Les décideurs politiques et leurs prédictions : « Nous sommes de plus en plus peuplés par une classe de personnes qui est meilleure pour expliquer que pour comprendre »

Quiconque a lu la presse ces derniers jours ne peut que penser que nous nous trouvons au bord du ravin. Un tsunami de malheur nous est parvenu par le biais de presque toutes les grandes institutions internationales: la Banque mondiale, l’ONU, l’OCDE, l’AIE… Toutes ces prédictions ont une chose en commun. Aucun des principaux économistes concernés n’a tiré la sonnette d’alarme lorsque les banques centrales ont continué à injecter des milliards dans l’économie chaque jour pendant des années.

Moins de croissance

Il y a d’abord eu la Banque mondiale, qui abaisse fortement ses prévisions de croissance. La banque prévoit une croissance de +2,9% en 2022, contre +4,2% dans sa précédente estimation.

L’inflation double

Ensuite, il y a eu le club des pays riches, l’OCDE, qui nous a prévenus que l’économie mondiale paierait très cher la guerre en Ukraine. L’organisation a abaissé ses perspectives de croissance mondiale pour cette année à 3 %, contre 4,5 % en décembre. Elle a doublé les perspectives d’inflation pour ses 38 États membres, les portant à près de 9 %. Elle appelle les gouvernements à prendre des mesures pour éviter une crise alimentaire mondiale alors que l’invasion russe fait grimper les prix des céréales.

Famine

Le patron de l’ONU, Antonio Guterres, nous dit que « des centaines de millions de personnes risquent de mourir de faim ». La situation en Ukraine se dirige vers une guerre qui durera des années, alors que la Russie refuse de lever le blocus du port d’Odessa, principal port d’exportation de blé de l’Ukraine. Les conséquences pour l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est risquent d’être catastrophiques.

Le rationnement du gaz

Il y a aussi Fatih Birol, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, qui préconise de rationner le gaz cet hiver, surtout si « l’hiver est long et rigoureux ». Après plus d’inflation et de famine, le froid aussi.

Il y a un an, il n’y avait pas un nuage dans le ciel

N’est-il pas remarquable que tous ces gens n’aient rien vu venir ces dernières années ? Même avant la guerre en Ukraine, il n’y avait pas un nuage dans le ciel. On nous a dit que s’il devait y avoir une inflation, elle serait « temporaire ». Maintenant, soudainement, la raison de l’inflation est à trouver à Moscou.

  • Depuis la crise financière mondiale de 2008, la BCE a injecté 5 000 milliards d’euros supplémentaires sur le marché (👇). Cela signifie que le montant de l’argent détenu par les banques centrales de la zone euro a été multiplié par plus de six depuis 2008.
  • La part du lion de cet argent n’a pas généré de valeur ajoutée économique, ni de chiffre d’affaires supplémentaire, ni de bénéfices supplémentaires.

Cela a des conséquences. Nombreux sont ceux qui ont mis en garde contre ce tsunami financier dès le début, mais ces avertissements ont souvent été rejetés comme étant « négligeables » par les institutions mentionnées ci-dessus.

La Fée Lagarde

Aujourd’hui, tout le monde est sur le pont et les gens ne savent pas de quel bois se chauffer. C’est le cas de la présidente de la BCE, Christine « Madame Inflation » Lagarde. Elle a fait 2 prédictions jeudi dernier :

  • une réduction de moitié, au cours de l’année à venir, de l’inflation, qui s’élève actuellement à plus de huit pour cent dans la zone euro.
  • Une deuxième réduction de moitié en 2024, c’est-à-dire un retour à l’objectif de stabilité initial de la BCE de 2%.

Lagarde elle-même a admis ne pas croire à l’effet rapide de ses mesures. « Faut-il s’attendre à ce que la hausse des taux de juillet ait un effet immédiat sur l’inflation ? La réponse est non. »

Non seulement son message enlève toute urgence à la lutte contre l’inflation, mais si l’on ajoute les antécédents de la BCE en matière de prévision de l’inflation, il y a peu de raisons de prendre ses prédictions au sérieux. Sur le graphique (👇), l’inflation réelle en bleu. Les lignes pointillées colorées correspondent aux prévisions de la BCE. [Lire la suite sous le graphique].

L’idée que – comme le rapportent certains médias – des « faucons » auraient maintenant pris le contrôle de la BCE est donc risible. Un système financier fondé sur un endettement excessif et un argent bon marché ne peut supporter des taux d’intérêt nettement plus élevés sans provoquer une catastrophe.

Il existe une limite à l’augmentation des taux d’intérêt par la BCE. Il n’est même pas nécessaire d’être un génie des mathématiques pour comprendre cela.

Aux États-Unis, les gens savent déjà quelle heure il est : le moral des consommateurs est au plus bas, l’inflation est la plus élevée depuis 40 ans, le marché baissier est le plus long depuis 2008 et la richesse des ménages est la plus élevée de l’histoire.

« Skin in the Game »

On peut donc s’interroger sur le degré d’ignorance de nos décideurs politiques. Deux citations tirées du livre « Skin in the Game » de l’auteur, scientifique et ancien trader en produits dérivés libano-américain Nassim Nicholas Taleb se prêtent comme nul autre à résumer la situation actuelle.

« La malédiction de la modernité est que nous sommes de plus en plus peuplés par une classe de personnes qui sont meilleures pour expliquer que pour comprendre, ou meilleures pour expliquer que pour faire. »

et

« La bureaucratie est une construction par laquelle une personne est commodément séparée des conséquences de ses actions. »

(BL).

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