La science planche déjà sur des vaccins ‘améliorés’: cette découverte pourrait bien leur donner un gros coup d’accélérateur

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Aux Etats-Unis et en Europe, les premières vaccinations contre le Covid-19 doivent débuter dans le courant du mois de décembre, avant de s’échelonner tout au long de 2021. Du côté des scientifiques, on réfléchit déjà à améliorer ces premiers vaccins.

Si vous suivez de près le processus de conception des vaccins contre le Covid-19, vous savez sans doute que celui-ci est découpé en plusieurs étapes. La dernière – avant qu’il puisse être soumis à l’approbation des autorités sanitaires – consiste en des essais cliniques, divisés en 4 phases.

La phase 3 est la plus longue: elle implique des dizaines de milliers de volontaires, qui se voient administrés le candidat vaccin ou un placebo. La phase 4 se déroule après l’approbation et la commercialisation du vaccin, afin de s’assurer de son efficacité et de contrôler d’éventuels effets secondaires non-décelés lors des phases précédentes.

Corrélat de protection

Une fois qu’un vaccin a été approuvé, les scientifiques se chargent de l’améliorer – en travaillant tant sur son efficacité que sur sa sécurité – et de l’adapter aux modifications du virus.

Lorsqu’il s’agit de travailler sur un vaccin déjà approuvé, cette fastidieuse phase 3 n’est généralement plus mise en place. D’une part, des essais cliniques impliquant l’administration d’un placebo à des volontaires alors qu’un vaccin efficace existe déjà sont considérés comme non-éthiques. D’autre part, procéder à une comparaison entre le premier et le nouveau vaccin semble être une lourde tâche, surtout dans le cas du vaccin contre le Covid-19. Les premiers vaccins ont affiché des taux d’efficacité très élevés. Les surpasser demanderait des essais cliniques encore plus poussés, requérant énormément de temps et d’argent. Ces comparaisons sont donc mises au placard… à condition qu’un corrélat de protection ait été déterminé.

Pour s’assurer de l’efficacité de ces ‘nouveaux’ vaccins, les chercheurs se basent donc sur ce corrélat de protection. Il s’agit d’une preuve indirecte, décelée dans le corps, de l’existence d’une protection contre le virus ciblé par le vaccin administré.

C’est notamment le cas pour le vaccin contre la grippe, qui est adapté chaque année en fonction des mutations génétiques du virus. Mener une phase 3 tous les ans pour un vaccin qui a déjà fait ses preuves prendrait trop de temps et serait très coûteux. Plutôt que de relancer de longues procédures d’essais comparatifs randomisés (vaccin/placebo ou ancien vaccin/nouveau vaccin), il suffit donc de vérifier que le ‘nouveau’ vaccin offre bien ce corrélat de protection.

Une expérience sur des singes

Les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna – les premiers qui doivent être commercialisés aux Etats-Unis et dans l’Union européenne – n’ont pas encore été approuvés par les autorités sanitaires compétentes. Leurs décisions sont attendues dans les prochaines semaines. Mais la communauté scientifique s’attend à une approbation: dès lors, certains chercheurs sont déjà en train de tenter de définir le corrélat de protection du vaccin contre le Covid-19.

Dans cette optique, une équipe de chercheurs, principalement issus du Centre de virologie et de recherche sur les vaccins (CVVR) de l’université Harvard (Etats-Unis), vient de publier dans la revue Nature une étude aux résultats plutôt encourageants.

Cette recherche a été menée sur des macaques rhésus. Dans un premier temps, des animaux ont été contaminés par le virus. Ceux-ci ont ensuite développé une réponse immunitaire. Les chercheurs leur ont prélevé du sang, contenant des anticorps neutralisants.

‘Nous avons isolé ces anticorps, nous les avons purifiés et nous les avons ensuite transférés à des animaux sains’, explique le professeur Dan Barouch, principal directeur de l’étude. Les anticorps en question sont des immunoglobines G (IgG).

Ces singes sains ont ensuite été exposés au virus. Résultat: la grande majorité d’entre eux n’ont montré aucune signe d’infection. Ceux qui ont reçu la plus grande quantité d’anticorps ont quant à eux affiché un taux de contamination de 0%.

Les anticorps suffiraient

Personne ne doutait que la formation d’anticorps était nécessaire à l’efficacité d’un vaccin. Mais cette étude tend à démontrer qu’elle lui est même suffisante. Elle donne aussi des indications sur le taux d’anticorps nécessaire à une protection qui, d’après cette étude, serait moins élevé qu’imaginé.

Dans le processus de développement des nouveaux vaccins, une simple prise de sang permettrait donc de vérifier si ceux-ci permettent la production d’anticorps – qui constitueraient dès lors leur corrélat de protection – et qu’ils sont bien efficaces.

La phase 3 des essais cliniques ne serait plus nécessaire. En sachant rapidement si leur vaccin est efficace, les chercheurs auraient donc plus de temps pour se consacrer à sa sécurité. Ils pourraient également s’atteler à les rendre efficaces plus longtemps ou à les rendre moins coûteux.

‘Il serait beaucoup plus pratique pour les tests des futurs vaccins contre le Covid-19 vaccins d’avoir un corrélat de protection bien établi’, résume le professeur Barouch.

Quelques mises en garde

Si cette étude tend à montrer la voie vers la définition du corrélat de protection du vaccin contre le Covid-19, elle n’apporte pas encore de réponse définitive. Plusieurs facteurs doivent tempérer l’enthousiasme qui l’entoure.

  • L’étude a été menée sur un petit nombre de singes.
  • Il faut encore démontrer que ce qui est valable pour ces singes l’est aussi pour les humains. Toutefois, les études menées sur les macaques rhésus ont généralement donné des résultats similaires pour l’homme, rappelle le Dr Paul Goepfert, professeur à l’université d’Alabama de Birmingham (Etats-Unis), qui n’a pas participé à l’étude.
  • Le virus administré aux singes n’est pas exactement celui responsable de la pandémie. C’est ‘presque le même’, nuance le Dr Goepfert, interrogé par ABCNews.
  • Plusieurs scientifiques ont rappelé qu’un vaccin doit, en plus de la production d’anticorps, offrir d’autres réponses immunitaires telles que l’immunité cellulaire.

Même s’il est conscient que son étude doit amener à de nombreuses autres recherches, le professeur Barouch estime qu’il s’agit là d’une ‘bonne nouvelle’ qui permettra de faciliter l’élaboration des futurs vaccins contre le coronavirus.

Autre implication possible de l’étude: une simple prise de sang pourrait permettre de déterminer si une personne vaccinée est bel et bien totalement protégée contre le Covid-19, en analysant si elle possède suffisamment d’anticorps.