“Les Allemands n’ont aucun sens de l’humour”

« Les Allemands n’ont aucun sens de l’humour », déplore Andreas Kluth, correspondant en Allemagne du magazine britannique The Economist, soulignant l’abîme qu’il a constaté, à son retour en Allemagne, entre sa conception de l’humour et celle des Allemands. L’auteur, qui adore manier l’ironie, est revenu en Allemagne avec sa femme et ses enfants, après plusieurs dizaines d’années passées dans plusieurs pays anglo-saxons. Ses affirmations ironiques lui ayant valu plus d’une réaction d’opprobre, il a isolé deux caractéristiques particulières de la culture allemande:

  • Les Allemands ont vraiment de grandes difficultés à comprendre les sous-entendus, les exagérations, et, d’une manière générale, le sens non-littéral d’une proposition ;
  • Ils ne peuvent s’empêcher de corriger leur interlocuteur s’ils pensent qu’il a tort.

Kluth illustre son propos avec quelques anecdotes, dont cet échange typique: « Votre femme vous cherche », dit la personne allemande. « Vraiment? Généralement, elle essaie plutôt de me perdre », répond ironiquement le journaliste. Pause embarrassée de la personne allemande, suivie de : « Non, vraiment, elle vous cherche. Elle est passée ici. » 

« Cela ne signifie pas que les Allemands vivent dans un monde totalement privé de comédie ou de rire ; mais c’est est monde qui est presque totalement dénué d’ironie, d’exagération ou de sous-entendu. »

Le sarcasme

Kluth ajoute qu’il a remarqué que dans les émissions comiques, les tirades les plus importantes ne visaient pas à déformer le sens des choses au point de les inverser pour créer un effet d’ironie, mais qu’elles reposent plutôt sur le sarcasme, « la forme la plus faible d’humour », juge-t-il.Cette incapacité de communiquer au travers de l’humour, et notamment d’utiliser l’ironie comme moyen pour dépasser le côté déprimant du monde produit un sentiment de solitude, explique-t-il. « Beaucoup d’expatriés en Allemagne finissent simplement par contourner ce rejet inévitable en parlant aux Allemands de la manière la plus directe possible, comme ils parlaient à Siri [l’assistant personnel numérique d’Apple installé sur les smartphones de la marque, ndlr] sur un iPhone.Néanmoins, Kluth précise qu’il a tout de même rencontré des Allemands qui avaient le sens de l’humour : une vingtaine… en 40 ans.