La Chine construit un pont sur un lac contesté de l’Himalaya: de quoi inquiéter l’Inde, l’énerver… et augmenter les tensions dans la région

Partageant une frontière de près de 3500 kilomètres, la Chine et l’Inde ne sont pas d’accord sur certaines de ses portions. Des dizaines de milliers de soldats des deux pays y sont d’ailleurs postés. Il apparaît à présent que Pékin est en train de jouer un coup stratégique qui ne dise rien qui vaille à New Delhi.

En juin 2020, les tensions sino-indiennes ont abouti à des affrontements très violents dans la vallée de Galwan, dans la région du Ladakh. En vertu de traités antérieurs, les deux pays avaient accepté de ne pas porter ni utiliser d’armes à feu pour éviter toute escalade. Les combats se sont donc déroulés au corps-à-corps, à base de coups de poing, de pierres et de barres de fer. Bilan probable (différent selon les sources) : quelques dizaines de morts de chaque côté.

Depuis, les tensions entre les deux pays les plus peuplés au monde ne se sont pas apaisées. Contestant chacun certaines parties de leur frontière commune, ils y ont amassé des dizaines de milliers de militaires. Au cas où.

« Nous n’avons jamais accepté une telle occupation illégale de notre territoire »

Non loin d’où ont eu lieu les affrontements du printemps 2020, la Chine est justement en train de construire un nouveau pont, rapporte CNBC. Il traverse le lac Pangong Tso, un territoire contesté contrôlé aux deux tiers par la Chine et à un tiers par l’Inde depuis 1960. Cette nouvelle construction va constituer le deuxième pont chinois sur place. De quoi agacer l’Inde.

« Nous avons vu des rapports sur la construction par la Chine d’un pont sur le lac Pangong, à côté de son pont précédent. Ces deux ponts se trouvent dans des zones qui sont toujours sous l’occupation illégale de la Chine depuis les années 1960 », a déclaré la semaine dernière le porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, Arindam Bagchi. « Nous n’avons jamais accepté une telle occupation illégale de notre territoire, pas plus que nous n’avons accepté la revendication injustifiée de la Chine ou de telles activités de construction », a-t-il ajouté.

Interrogé par CNBC, un général à la retraite de l’armée indienne a expliqué que cette nouvelle construction allait permettre à la Chine de « déplacer rapidement des forces entre les rives nord et sud du lac Pangong Tso, ce qui leur manquait auparavant ».

Et si le Quad devenait un OTAN asiatique ?

L’Inde n’est toutefois pas en reste. D’après ce même général, elle a également construit de nombreuses infrastructures pour aider à un « meilleur déploiement tactique et opérationnel » de ses forces dans la région. Elle pourrait même neutraliser la construction du pont chinois, « en particulier grâce à des munitions de précision livrées à partir de diverses ressources ».

Pour traiter le sujet, la chaîne américaine a aussi interrogé l’ancien secrétaire indien au commerce, Ajay Dua. Il a eu des mots forts: l’Inde devrait s’allier sur le plan militaire au Japon, à l’Australie et aux États-Unis, même si cela met Pékin en colère. Dans le cadre du Quad, une alliance destinée à contrebalancer le poids de plus en plus oppressant que prend la Chine Asie-Pacifique. Les plus hauts représentants des quatre pays se sont d’ailleurs rencontrés en ce début de semaine à Tokyo. À cette occasion, la Chine et la Russie ont organisé un exercice militaire conjoint au-dessus de la mer du Japon, vivement condamné par Tokyo.

« J’aimerais voir les pays du Quad assurer la sécurité militaire indépendamment de la réaction de la Chine« , a-t-il déclaré, ajoutant que la Chine avait déjà mené une campagne de désinformation, qualifiant l’alliance de groupement anti-chinois. « Aucun pays de la région ne peut gérer la Chine seul. Les États-Unis le peuvent à eux seuls », a-t-il ajouté.

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