Les investisseurs doivent-ils se préparer à une période de turbulences ?

Courtney Crow/New York Stock Exchange via AP

Le Sénat américain a approuvé samedi le plan de relance du président Joe Biden. 1.900 milliards de dollars vont être injectés dans l’économie. Une bonne nouvelle pour les familles américaines, mais une source d’inquiétude pour les investisseurs.

La hausse des taux d’intérêt est la plus grande peur des investisseurs. Et les rumeurs de leur remontée suite à l’acceptation du plan de relance ont déjà frappé la Bourse de plein fouet. Les valeurs technologiques en ont été les premières victimes. La valeur du constructeur automobile Tesla a baissé d’environ 225 milliards de dollars en un mois. Le Nasdaq est en baisse de 8,3% après avoir atteint un record de 14.095 points le 12 février.

Les Tech en baisse

À première vue, une correction des valeurs semble normale à la suite d’une année 2020 particulièrement fructueuse pour les valeurs technologiques. La valorisation d’une entreprise est en effet lié à sa bonne santé financière actuelle et à ses potentiels futurs bénéfices. Des taux d’intérêt élevés ne sont pas du tout intéressants, car ils touchent directement aux bénéfices. Plus une entreprise doit payer pour rembourser son crédit, moins elle fait de bénéfices. Une hausse des taux fait donc naturellement baisser la valeur d’une entreprise tech.

Le spectre de la hausse des taux fait régulièrement une apparition sur les marchés. Il est préjudiciable pour toutes les entreprises, à l’exception des banques. Pour ces dernières, un taux élevé signifie un revenu élevé. La banque gagne plus d’argent lorsqu’elle peut demander un remboursement d’un prêt plus élevé. Alors que le taux d’épargne ne change pratiquement pas. La banque reçoit donc plus de ses emprunteurs que ce qu’elle donne à ses épargnants.

Le spectre des intérêts

La question est de savoir si nous devrions vraiment avoir si peur de la hausse des taux d’intérêt. Les opinions divergent à ce sujet. De nombreux experts craignent que la hausse des taux d’intérêt n’augmente la dette des entreprises alors que nous sommes toujours en situation de crise. D’autres considèrent que la hausse des taux d’intérêt et l’inflation sont des indices de la reprise.

Maintenant que le Sénat américain a approuvé le plan de relance de Biden, les craintes grandissent aux États-Unis autour d’une hausse de l’inflation. Cela entrainerait alors une hausse des intérêts. Ce lundi matin, le taux d’intérêt à 10 ans a atteint 1,6%, soit son plus haut point depuis plus d’un an. Les entreprises du Nasdaq ont directement chuté de 1,7%.

En Europe, la situation est beaucoup plus détendue. Les investisseurs misent tout sur la réouverture de l’économie pour l’instant. Lundi matin, les actions de banques ou d’entreprises de matières premières ont grimpé en flèche. Quelques heures plus tard, l’Eurostoxx50 affichait déjà une hausse de 1%.

Que font les régulateurs ?

Dans tous les cas, les experts pensent que l’inflation va continuer à augmenter dans les prochains mois. Les banques centrales ont tenté de calmer le jeu en assurant que les prix des biens et des services ne connaissaient pas encore une croissance soutenue. Aux États-Unis, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a assuré qu’il n’y aurait pas de limitations drastiques dans la politique monétaire. ‘Cela pourrait prendre plus de trois ans pour que l’inflation atteigne notre objectif’, a-t-il affirmé.

Aucun plan similaire n’est actuellement sur la table à la Banque centrale européenne (BCE). L’institution se réunira ce jeudi. Les analystes pensent que Christine Lagarde, présidente de la BCE, enverra un message fort au monde pour maintenir les taux d’intérêt bas. Les achats d’obligations supplémentaires ne sont pas exclus.

Toutefois, selon les stratèges de la Deutsche Bank, les investisseurs peuvent s’attendre à une période de turbulence. ‘Il y a actuellement un va-et-vient constant entre la volonté d’une relance épique et la peur d’une forte hausse de l’inflation’, indiquent les stratèges de la société. ‘Puisque tout se décidera à la réouverture de l’économie, il est très probable que nous serons dans ce modèle de forte volatilité pendant un certain temps encore.’

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