un autre côté, savoir que des intermédiaires font d’importants bénéfices sur leur dos pourrait également décevoir et faire fuir des investisseurs. Reste à voir si les différentes parties prenantes pourront trouver un juste milieu.

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