Le recyclage d’un Boeing 747 est-il si difficile ?

À cause de la pandémie et de l’interruption partielle des voyages aériens, 5 467 jets commerciaux restent aujourd’hui encore inactifs, stationnés dans des aéroports et des hangars, soit environ un quart des avions commerciaux dans le monde (contre 1 900 au début de l’année 2020). Face aux prix exorbitants de stationnement dans les aéroports, beaucoup de compagnies aériennes se voient contraintes de revendre leurs appareils plus anciens sous forme de pièces détachées.

Pourquoi est-ce important ?

Le Boeing 747 est peut-être l'avion commercial le plus emblématique de tous les temps. Si la pandémie n’avait pas cloué plus de 14 000 avions de ligne en avril 2020, les plus anciens auraient de toute façon été retirés du service au cours des prochaines années. Au vu du contexte actuel, maintenir les quelques appareils restants en état de marche alors qu'ils ne seront probablement plus nécessaires n'a pas de sens économique.

« Les propriétaires ne veulent pas payer des frais de stationnement et de stockage pour les avions », explique James Cobbold, directeur chez Willis Lease, une société internationale de location de moteurs, à BBC. Comme pour tout parking d’aéroport, les tarifs qu’une compagnie aérienne paie pour garer ses avions dépendent de la commodité de l’emplacement. Les aéroports plus grands et plus importants ont tendance à être plus cher, et leurs espaces plus limités.

“Les compagnies aériennes ont besoin que ces avions soient opérationnels, ou qu’ils ne coûtent rien, ce qui parfois résulte en une vente à un négociant en pièces détachées pour le démontage. »

Bradley Gregory, directeur général de Skyline Aero, un fournisseur de composants d’avions, explique qu’il existe trois principaux scénarios lorsqu’un avion est immobilisé au sol et se rend dans ses locaux.

  • Le scénario le moins radical est que l’avion est maintenu en état de navigabilité et que seules des vérifications avant vol sont nécessaires pour le remettre en service.
  • Dans le deuxième scénario, l’avion est stocké à long terme, les moteurs sont retirés et l’entretien est moins intensif qu’auparavant.
  • Le dernier scénario est celui du démontage: l’avion est amené dans une installation où il est démonté, les moteurs et les autres pièces étant soit retirés pour être utilisés dans d’autres avions, soit recyclés.

Globalement, en 2020, 449 avions ont été envoyés au désassemblage, soit moins que les 508 de 2019, selon Cirium.

Face aux préoccupations concernant le réchauffement climatique, l’industrie aéronautique s’efforce de devenir plus durable et plus respectueuse de l’environnement en accordant une plus grande attention au démontage et recyclage des avions de ligne.

« Il y a beaucoup de pièces qui peuvent être réutilisées, selon le type et le modèle de l’avion », explique Bradley Gregory. « Le nombre de pièces retirées va d’environ 200 pour un modèle plus ancien avec des composants moins désirables, jusqu’à 1 200 composants sur les modèles plus récents, parfois même plus. Tant qu’ils peuvent être recertifiés et qu’ils ne sont pas endommagés au-delà de toute réparation, ils peuvent retourner sur un autre avion », dit-il.

Des défis de taille subsistent tout de même

« La seule chose qui ne peut pas vraiment être recyclée physiquement à l’heure actuelle est l’intérieur de la cabine, car il est composé de plastiques mixtes », explique James Cobbold, de Willis Lease.

Mike Corne, d’eCube Solutions, une autre société travaillant sur les avions en fin de vie, soulève un autre défi : « Il n’existe actuellement aucun moyen rentable de recycler la fibre de carbone », explique-t-il. Il affirme le recyclage des jets risque de devenir plus difficile, car les nouveaux avions utilisent des matériaux composites, qui sont difficiles à traiter. Mais il reste confiant : « Beaucoup d’argent est aujourd’hui investi dans la recherche de moyens de recycler ces matériaux, et peut-être qu’à l’avenir, la fibre de carbone sera réutilisée. »

Perspectives futures

« Les vols commencent à augmenter, mais ce n’est pas aussi rapide que ce beaucoup auraient espéré », explique Gregory de Skyline Aero, qui a récemment reçu des commandes supplémentaires pour démanteler des avions.

« À l’heure actuelle, nous pouvons recycler entre 92 et 99 % d’un avion, grâce à des processus de recyclage naturels ou à l’économie circulaire », explique James Cobbold. « Je ne pense pas que les personnes extérieures au monde de l’aviation ou à l’industrie sachent à quel point ce chiffre est élevé, et à quel point le secteur de la fin de vie est créatif dans l’industrie aéronautique. »

Si davantage d’avions sont destinés à être désassemblés, l’industrie du recyclage sera prête.

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