Le ferment du collectivisme asiatique? C’est le riz

Les communautés qui cultivent et consomment du riz sont plus interdépendantes que celles qui cultivent le blé, qui se caractérisent par une plus grande indépendance, ont conclu des scientifiques de l’Université de Virginie qui ont publié leurs travaux dans le magazine Science. Ils affirment que la plantation du riz a développé un collectivisme qui s’est ensuite transmis de génération en génération, ce qui a créé ce qu’ils ont appelé « une culture du riz ».  

Le riz pousse dans l’eau, et pour cette raison, il nécessite des systèmes d’irrigation complexes, qui réclament une coordination sociale pour être mise en œuvre, car l’usage de l’eau par un fermier affecte directement les autres. La construction, le dragage et le tarissement des rizières réclame souvent le travail d’un village entier et d’une manière générale, la culture du riz nécessite le double de la main d’œuvre requise par la culture du blé.  

Le chercheur qui a dirigé cette étude, Thomas Talhelm, est parvenu à ces résultats après avoir fait participer plus de 1100 étudiants chinois qui provenaient de deux régions distinctes dont l’une est spécialisée dans la culture du riz (dans le sud de la Chine), et l’autre (nord), du blé. Lui et son équipe ont demandé aux étudiants de se représenter, et de représenter leur réseau d’amis au moyen d’un diagramme. Ils ont trouvé que ceux qui provenaient des régions dans lesquelles la culture du riz était prédominante traçaient des cercles plus petits pour se décrire que ceux qui étaient issus des régions spécialisées dans la culture du blé.

L’étude a également conclu que les divorces étaient moins fréquents dans les régions de riziculture.

Les chercheurs observent également que les peuples des pays développés de l’Asie du Sud Est, tels que le Japon, la Corée du Sud, et Hong Kong, témoignent encore d’un fort collectivisme, malgré leur richesse et leur développement économique. A cet égard, la « théorie du riz » explique bien mieux les différences culturelles entre l’Occident et l’Orient que la notion adoptée pendant longtemps par les sociologues selon laquelle ces différences étaient imputables à la modernisation. Les psychologues sociaux estimaient en effet que la modernisation d’un pays conduisait son peuple à devenir plus analytique et plus individualiste, alors que les communautés moins développées demeuraient plus collectivistes.

« Bien sûr, le riz et le blé ne peuvent pas tout expliquer. Il y a toujours des différences entre les peuples des régions où le blé prédomine en Chine, et les Occidentaux qui se nourrissent du blé », conclut Talhelm.