‘Garder tout le monde confiné jusqu’à ce que le dernier citoyen soit vacciné? La facture pour notre économie sera énorme’

Crédit Isopix

‘Prolonger les mesures, encore un peu plus’. Certains experts préféreraient que notre pays reste confiné jusqu’à ce que le dernier Belge ait été vacciné. Seul problème, la facture risque d’être lourde à cause du retard accumulé par l’UE – et par notre pays – dans la stratégie de vaccination. 

Dans une interview accordée au journal économique français Les Échos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que l’UE allait passer à la vitesse supérieure dans sa lutte contre les nouveaux variants.

La Commission lance en effet ce mercredi un programme de recherche baptisé ‘Incubateur Hera’, consacré à l’étude des nouvelles souches du virus. Consolidé par des ‘moyens financiers importants’, il rassemblera ‘les laboratoires, les autorités sanitaires, les scientifiques et la Commission européenne’, a déclaré Ursula von der Leyen aux Échos, mardi.

L’Europe va donc accélérer le pas. Il est vrai qu’au regard de notre vitesse de croisière, le contraire serait difficilement imaginable. 

Se moquer de l’Amérique?

Chaque jour, nous sommes bombardés de chiffres sur la vaccination en Israël, au Royaume-Uni et dans les Émirats arabes unis. Mais ces records ne peuvent être un point de comparaison car la situation peut vite évoluer. L’Amérique, qui pendant des mois a été raillée parce que Trump ne pouvait pas contrôler la pandémie, vaccine aujourd’hui 1,5 à 2 millions de personnes par jour et a déjà fourni au moins une dose à près de 16% de la population. L’Union européenne, elle, n’atteint même pas les 5%. 

Pour atteindre une immunité de 70% chez les adultes d’ici l’été, l’UE devrait multiplier par six son nombre de vaccinations. C’est en tout cas ce que rapporte une étude du groupe d’assurance Allianz et de l’assureur-crédit Euler Hermes.

Les pays qui vaccinent le plus rapidement sortiront également le plus rapidement de la crise économique

La ‘lente’ stratégie européenne ne provoque pas que des morts, elle a aussi des conséquences majeures sur notre reprise économique.

Les pays qui vaccinent le plus rapidement sortiront également le plus vite de la crise économique. Ils se dirigent vers une croissance économique qui, après des mois de confinement, sera spectaculaire. Un privilège qui – outre les pays qui vaccinent le plus rapidement – reviendra aux pays asiatiques, plus particulièrement à la Chine. Car ces derniers n’ont guère été touchés par une deuxième et une troisième vague ou les mutations qui les ont accompagnées. 

Notre reprise économique s’amorcera donc plus tard que celle des États-Unis ou de la Chine. Les économistes s’attendent à un retard de 6 mois, pour autant que nous continuions à ‘accélérer le pas’. Dans un premier temps, ce retard dans la vaccination n’aura qu’un faible impact économique. Ce sont surtout les malades non-vaccinés qui en subiront les conséquences.

Un problème à long terme

Le problème économique doit être étudié sur du plus long terme. Le fossé qui se creuse entre l’Union européenne et les deux superpuissances, la Chine et les États-Unis, ne fait que grandir. Un exemple: selon William Bratton, auteur de ‘China’s Rise, Asia’s Decline’, en 1999, l’Europe représentait encore 20% des flux commerciaux asiatiques (hors Chine). En 2019, ils étaient à peine de 13%. Et ce n’est pas notre réponse au Covid qui permettra de combler ce fossé.

L’Europe est dans un trou profond

‘Et l’Europe est dans un trou profond’, a déclaré Erik Nielsen, économiste chez UniCredit. ‘La pandémie n’est pas éradiquée, le déploiement du vaccin a été franchement décevant et le risque d’un trou encore plus profond est donc bel et bien réel.’

Si elle ne parvient pas à rattraper son retard, l’UE sera obligée de maintenir des mesures de confinement ou des restrictions strictes. Même lorsque d’autres grandes économies rétabliront le plein emploi. Chaque mois de retard coûtera à l’UE entre 50 et 100 milliards d’euros en pertes de bénéfices. Le pire sera peut-être derrière les Etats-Unis d’ici Pâques, l’Europe, elle, table sur le mois de novembre.

Mais tout ceci n’est que du court terme. Le véritable problème se situe donc à plus long terme. Ce qui est regrettable, car l’UE a assez bien réagi aux événements de ces derniers mois. Par exemple, elle a su faire preuve d’unité face au Brexit. L’Union s’est également libérée du dogme allemand grâce à des plans d’aide financière et aussi grâce à un plan de relance approuvé à toute vitesse, en phase avec les normes européennes.

Mais l’échec de la campagne de vaccination continuera à nous hanter, pas à court terme, mais bien à plus long terme.