Les banques centrales doivent agir maintenant face aux cryptos et aux BigTech

L’alarme retentit une nouvelle fois, et c’est le responsable du pôle innovation de la « banque des banques centrales » qui vient de tirer la sonnette.

« Les banques centrales doivent agir pendant que le système actuel est encore en place – et agir maintenant ». Voilà comment s’est ponctuée ce vendredi, avec un certain sens de l’urgence, l’intervention au Forum Financier Eurofi à Ljubljana de Benoît Cœuré.

Le directeur du hub d’innovation de la Banque internationale des règlements (BIS) a insisté sur les circonstances actuelles, la pandémie ayant accéléré la numérisation de nombreuses facettes de notre quotidien. Les paiements électroniques, mobiles ou sans contact en constituent un parfait exemple.

« Les codes QR gagnent en popularité ; des gants, des badges et des uniformes olympiques avec fonctions de paiement sont en cours d’élaboration pour les Jeux olympiques d’hiver de Pékin ; et la génération férue de technologie rêvera bientôt d’argent et de paiements pour le métavers », a exposé cet ancien responsable de la Banque centrale européenne.

« S’adapter à l’avenir numérique »

Parallèlement à ces tendances qui émergent et s’installent dans nos habitudes transactionnelles, les banques centrales du monde intensifient leurs efforts pour préparer le terrain au déploiement de leurs propres monnaies numériques (les fameuses MNBC).

« Elles ont un travail à honorer – assurer la stabilité des prix et la stabilité financière – et elles doivent conserver leur capacité à le faire », a justifié pragmatiquement dans son discours Benoît Cœuré. « La monnaie de banque centrale présente des avantages uniques: sécurité, finalité, liquidité et intégrité. Alors que nos économies passent au numérique, elles doivent continuer à bénéficier de ces avantages. »

Formulé autrement, les devises nationales doivent s’adapter à l’avenir numérique et rester sous le contrôle d’institutions monétaires qui ont des objectifs de politique publique et non de profit.

Un mouvement tectonique a lieu, reconnaît de responsable de la BIS, le système financier bouge sous les pieds des banquiers centraux et les grandes technologies étendent leur empreinte dans les paiements.

« Les stablecoins frappent à la porte, demandant l’approbation réglementaire. Les plateformes de finance décentralisée (DeFi) remettent en question l’intermédiation financière traditionnelle. Ces acteurs viennent tous avec des questions réglementaires différentes, qui nécessitent des réponses rapides et cohérentes », épingle Benoît Cœuré.

« La MNBC, une solution partielle »

Et si les banques centrales sont conscientes des divers enjeux et travaillent à des solutions, les modèles bancaires sont déjà soumis à rude épreuve. Les stablecoins peuvent en effet se développer en tant qu’écosystèmes fermés, créant une fragmentation. Avec les protocoles DeFi, toute préoccupation concernant les actifs sous-jacents aux stablecoins pourrait se propager.

Le temps n’est donc plus à la réflexion mais à l’action car, reconnaît le directeur de l’innovation de la BIS, les acteurs cryptos et technos risquent d’évincer les banques commerciales et de perturber la mission des banques centrales. Cette nouvelle industrie a le potentiel d’interférer avec l’intermédiation traditionnelle et toute la mécanique de financement, d’investissement. Ces nouveaux écosystèmes aspire(ro)nt l’argent public et privé.

« La monnaie numérique de banque centrale fera partie de la réponse », croit savoir Benoît Cœuré, avec le sentiment de préserver le contrôle démocratique de la monnaie. Mais ces devises digitales restent coincées à des stades de concepts ou, dans le meilleur des cas, de prototypes. Tandis que les cryptomonnaies et autres actifs digitaux étendent leur présence dans les différentes couches de l’économie.

La pression exercée par les technologies financières nées avec le bitcoin a le mérite de pousser les institutions monétaires à repenser leur produit, sous les dimensions du consommateur et de la politique publique.

Mais si Benoît Cœuré appelle les banquiers à se retrousser les manches pour (tenter de) maîtriser la digitalisation forcée de l’argent et des paiements, il confesse en quelque sorte la lenteur du secteur classique, lestée par une extrême prudence.

Et de conclure: « L’objectif d’une MNBC est ultimement de préserver les meilleurs éléments de nos systèmes actuels tout en laissant un espace sûr pour l’innovation de demain. Pour ce faire, les banques centrales doivent agir pendant que le système actuel est encore en place – et agir maintenant ».

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