Quand l’augmentation du taux de chômage est accueillie avec le sourire aux États-Unis

Les salaires élevés à cause d’un taux de chômage bas sont un des moteurs de l’inflation. Mais le marché du travail américain semble indiquer de premiers signes de ralentissement : le nombre d’emplois ajoutés en avril devrait être le plus bas en un an, et les premières demandes d’indemnités de chômage sont en hausse.

« The Great Resignation« , voilà comment est appelé ce phénomène. Aux Etats-Unis, l’économie connaît un marché du travail hyper tendu, avec un taux de chômage qui rase le sol, aout des 3,7%. A cela s’ajoute une volonté, durant la pandémie, de certains travailleurs de changer de vie. Démissionner pour se réorienter et trouver un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Certains secteurs ne disposent plus assez de bras, et les entreprises doivent mettre le paquet pour attirer, ou garder, les talents. Ce qui entraine une augmentation des salaires.

Mais ces augmentations de salaire sont également un moteur pour l’inflation, via des coûts plus élevés pour les entreprises, et ainsi une pression sur les prix. Un ralentissement du marché du travail est donc généralement vu comme une mesure pour faire baisser l’inflation, et fait partie du plan d’action de la Fed, la Banque centrale des Etats-Unis, en charge de la lutte contre l’inflation galopante. Mais d’un autre côté, ce ralentissement du marché du travail, ou en d’autres mots, une hausse du taux de chômage, peut également être un risque pour l’économie. Le fait, voire la crainte, de se retrouver au chômage et de moins rapidement pouvoir retrouver un travail a un impact sur la confiance des consommateurs, et donc leurs dépenses, ce qui réduira l’activité économique – synonyme de récession.

Premiers signes de ralentissement

Vendredi, l’instance publique en charge des statistiques publiera les emplois créés au mois d’avril. Le monde économique s’attend à moins de 400.000 emplois créés, rapporte CNN Business. Il s’agirait alors de la plus faible croissance de l’emploi en un an. « Certains pourraient dire que la croissance de l’emploi se normalise car l’économie approche du maximum d’emploi », explique Nela Richardson, économiste en chef auprès d’ADP, une autre organisation qui suit les données du marché du travail. Mercredi, cette organisation a publié ses chiffres pour le mois d’avril (en ne comptant uniquement les fiches de paie du secteur privé). 247.000 emplois ont été créés, ce qui est moins que ce à quoi les analystes s’attendaient.

Or, moins de postes disponibles sur le marché de l’emploi, cela permet déjà de réduire la pression sur les salaires. Les candidats verront qu’il y a moins d’opportunités que lors des mois précédents, et pourront moins utiliser cela comme levier pour demander des augmentations.

D’un autre côté, le nombre de personnes introduisant des premières demandes pour des indemnités de chômage a augmenté, la semaine passée, de 19.000 unités, par rapport à la semaine dernière. Plus de 200.000 personnes ont introduit des premières demandes, alors que les économistes s’attendaient à 180.000 environ, rapporte Reuters. Si les premières demandes sont en hausse, le total des demandes est tout de même en baisse, et est au plus bas, avec 1,384 millions de demandes, en plus de 50 ans, selon le Labor Department.

Au-delà de ces premiers signes de ralentissement, le marché du travail reste pour l’instant particulièrement fort. Le taux de chômage devrait même encore descendre jusque 3,5%, estiment des analystes – soit parmi les taux les plus bas jamais enregistrés. De toute manière, le marché de l’emploi n’est pas le seul moteur de l’inflation, outre-Atlantique. La crise des chaines d’approvisionnement, et les prix de l’énergie qui explosent depuis quelque temps restent les principales sources de pression. Pour essayer de freiner l’inflation, la Fed a d’ailleurs relevé les taux d’intérêt de 0,5 point de pour cent mercredi.

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