A l’ère du numérique, le pickpocket fait son grand retour

Le pickpocket s’est également adapté à l’évolution du monde. Selon René Chun, rédacteur spécialisé en technologies du magazine The Atlantic, l’ère numérique permet un retour en force de la profession. On assiste ainsi à la résurrection des pickpockets dans les métropoles américaines.

Collaboration de groupe

« Vers les années 2000, les personnes ont commencé à avoir moins d’argent sur elles », explique un ancien pickpocket aujourd’hui à la retraite. Selon le New York Daily News, en 2010, il ne restait que 40 pickpockets professionnels dans tout Manhattan. En outre, les jeunes candidats au métier de pickpocket n’étaient plus en apprentissage chez les plus expérimentés, comme il était de coutume. La vente de drogue était devenue plus rentable. La police s’attendait par ailleurs à ce que la profession disparaisse.

Mais cela n’a pas été le cas, explique Chun. Les vols à la tire sont maintenant en hausse dans de nombreuses villes américaines telles que San Francisco, Chicago et Indianapolis. A Manhattan, le nombre de plaintes concernant concernant des vols à la tire a augmenté de 15% en 2018. Selon la police, la recrudescence de ce phénomène se doit au déplacement des groupes de pickpockets originaires d’Amérique latine.

Auparavant, le métier était dominé par des hommes d’âge moyen. La nouvelle génération se compose d’hommes plus jeunes. La dextérité individuelle a fait place à une collaboration de groupe. Le butin est dérobé à la victime et transmis à un partenaire.

Smartphones

Selon Bob Arno, expert en sécurité, plusieurs raisons expliquent la persistance de ce type de délit. Dans un premier temps, bien que les algorithmes anti-vol dans banques aient rendu les cartes de crédit moins lucratives qu’elles ne l’étaient, ces dernières peuvent toujours générer un bénéfice net si le voleur prend les dispositions nécessaires.

Les pickpockets expérimentés savent comment lire les codes des cartes bancaires par-dessus l’épaule de la victime au distributeur automatique ou comment utiliser des jumelles pour identifier un code à distance. Deuxièmement, les personnes emportent avec elles plus d’argent que l’on imagine. L’argent liquide reste le moyen de paiement le plus utilisé aux Etats-Unis.

« Le vol est sans doute devenu plus facile », explique Arno. Les téléphones intelligents ont dépassé les portefeuilles en tant que produits les plus volés. Un iPhone bloqué peut valoir 200 dollars sur le marché noir et les nouveaux écrans sont très recherchés en tant que pièces de rechange.

« Soustraire un téléphone du pantalon de la victime est un jeu d’enfant », explique l’expert. En outre, les téléphones en main sont également plus faciles à dérober et font en sorte que les victimes sont moins attentives à leur portefeuille et à leur environnement.

« Le monde fournit dorénavant une multitude de distractions au cerveau », explique Earl Miller, professeur de neuroscientifique au Massachusetts Institute of Technology (MIT). « Même parler au téléphone peut maintenant épuiser toutes nos capacités cognitives et faire en sorte que nous n’avons pas conscience du reste. Nous avons un cerveau qui aspire à l’information, mais nous sommes immergés dans un environnement qui fournit trop d’informations. C’est définitivement un monde idéal pour les pickpockets. »