Le Japon se dote de missiles capables de frapper la Corée du Nord, mais il ne l’admet pas

Yoshihide Suga – Isopix

Les membres de la Chambre des représentants du Japon ont approuvé une proposition visant à doter le Japon de missiles dirigés vers la Corée du Nord. Un sujet hautement sensible que le parti au pouvoir tente de manier avec plus ou moins d’habileté, cherchant à se protéger de Pyongyang tout en tentant d’éviter de froisser les dirigeants nord-coréens.

Les missiles de la Corée du Nord n’effraient pas que les États-Unis. Si elle développe des missiles balistiques intercontinentaux capables de frapper de l’autre côté du Pacifique, elle travaille aussi sur des missiles à plus courte portée capables de cibler ses plus proches voisins, dont le Japon.

Inquiètes, les autorités japonaises ont décidé de réagir, en renforçant leur défense antimissile. Avant de céder les rênes du pays à Yoshihide Suga l’été dernier, l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe avait fait de la défense antimissile une de ses dernières priorités. Son successeur lui emboîte le pas… et va même un peu plus loin.

Qu’est-ce que le plan prévoit ?

Initialement, Abe voulait construire des installations basées à terre. Le projet avait finalement été mis au placard, jugé dangereux pour les personnes habitant à proximité. Finalement, le plan approuvé ce mercredi par les législateurs japonais prévoit la construction de deux navires équipés du système anti-missile américain Aegis. Ce plan devrait être approuvé par le gouvernement japonais dans le courant du mois de décembre.

Au vu de la tradition pacifiste du Japon née de l’après seconde guerre mondiale, tout projet de renforcement des capacités militaires du pays est considéré comme sensible. En effet, si la constitution japonaise l’autorise à posséder des ressources pour sa défense, elle l’interdit de disposer de matériel destiné à se montrer offensif.

La stratégie adoptée par Suga est délicate : avoir des missiles utilisables de manière préventive… sans pour autant faire de déclaration explicite à ce sujet. Le nouveau système de missiles du Japon ‘n’est pas destiné à attaquer des bases ennemies’, a ainsi assuré le secrétaire général du Cabinet du Japon Katsunobu Kato, principal bras droit du Premier ministre.

Or, certains membres du parti au pouvoir (le parti libéral-démocrate – PLD) veulent faire savoir que le Japon est prêt à attaquer une base nord-coréenne s’il détecte que Pyongyang se prépare à envoyer des missiles dans sa direction. Une position que le Premier ministre ne veut pas se risquer d’adopter.

Une possibilité réelle de toucher la Corée du Nord

Si le gouvernement japonais préfère minimiser l’ampleur de son nouveau plan afin de ne pas provoquer la colère de Pyongyang, des langues se sont déliées. Itsunori Onodera, ancien ministre de la Défense à la tête du groupe de sécurité nationale du parti au pouvoir, a déclaré que le nouveau système antimissile du Japon avait des ‘capacités d’affrontement’. Comprenez que le Japon pourrait faire plus que se défendre.

Alors que le Japon comptait déjà acheter des missiles américains et norvégiens, il va désormais construire les siens. Onodera a déclaré que l’idée d’un missile national capable d’attaquer des cibles terrestres à l’étranger est née après que le ministère de la Défense ait examiné de plus près un missile connu sous le nom de « Type 12 », développé par Mitsubishi Heavy Industries Ltd. Ce missile était initialement destiné aux navires dans les eaux proches, mais le ministère a découvert que sa portée pouvait être étendue à des cibles plus éloignées et qu’il pouvait être déployé à partir de navires, d’avions ou de bases terrestres. Ni Onodera ni les autres responsables japonais n’ont toutefois précisé la portée exacte de ces missiles nationaux.

Jun Azumi, un législateur du parti d’opposition PDC (parti démocrate constitutionnel), s’est dit ‘préoccupé par le fait que le Premier ministre s’écarte de la politique de défense que le Japon a maintenue tout au long de l’après-guerre’.