La suppression des dettes étudiantes peut-elle sauver l’économie américaine?

Le candidat démocrate Bernie Sanders propose d'annuler les dettes des étudiants se montant à 1600 milliards de dollars
EPA-EFE/JIM LO SCALZO

Aux Etats-Unis, une idée très ancienne gagne de plus en plus d’adeptes: celle de la suppression des dettes des étudiants américains. 

L’année dernière, l’économiste et historien américain Michael Hudson a publié ‘And Forgive Them Their Debtss’, un ouvrage dans lequel il explique que dans la Babylone antique et d’autres civilisations anciennes, chaque nouvel arrivant au pouvoir effaçait les dettes de ses citoyens. Cette pratique, appelée ‘jubilé’, était bien plus pragmatique que généreuse.

Une radiation des dettes stimulerait l’économie

Les citoyens débarrassés du fardeau de leurs dettes pouvaient recommencer à consommer et contribuer à des projets publics, au lieu de donner tout leur argent à leurs créanciers. ‘Les sociétés qui ont annulé les dettes ont connu une croissance stable pendant des milliers d’années‘, observe-t-il. 

Les candidats démocrates à l’élection présidentielle se sont emparés de cette idée. Elizabeth Warren a promis d’annuler la majorité des 1.600 milliards de dollars de dettes des étudiants américains. Bernie Sanders a surenchéri avec la suppression additionnelle des 81 milliards de dollars de dettes médicales. Dans le camp Trump, l’idée séduit aussi. 

Dans une étude, l’analyste des marchés Moody’s Investors Service souligne qu’une hausse de l’endettement étudiant réduit la consommation et l’investissement, et augmente les inégalités. Il conclut qu’une suppression de ces dettes stimulerait l’économie, à la manière d’une réduction d’impôt.

Une double injustice

Le rachat des dettes augmenterait l’endettement public des Etats-Unis – qui dépasse le niveau inquiétant de 22.000 milliards de dollars, soit 78% du PIB. Mais cette hausse serait ‘marginale’, car le pays lui-même a octroyé les trois quarts de ces prêts. Chaque année suivante, les déficits budgétaires se creuseraient également légèrement, en raison du manque à gagner lié à l’absence des remboursements (qui représentaient 0,4 % du PIB en 2018).

Les détracteurs critiquent l’injustice d’une telle mesure. Certains pensent que la radiation des prêts risque d’encourager les futurs emprunts imprudents. De même, selon une étude de l’Urban Institute, les ménages les plus aisés détiennent plus de prêts étudiants, ce qui signifie qu’ils en seraient les plus gros bénéficiaires.