La Vivaldi compte bien tenir sa promesse : « Il y aura un accord avec Engie, avant les vacances »

Ne l’appelez plus le « grand accord de l’été », mais « l’agenda de l’été », Alexander De Croo (Open Vld) a tenu à préciser, mardi, qu’il n’avait jamais été question de faire passer un grand accord avant les vacances parlementaires, mais d’établir un ordre de marche. Pourtant, son équipe Vivaldi travaille d’arrache-pied pour faire avancer certains dossiers.

  • Ce matin, Tinne Van der Straeten (Groen) a fait une promesse ferme dans la matinale de La Première : « Notre objectif est de ne pas partir en vacances, tant que l’accord n’est pas conclu. » La ministre de l’Énergie fait référence aux négociations avec Engie, le géant français de l’énergie qui exploite les centrales nucléaires en Belgique.
  • Des accords doivent être conclus avec les Français sur le maintien en service des réacteurs les plus jeunes, Doel 4 et Tihange 3, mais aussi sur une taxe supplémentaire qui toucherait les superprofits réalisés par Engie. « Une contribution de crise », comme la nomme la ministre. Sans oublier le plus important : un accord concernant l’élimination des déchets et le démantèlement des centrales. La ministre dit avoir « bon espoir de réussir »
  • Pourtant, ces dernières semaines, la Vivaldi s’est montrée hésitante quant au moment où l’accord avec Paris devait être entériné. Van der Straeten a parlé à un moment donné de « la fin de l’été », mais il semble maintenant que le 21 juillet soit « plutôt la date limite ». La fête nationale est considérée traditionnellement comme le moment où la coalition ferme les volets, pour partir en congé.
  • Dans ce dossier, il est très intéressant de noter que le nouveau gouvernement français, sous la direction d’Elisabeth Borne, veut nationaliser l’ensemble du parc nucléaire français : la Première ministre souhaite en effet placer EDF à 100 % entre les mains de l’État. C’est déjà fait à hauteur 84 %. Les Français font donc exactement le contraire de ce que fait le gouvernement belge, alors que le président français Emmanuel Macron entretient des liens étroits avec le Premier ministre, Alexander De Croo : tous deux siègent ensemble au sein de la fraction libérale européenne, et se consultent très régulièrement.
  • La France plafonne les prix de l’électricité dans son propre pays, ce qui réduit considérablement les marges bénéficiaires d’EDF, qui ne gagne pratiquement rien depuis des années. Mais il y a du bon dans tout ça : l’inflation en France reste ainsi nettement inférieure, tandis que le reste de l’Europe gémit sous la pression des augmentations folles des prix du marché de l’énergie.
  • Engie, l’autre grand acteur de l’énergie en France, n’a quasiment plus de centrales nucléaires, sauf en Belgique. L’entreprise française a proposé au gouvernement belge d’entrer dans le capital des centrales nucléaires belges. Le gouvernement français est déjà, et de loin, le premier actionnaire d’Engie : la Belgique négocie donc indirectement avec Macron.
  • Mais au sein de la coalition, une telle participation est un énorme tabou, tout comme le fait de maintenir plus de deux centrales électriques ouvertes plus longtemps : les Verts y sont totalement opposés.
  • En fait, Tinne Van Der Straeten et les écologistes redoutent qu’une entrée dans le capital nous fasse supporter la gestion de déchets et le coût du démantèlement. « Dans moins de 100 jours, le 1er réacteur nucléaire sera mis à l’arrêt. La fin d’une époque et le début du chantier le plus long, le plus coûteux et le plus délicat que notre pays n’ait jamais connu », a mis en garde la ministre ce matin. Elle a rappelé que le coût du démantèlement serait porté « à 41 milliards d’euros » pour « des travaux qui dureront jusqu’en 2135. »
  • Elle compte bien faire porter ce poids sur les épaules d’Engie, et l’a d’ailleurs inscrit dans une loi de ce jour: « Qui va payer pour le démantèlement ? Le principe du pollueur-payeur sera aujourd’hui inscrit noir sur blanc. » Une provision a été prévue par Engie-Electrabel en vue du démantèlement. La loi veillera à ce que cette provision soit bien disponible (l’argent – 13 milliards d’euros – avait été prêté dans la foulée). « Si ce n’est pas le cas, des sanctions peuvent être prises. Je suis confiante« , ajoute la ministre.
  • Pour la gestion des déchets, c’est plus incertain. La décision n’a pas encore été prise. Il faut soit les enfuir dans le sol, ce qui coûte cher, ou les placer dans un hangar sécurisé qui devra régulièrement être reconstruit. « La solution définitive n’est pas encore connue aujourd’hui malgré nos recherches », admet la ministre, qui a annoncé qu’elle consulterait la population. « Il ne revient pas à une ministre seule ou un gouvernement de prendre une telle décision pour des travaux aussi longs. Il faut impliquer toute la société. Il s’agira de discussions physiques et pas seulement numériques. C’est un processus mixte avec des à la fois des citoyens, des experts et les acteurs concernés (Engie, Electrabel…). Tout ceci sera soutenu par la Fondation Roi Baudouin. »
  • Quant à savoir si plus de deux réacteurs seraient finalement prolongés, la ministre a botté une énième fois en touche, expliquant que les autres réacteurs « étaient trop vieux et trop fissurés », ce que le secteur a plutôt tendance à rejeter. En tout cas, la question est plus que légitime avec la crise actuelle de l’énergie : plusieurs autres pays, comme les États-Unis et les Pays-Bas, ont déjà décidé de maintenir ouverts des réacteurs similaires, avec la même technologie, et de garder ainsi une production d’énergie presque neutre en CO2.

