La France veut entièrement nationaliser EDF: les investisseurs sont enthousiastes

Le gouvernement français va nationaliser son géant de l’énergie, EDF (Électricité de France), qui connaît des difficultés financières. L’État possède déjà environ 84% des actions de la société cotée en bourse. Quinze pour cent des actions sont encore entre les mains d’investisseurs privés et institutionnels ; un pour cent est détenu par les employés.

Pourquoi est-ce important ?

La nationalisation devrait aider les Français à faire face à la pire crise énergétique que notre continent ait connue depuis une génération.

La France va renationaliser son géant de l’électricité EDF, criblé de dettes, en réponse à la crise énergétique, qui a été exacerbée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. C’est ce qu’a déclaré la nouvelle première ministre du pays, Élisabeth Borne, dans sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale mercredi après-midi.

« L’urgence climatique exige des décisions fortes et radicales », a déclaré Borne, citée par le site d’information Bloomberg et d’autres. « Nous devons avoir la production et notre avenir énergétique entièrement entre nos mains. Nous devons garantir notre souveraineté face aux conséquences de la guerre et aux défis colossaux qui nous attendent. »

L’État français détient déjà une participation de 84% dans EDF, l’un des plus grands producteurs d’électricité au monde. Or, EDF est en mauvaise posture. Par exemple, les projets de construction des nouvelles centrales nucléaires françaises et britanniques de l’entreprise connaissent d’importants retards et dépassements de coûts. Certains de ses réacteurs vieillissants présentent également des problèmes de corrosion et sont à l’arrêt. Autant de facteurs qui ont fait chuter le cours de l’action d’EDF ces derniers mois.

La vision de Macron

La France est confrontée à une crise politique sans précédent après que l’alliance centriste autour du président libéral Emmanuel Macron a subi des pertes importantes lors des élections législatives du mois dernier. Le parti nommé Ensemble a remporté le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée nationale, la chambre basse du système bicaméral de la République française. Mais il manquait environ 40 sièges aux sociaux-libéraux pour obtenir la majorité absolue nécessaire à l’adoption des lois.

La nationalisation d’EDF est une idée qui fait l’objet d’un large consensus dans la politique française, et qui a également été promue récemment par la gauche (radicale). L’accent mis sur la nationalisation dans la déclaration de politique générale de Bornes est donc considéré comme une tentative d’attirer les différents partis politiques au sein d’un parlement profondément divisé.

Macron veut de toute façon investir massivement dans de nouveaux réacteurs nucléaires, en tant que pilier de la poursuite par la France de la neutralité carbone – après tout, l’énergie nucléaire n’émet pas de CO₂.

Des investisseurs enthousiastes

On ne sait pas encore comment la nationalisation (un sujet qui revient aussi de temps en temps sur la table en Belgique, où la situation est cependant différente : l’Etat belge n’est plus du tout actionnaire du fournisseur national, qui appartient entièrement à Engie) sera effectuée, ni à quel prix le gouvernement entend racheter les actionnaires privés et institutionnels.

Mais même sans détails sur le rachat, les investisseurs ont réagi avec beaucoup d’enthousiasme. Par exemple, les actions d’EDF ont augmenté de 8 % après l’annonce de Borne, et ont même clôturé avec une hausse de 15% à la bourse de Paris. Ce jeudi, après trois heures de négociation, elle est toujours en hausse de 2%. Néanmoins, elle a perdu 11% de sa valeur boursière depuis le début de l’année.

Allemagne

La France n’est pas la seule superpuissance de l’UE à prendre des mesures pour sécuriser son approvisionnement énergétique. Les Allemands travaillent sur un plan de sauvetage pour le géant gazier Uniper. Ce plan serait similaire au soutien que Lufthansa a reçu lors de la crise du coronavirus.

Nos voisins de l’Est n’ont pas non plus peur de sortir des sentiers battus. La semaine dernière, le gouvernement allemand s’est approprié trois navires-citernes contenant du gaz naturel liquéfié (GNL) du géant gazier russe Gazprom.

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