« Ils sont satisfaits des prix élevés »: l’Europe ne pourra pas compter sur un coup de pouce de l’OPEP pour remplacer le pétrole russe

Alors que l’Europe veut arrêter ses importations de pétrole et de produits pétroliers russes d’ici respectivement six mois et la fin de l’année, elle ne pourra pas s’attendre à une augmentation de la production de la part de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Celle-ci est « satisfaite des prix élevés » et devrait garder la production en deçà de la demande, pour maintenir artificiellement les prix hauts.

Qu’est-ce que l’Opep+ ? Il s’agit des 13 membres fondateurs de l’Opep, qui sont principalement situés au Moyen-Orient et en Afrique, auxquels se sont alliés 10 autres pays dont la Russie. Ensemble, ils produisent 40% de la production mondiale de pétrole brut. En augmentant ou en diminuant l’offre de pétrole, ces pays peuvent influencer les prix.

L’Europe veut se débarrasser du pétrole russe, d’ici six mois. Parmi les 27 pays de l’Union, tous ne sont pas d’accord. La Hongrie – et elle n’est pas la seule – trouve le délais trop court. Pour contourner ce blocage, des voix se font entendre, comme celle de Guy Verhofstadt, pour supprimer le droit de véto et les règles de l’unanimité qui règnent au sein de l’Europe pour ce genre de décisions. Mais même si les pays qui trainent les pieds finissent par se plier à l’embargo, il reste un problème majeur : les quotas de production des pays de l’OPEP+.

Avec la pandémie et la chute radicale de la demande, l’OPEP+ avait baissé la production pour tente de faire remonter les prix. Rappelez-vous: en plein confinement, les producteurs payaient des gens pour se débarrasser du pétrole, faute de capacités de stockages suffisantes. Mais avec la relance, la demande a explosé. Mais cette fois, la production de l’OPEP+ n’a pas suivi la même dynamique : tous les mois, l’organisation ajoutait seulement 400.000 barils par jour à sa production (et encore, ces quotas n’étaient pas toujours atteints). Les prix du pétrole ont donc augmenté en flèche tout au long de l’année 2021.

Avec la guerre en Ukraine, le marché est forcément encore plus tendu. Le pétrole russe est boycotté, voire carrément sous embargo comme c’est le cas aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Mais les pays de l’OPEP+ ne tiennent pas vraiment en compte cette situation. Les appels de Joe Biden et de Boris Johnson pour augmenter la production de pétrole sont restés sans réponse. Les pays de l’Opep+ ne veulent pas se laisser dicter leur affaires par les Occidentaux. D’autres pays, en Afrique, ne peuvent tout simplement pas augmenter leur production dans un temps si court. Durant la pandémie, certaines installations ont été mal entretenues. Les investissements dans le pétrole ont ausi diminué.

Côté russe, on se satisfait pleinement de ces prix hauts qui lui permettent d’atténuer les sanctions occidentales. L’année 2022 devrait lui rapporter 180 milliards de dollars de recettes fiscales grâce aux énergies fossiles, en hausse de 45% par rapport à 2021.

« Ils sont satisfaits des prix élevés »

Ce jeudi, les 23 pays, présidés par l’Arabie Saoudite se sont réunis. Lee groupe va augmenter la production, en juin, de 432.000 barils par jour, soit la même quantité que celle déjà ajoutée en mai.

« Il est peu probable que l’OPEP+ fournisse du pétrole supplémentaire sur le marché pour résoudre tout problème de tension, car l’organisation est très satisfaite de voir les prix rester au-dessus de 100 dollars par baril », analyse Ajay Parmar, expert du marché pétrolier auprès d’ICIS, dans un rapport consulté par CNBC. « Toute augmentation substantielle de l’offre supplémentaire de l’OPEP+ menacera ces prix élevés, et l’on s’attend donc à ce qu’ils continuent à récupérer lentement des parts de marché tout au long de 2022 », continue l’expert. De son côté, l’OPEP indique régulièrement ne pas avoir assez de capacité de production pour revenir rapidement aux niveaux d’avant la pandémie.

L’embargo de l’Europe dans les pipelines, le marché va inévitablement se tendre davantage. Mais derrière la faible augmentation mensuelle, un autre problème se cache. Fautes de capacités de stockage ou de débouchés suffisants, l’offre de pétrole russe va forcément diminuer, de 1,5 million de barils par jour, estime l’AIE. Des prix encore plus élevés sont donc attendus.

D’autant que selon Stephen Brennock, analyste auprès de PVM Oil Associates, cité par le média américain, l’OPEP restera « insensible » aux baisses de production en Russie. L’écart entre les quotas affichés et la production réelle devrait continuer à se creuser, et avec lui, les prix vont continuer à augmenter, avertit-il.

« L’OPEP veut garder de bonnes relations avec la Russie, il est donc très probable qu’ils poursuivent l’accord qu’ils ont tous conclu l’année dernière. Cela signifie une augmentation très progressive de l’offre de brut d’ici à septembre », ajoute Carole Nakhle, PDG de Crystol Energy, interrogée par BBC News.

Vers qui l’Europe pourra-t-elle se tourner? Dans les pays qui produisent du pétrole, et qui ne font pas partie de l’OPEP+, il y a notamment les États-Unis. Concernant les livraisons de gaz, le pays a déjà voulu voler au secours du Vieux Continent, même si les quantités promises sont très loin de celles gaz russe. Maintenant que l’Europe affiche (enfin) ouvertement la volonté de se débarrasser du pétrole russe et de réduire sa participation dans l’effort de guerre de Poutine, est-ce que l’Oncle Sam va envoyer ses pétroliers ? Dans tous les cas, les calculs pour remplacer le pétrole de la Russie, troisième producteur mondial, vont être un casse-tête.

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