Principaux renseignements
- Les récentes découvertes de terres rares en Scandinavie offrent un espoir d’indépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine.
- Le développement d’une chaîne d’approvisionnement nationale solide, incluant des capacités de raffinage et de fabrication, est crucial pour le succès de l’Europe.
- Malgré des avancées prometteuses, l’Europe est confrontée à d’importantes contraintes de temps et à des obstacles réglementaires pour concrétiser ses ambitions en matière de terres rares.
Les récentes découvertes d’éléments de terres rares (ETR) en Scandinavie ont ravivé l’espoir de voir l’Europe réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, mais le chemin vers l’indépendance est long. Bien que ces découvertes soient importantes, elles ne permettront pas de remédier à la vulnérabilité immédiate de l’Europe.
La dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine
L’Europe dépend fortement de la Chine pour ses REE, composants essentiels dans la fabrication de haute technologie, les technologies vertes et les industries de défense. Cette dépendance est devenue une préoccupation stratégique pour Bruxelles, ce qui a donné lieu à des initiatives telles que la loi sur les matières premières critiques et REPowerEU visant à diversifier les chaînes d’approvisionnement. L’UE noue des partenariats avec des pays riches en ressources à l’échelle mondiale, notamment l’Australie, le Canada, le Japon, l’Ukraine, ainsi que des pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie centrale.
Percées scandinaves
Cependant, des percées récentes en Scandinavie suggèrent que des solutions pourraient être plus proches que prévu.
Le début de l’année 2023 a été marqué par des découvertes remarquables dans la région. À Fensfeltet, en Norvège, des estimations actualisées ont révélé un gisement gigantesque contenant 15,9 millions de tonnes d’oxydes de terres rares, potentiellement l’un des plus importants au monde. Rare Earths Norway prévoit de commencer l’extraction en 2031, couvrant initialement environ 5 pour cent de la demande de l’UE, avec un potentiel pouvant atteindre 20 à 30 pour cent.
En Suède, LKAB a confirmé l’existence d’un gisement près de Kiruna contenant environ 2,2 millions de tonnes d’oxydes de terres rares. Ce site est riche en terres rares légères, notamment en néodyme et en praséodyme, indispensables à la fabrication d’aimants haute performance.
Un autre projet suédois, Norra Kärr, pourrait devenir la première mine de terres rares en exploitation en Europe d’ici quelques années. Il est exceptionnellement riche en terres rares lourdes, indispensables aux aimants permanents, et pourrait potentiellement répondre à l’ensemble de la demande de l’UE pour ces éléments pendant toute sa durée d’exploitation.
Groenland
Au-delà de la Scandinavie, le Groenland recèle un immense potentiel avec le gisement de Kvanefjeld, estimé à 11 millions de tonnes d’oxydes de terres rares. Cependant, des préoccupations politiques et environnementales posent des défis importants à son développement.
Les États-Unis ont tenté d’acquérir le Groenland auprès du Danemark en raison de ses ressources minérales stratégiques, soulignant la nécessité pour l’Europe de s’assurer un accès à des ressources critiques dans des territoires politiquement alignés.
Le calendrier reste un défi
Si ces découvertes sont prometteuses, le calendrier reste un facteur crucial. L’approvisionnement local ne devrait pas avoir d’impact significatif sur la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine avant les années 2030, voire les années 2040 dans un scénario plus réaliste. L’UE vise à couvrir 10 pour cent de sa consommation de terres rares d’ici 2030, mais la réalisation de cet objectif semble improbable compte tenu du rythme actuel de développement et des goulots d’étranglement existants.
Les risques financiers liés à l’exploration et le long chemin vers la production découragent les investissements. Des cadres juridiques complexes et des réglementations environnementales strictes compliquent encore davantage la situation. Les longues procédures d’autorisation peuvent s’étendre sur plus d’une décennie, entravant l’avancement des projets.
Des processus complexes
Le dernier rapport de la Cour des comptes européenne met l’accent sur ces défis, concluant que la production nationale ne devrait pas apporter de contribution significative d’ici 2030. Le rapport préconise une rationalisation des processus administratifs, un financement public-privé consolidé et une hiérarchisation claire des projets les plus prometteurs.
Si la capacité minière en amont est cruciale, le développement de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en terres rares, y compris la transformation et la fabrication en aval, est tout aussi important. L’Europe doit réduire sa dépendance vis-à-vis de la domination chinoise dans ces secteurs en développant ses propres capacités de raffinage et de fabrication.
Les efforts de recyclage sont également essentiels. L’UE vise à couvrir 25 pour cent de la demande grâce à l’économie circulaire d’ici 2030, mais les taux de recyclage actuels sont nettement inférieurs. Une collecte efficace des déchets et un cadre réglementaire favorable sont essentiels pour promouvoir le recyclage et atteindre cet objectif ambitieux.
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