Toujours d’actualité : la discussion sur les retraites est déplacée à dimanche.

  • Ce matin, le dossier des pensions était à nouveau sur la table du gouvernement, et entre huit et dix heures, une réunion s’est tenue au sein du kern à ce sujet. Il n’y a eu « absolument aucune percée », selon une source haut placée.
  • Les grandes lignes de la discussion sont connues depuis longtemps : à droite, avec notamment le MR et cd&v, on est très préoccupé par l’accessibilité financière des plans de la ministre Lalieux (PS). Ils ne veulent pas que la future facture augmente davantage.
  • A gauche, l’accent est mis principalement sur l’élargissement de l’accès à la pension minimum et l’ouverture plus rapide de la retraite anticipée pour certaines catégories de métiers. Fondamentalement, la grande revendication du PS est de porter la pension minimum à 1 500 euros nets, ce qui est déjà gagné. Les socialistes négocient donc en position de force et espèrent plus: limiter le temps de carrière à 10 ans (temps partiel) pour obtenir cette pension minimum. La ministre veut aussi compter en années de carrière l’accès à la retraite anticipée, et non plus en fonction d’un âge pivot.
  • « Dimanche, la discussion se poursuivra », entend-on au Seize.

A noter également : La réforme fiscale fait encore du bruit dans la coalition fédérale.

  • Les secousses de la conférence fiscale organisée par le SPF Finances, mardi, continuent de bousculer la Vivaldi. Au sein même de la coalition, le MR a fait l’objet de vives critiques : le « Mouvement Réactionnaire », comme l’a appelé le député Joris Vandenbroucke (Vooruit), en référence à ce que Vincent Van Quickenborne (Open Vld) avait dit un jour de son « parti frère ».
  • Les socialistes francophones et flamands, ainsi que les écologistes ont été outrés par les commentaires sarcastiques du président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui a répliqué dans la foulée : « En Belgique, être progressiste, c’est taxer tout ce qui ne l’est pas encore, baisser le pouvoir d’achat de la classe moyenne et tuer des secteurs économiques. Pas un seul de ces progressistes ne se dit que l’on pourrait baisser les dépenses de l’Etat. Affolant. »
  • « Le libéralisme en Belgique, c’est maintenir des taxes sur le travail trop élevées, s’opposer au renforcement du pouvoir d’achat de la classe moyenne et bloquer toute réforme », a répondu Vandenbroucke à Bouchez.
  • « Aujourd’hui, le politicien le plus conservateur du pays est un libéral », a fustigé Wouter De Vriendt (Groen).
  • Thomas Dermine (PS), secrétaire d’Etat à la Relance, n’a pu s’empêcher d’y aller aussi de son commentaire: « Le rapport des experts est neutre budgétairement : des charges plus basses pour la majorité des travailleurs et de la taxation plus haute des rentes pour une minorité. Récuser ce rapport, c’est reconnaître qu’on défend les seconds au détriment des premiers. »
  • Mais la réplique la plus cinglante est peut-être venue du professeur Mark Delanote (UGent), qui était à la tête du comité d’experts. Hier, il s’est lancé dans une offensive médiatique sur Radio 1 et dans divers journaux.
    • « Devons-nous toujours rejeter les propositions qui ne sont pas immédiatement pratiques ou réalisables ? »
    • « Pour être honnête, je ne comprends pas comment on peut critiquer [notre travail] 5 minutes après la présentation du rapport. Soit il n’a pas lu le rapport, soit il est mal intentionné. »
  • Dans le reste de la coalition, il est intéressant de noter que l’Open Vld a exprimé sa volonté de s’asseoir à la table, contrairement au président du MR. Au cd&v, on dit « que Bouchez n’a qu’à jouer son rôle ». La prochaine étape est maintenant entre les mains du ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (cd&v). C’est à lui de transposer (ou non) les avis des experts dans sa grande réforme fiscale.
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