Principaux renseignements
- Le chef de l’armée de l’air allemande met en garde contre le fait que, sans les armes américaines, l’Europe est vulnérable face à la Russie.
- L’Europe doit donner la priorité à la sécurité immédiate en achetant du matériel militaire américain qui a fait ses preuves.
- L’Allemagne compte sur le F-35 pour combler les lacunes critiques laissées par l’échec des collaborations européennes.
Le général de corps d’armée Holger Neumann, chef de l’armée de l’air allemande, a averti que l’Europe ne pouvait pas se permettre de perdre du temps dans la lutte contre la Russie. Lors d’un entretien avec Politico, Neumann a souligné que, bien que la mise en place d’une infrastructure de défense européenne indépendante soit un objectif vital à long terme, la crise sécuritaire immédiate exige l’achat d’armement américain existant et ayant fait ses preuves sur le terrain.
Souveraineté contre nécessité opérationnelle
Le général a fait valoir que l’acquisition de technologies militaires disponibles sur le marché est le moyen le plus efficace de garantir que la puissance aérienne de l’OTAN soit opérationnelle dans les plus brefs délais. Bien que ces systèmes étrangers ne répondent pas parfaitement à toutes les exigences militaires spécifiques de l’Allemagne, Neumann estime qu’ils constituent les options les plus viables pour les années à venir, les cycles de développement nationaux étant trop lents pour répondre à l’urgence actuelle.
Ce point de vue va à l’encontre des initiatives actuelles de l’Union européenne visant à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs américains. L’UE a mis en place de nouveaux mécanismes financiers pour promouvoir les achats conjoints et renforcer sa propre base industrielle, notamment des réglementations limitant à 35 pour cent la participation des entreprises non européennes aux projets financés. Alors que ces politiques visent à renforcer la souveraineté européenne, Neumann souligne un décalage entre ces objectifs industriels à long terme et les besoins opérationnels immédiats de l’armée, soulignant que les États-Unis conservent toujours une avance significative en matière de technologies de pointe.
F-35
Le F-35 Lightning II de Lockheed Martin illustre parfaitement cette dépendance. L’Allemagne s’est déjà engagée à dépenser 8,3 milliards d’euros pour l’acquisition de 35 avions furtifs destinés à remplacer la flotte obsolète de Tornado dans le cadre du partage du nucléaire au sein de l’OTAN. Les premiers de ces appareils devraient arriver à la base aérienne de Büchel d’ici fin 2027, après la formation des pilotes aux États-Unis.
Neumann a indiqué que la Luftwaffe envisageait d’acquérir davantage de F-35, et selon certaines informations, le gouvernement allemand aurait déjà réservé plus de 2 milliards d’euros pour porter la flotte à 50 appareils.
Échecs
Le besoin d’avions américains est devenu plus pressant suite à l’échec de l’effort franco-allemand visant à créer un chasseur piloté de sixième génération dans le cadre du Future Combat Air System (FCAS), en raison de désaccords entre Dassault et Airbus. Bien que Neumann ait précisé que le cadre général du FCAS restait intact, la perte d’un projet commun de chasseur piloté laisse un vide important.
À l’avenir, l’Allemagne a l’intention d’acheter un nouveau lot d’Eurofighters dont la livraison est prévue d’ici 2034, mais Neumann insiste sur le fait qu’aucun autre avion de quatrième génération ne devrait être acheté par la suite. Il affirme que tout avion acquis à partir de 2035 devra être au moins de cinquième génération.
S’il soutient que la solution ultime devrait être un projet mené par l’Europe, il prévient que ni les collaborations existantes ni les nouvelles ne sont susceptibles de produire un chasseur viable d’ici 2035, laissant ainsi une période critique de vulnérabilité qui devra être comblée dans l’intervalle. (fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

