Principaux renseignements
- Le Premier ministre canadien Mark Carney cherche à nouer une alliance stratégique avec l’UE afin de compenser les tensions croissantes avec les États-Unis.
- La diversification des partenariats commerciaux permettra de réduire la dépendance économique précaire du Canada vis-à-vis des États-Unis.
- Le Canada et l’Europe se protègent tous deux contre la politique étrangère instable des États-Unis et leurs droits de douane agressifs.
Alors que les tensions diplomatiques avec les États-Unis s’intensifient, le Premier ministre canadien Mark Carney se rend en Europe afin de nouer un partenariat stratégique spécifique avec l’Union européenne. Du 15 au 17 septembre, le dirigeant canadien se rendra à Liverpool, au Royaume-Uni, et à Strasbourg, en France, pour explorer les moyens d’élargir la coopération en matière de sécurité, d’investissement et de commerce.
Alliance
Alors que certains observateurs ont émis l’hypothèse que le Canada pourrait solliciter un statut de membre associé au sein de l’Union européenne, Carney a explicitement écarté cette possibilité. Il a précisé que le Canada ne cherchait pas à adhérer à l’Union, mais qu’il s’intéressait plutôt à une « alliance unique » fondée sur des valeurs communes et des atouts complémentaires.
Un haut responsable canadien a souligné que le pays entendait conserver sa pleine souveraineté et ne céderait aucune autorité à Bruxelles. Toutefois, le Canada espère négocier un accord supprimant l’obligation de visa pour les citoyens travaillant ou résidant en Europe, l’augmentation des investissements constituant la pierre angulaire de cette relation.
Réduire la dépendance économique vis-à-vis des États-Unis
Ce rapprochement avec l’Europe est en grande partie une réponse à la dépendance économique précaire du Canada vis-à-vis des États-Unis. Actuellement, plus de 70 pour cent des exportations canadiennes – évaluées à plus de 300 milliards de dollars (260 milliards d’euros) par an – sont destinées aux États-Unis. En revanche, les échanges commerciaux avec l’UE s’élevaient à environ 130 milliards d’euros en 2025.
En renforçant ses liens avec Bruxelles, le Canada espère atténuer l’impact du conflit commercial en cours avec l’administration Trump. Ces tensions se sont traduites par des droits de douane agressifs et des provocations personnelles, notamment la décision du président américain de rebaptiser le lac Ontario « lac America ».
Se prémunir contre la volatilité mondiale
Les analystes suggèrent que le Canada et l’UE tentent tous deux de se prémunir contre la volatilité de la politique étrangère américaine. Cette évolution reflète une tendance mondiale plus large, dans laquelle les alliés traditionnels de Washington recherchent d’autres cadres de sécurité et économiques.
Alors qu’un accord commercial de 2017 avait déjà supprimé la plupart des droits de douane et qu’un récent pacte de défense avait amélioré l’interopérabilité militaire, l’objectif actuel est d’approfondir encore davantage ces liens. Certains proposent un modèle similaire à celui de la Suisse, qui bénéficie d’un accès au marché unique de l’UE et de frontières ouvertes sans être membre à part entière.
L’effondrement des relations entre le Canada et les États-Unis
La détérioration des relations entre le Canada et les États-Unis découle des politiques commerciales agressives du président Donald Trump, motivées par son mécontentement face aux déficits commerciaux et par les accusations selon lesquelles le Canada n’aurait pas réussi à mettre fin au trafic de fentanyl.
Après l’échec des négociations commerciales en août, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 pour cent sur 20 milliards de dollars (17,3 milliards d’euros) de marchandises canadiennes et interdit plusieurs importations spécifiques. Le Canada a riposté en instaurant ses propres droits de douane, une mesure qui a recueilli un large soutien de l’opinion publique nationale.
Litige concernant le Groenland
Dans le même temps, les relations entre l’UE et les États-Unis se sont détériorées en raison d’une hausse des droits de douane de 15 pour cent et de différends concernant le conflit mené par les États-Unis en Iran, que les pays européens ont refusé de soutenir.
Les tensions ont été encore exacerbées par les tentatives de Trump d’acquérir le Groenland auprès du Danemark. En réponse, plusieurs dirigeants européens ont réaffirmé l’autonomie de l’île, ce qui a conduit l’UE à signer une déclaration de partenariat et à accorder un programme d’investissement de 200 millions d’euros au Groenland afin de contrer les menaces d’annexion américaines.
(at)
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