Le yuan a connu le pire mois de toute son histoire, mais le cauchemar est loin d’être terminé

Sur le mois d’avril, le yuan a connu sa plus forte chute jamais enregistrée en un mois. Avec les confinements en Chine, la fuite des investisseurs étrangers et la hausse des taux d’intérêt de la Fed, le yuan est en mauvaise posture. Où la chute pourrait-elle s’arrêter?

En décembre, le yuan se portait encore à merveille, écrivions-nous, et il allait vers des sommets. Cinq mois plus tard, la donne a complètement changé. Ce vendredi matin, la devise chinoise a touché son plus bas niveau depuis septembre 2020, à savoir près de 6,81 yuans pour un dollar, rapporte CNN Business. Le cours est ensuite retombé à une fourchette entre 6,78 et 6,80, dans laquelle il se négocie depuis le pic du matin.

En février, le yuan avait atteint sa valeur la plus haute depuis 2018, à savoir 6,31 pour un dollar. Depuis, le yuan a perdu près de 8% de sa valeur. Le mois d’avril correspond même à sa plus forte perte de tous les temps, sur un mois. Le cours est passé de 6,36 à 6,61 : une augmentation (qui doit être vue en « miroir », comme il vaut moins par rapport au dollar, donc une perte) de près de 4%. Si le cours atteint 6,88 yuans pour un dollar en mai, alors le record de chute sur un mois sera à nouveau dépassé.

Pourquoi cette chute?

Un concours de circonstances fait que la monnaie perde si rapidement en valeur. D’abord, bien sûr, le réapparition du covid en Chine et les confinements stricts qui en résultent, qui mènent à un ralentissement de l’activité économique et des dépenses, et ainsi de la croissance. Cette situation, avec également le relation ambigüe que la Chine entretient avec la Russie en ligne de mire, fait fuir les investisseurs étrangers, qui quittent le pays avec de l’argent, en se débarrassant de leurs obligations d’Etat notamment.

Un autre élément est la hausse du taux d’intérêt de la Fed, qui donne de la puissance au dollar. Cette hausse a également donné des ailes aux obligations d’Etat américaines, dont le taux de rendement, en hausse dépasse pour une première fois celui des obligations chinoises en quatre ans. Cela conduit également au désintérêt des obligations chinoises, et provoque la perte de puissance du yuan.

La chute continue

Les confinements stricts vont rester en place, a récemment réaffirmé le Parti communiste. Cette semaine, le serrage de vis a même encore été augmenté d’un cran à Shanghai et à Pékin, rapporte CNN : des zones encore plus larges qu’avant, par exemple tout un bloc de résidences, sont totalement confinées dès le premier cas. Avec les confinements, les conditions qui ont un impact sur la chute du yuan vont également rester en place.

De son côté, la Banque de Chine a déjà essayé d’amortir la chute. Fin avril, elle fait baisser les réserves de monnaies étrangères que les banques devaient avoir, de 9% à 8%. L’idée est de relâcher des monnaies étrangères dans le circuit (comme le fait actuellement Hong Kong), de les convertir en yuans, ce qui normalement renforce la monnaie. Cela a permis de stabiliser la monnaie pendant quelques jours, mais la saignée a ensuite continué. Les autorités ont cependant déjà annoncé que si la chute venait à ne plus être contrôlable, elles seraient susceptibles de bloquer des fuites de capitaux. Une technique qui a notamment pu garantir une certaine stabilité au rouble, dans le contexte des sanctions prises par l’Occident contre la Russie, à cause de la guerre en Ukraine.

Selon des analystes d’USB, cités par CNN Business, la saignée pourrait même continuer jusqu’à 7 yuans pour un dollar, dans les mois à venir. Cela serait le point le plus bas depuis juillet 2020, avant la relance post-première vague. Le record absolu est de 8,28 yuans pour un dollar, atteint en juillet 2005. Le meilleur niveau était d’1,62 yuans pour un dollar, en février 1981, mais cette valeur est difficilement comparable à aujourd’hui, celle du dollar ayant aussi fortement changé.

Pas que des désavantages

D’un autre côté, un yuan plus faible peut aussi avoir un avantage : la Chine est plus compétitive au niveau des exportations, qui vont coûter moins cher aux acheteurs étrangers – un petit coup de pouce pour l’économie chinoise. Mais une telle faiblesse, pour être avantageuse, ne doit pas non plus être trop importante et trop rapide.

Le revers de la médaille est bien sûr que les importations deviennent plus chères, notamment les produits énergétiques comme le pétrole (libellé en dollars), dont la Chine est le premier importateur au monde. L’Arabie Saoudite avait récemment annoncé vouloir accepter des yuans en guise de paiement. Si cela se concrétise, le yuan recevra un fameux coup de pouce.

Mais à court terme, le yuan ne semble donc pas encore au bout de ses peines.

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