‘Les médias voulaient que je revive l’horreur de la mort de Danny’

Marianne Pearl est journaliste mais elle ne fait guère confiance aux médias, écrit Christina Lamb dans le Sunday Times. En 2002, son mari Daniel Pearl, un reporter du Wall Street Journal, avait été kidnappé et décapité par Al-Qaeda.

Un enregistrement de son exécution avait été mis en ligne. Le premier journaliste à avoir parlé avec elle après sa diffusion « avait une lueur étrange et excitée dans les yeux », se souvient-elle. « Il m’a fallu quelques secondes pour réaliser qu’il venait juste de regarder l’abominable vidéo du meurtre de Danny ». La chaîne américaine CBS en avait diffusé certaines parties. « Cela me fit désespérer », dit-elle.

« Pourquoi ont-ils [Al-Qaeda] réalisé cette vidéo? Comme propagande, pour que vous la voyiez, afin que vous soyez écrasés. Si vous regardez cette vidéo, ils jouent avec vous. » Pearl n’a jamais regardé la vidéo et ne le fera jamais. Aujourd’hui, elle vit à Barcelone, ayant déménagé de New-York – en partie pour éviter d’être reconnue. « Il y a quelque chose de monstrueux dans la fascination des gens pour l’horreur et je ne voulais pas avoir affaire à cela. »

Elle n’a pourtant pas pu y échapper. « Le jour où James Foley [le premier otage américain décapité par l’Etat islamique] est mort l’année dernière, j’ai peut-être reçu 70 demandes d’interviews provenant du monde entier. Je ne connaissais pas James Foley. Je ne suis pas allée en Irak. Je n’avais aucune information à donner. Ce qu’ils voulaient de moi, c’est que je revive l’horreur de la mort de Danny et que je devienne l’ambassadrice d’Al-Qaeda et de l’Etat islamique. »