Transporter des fusées dernière génération dans un navire à voiles : première traversée pour Canopée

Le navire doit encore recevoir sa voilure, mais il vient de réussir sa première traversée de l’Atlantique. Il incarne la volonté du secteur aérospatial de paraître plus vert aux yeux du grand public, alors que les lancements se multiplient.

Pourquoi est-ce important ?

Le secteur aérospatial est en pleine croissance dans tous les pays impliqués dans la nouvelle course à l'espace, mais le secteur veut aussi mettre en avant ses efforts de décarbonisation, à une époque où l'impact écologique est primordial pour toute entreprise.

Dans l’actualité : Le navire Canopée, destiné au transport d’Ariane 6, a accosté pour la première fois au port de Pariacabo en Guyane le 13 janvier dernier, révèle le conglomérat Ariane Group dans un communiqué.

  • Le navire a quitté le port de Rotterdam le 27 décembre dernier pour rejoindre Kourou dans une première traversée de l’Océan Atlantique qui avait valeur de test.
  • Le Canopée a la particularité d’être pensé comme un navire hybride, équipé de voiles (qui doivent être encore installées) ainsi que de moteurs traditionnels d’appoint.
  • Ce cargo à voiles de nouvelle génération est conçu sur mesure pour le transport des pièces du lanceur Ariane 6 vers Kourou, la base de lancement française en Guyane. Le navire mesure 121 mètres de longueur par 22 mètres de large, pour un déplacement total de 10 000 tonnes et peut naviguer à une vitesse de 17 nœuds.

« Le bateau répond pleinement aux objectifs du programme : réduire les coûts, raccourcir les cycles de production, et réduire notre empreinte environnementale. La réussite des essais en mer permet d’entamer les essais de qualification dans les différents ports qui accueilleront Canopée. Le bateau chargera dès cet été le lanceur Ariane 6 destiné au vol inaugural, puis les lanceurs suivants déjà en intégration dans les usines d’ArianeGroup en France et en Allemagne. »

Karl-Heinz Servos, Directeur Industriel d’ArianeGroup

L’enjeu : réduire les coûts des lancements, ainsi que l’impact environnemental du programme spatial.

  • Le Canopée devrait, selon l’entreprise, permettre de diviser par deux les coûts de transport des éléments des lanceurs Ariane tout en réduisant l’empreinte environnementale du programme.
  • La fusée Ariane 6 est le nouveau lanceur de l’ESA de moyenne à forte puissance (5 à 11,5 tonnes en orbite de transfert géostationnaire) en développement qui doit replacer Ariane 5, jugée trop chère à fabriquer dans un secteur où la concurrence s’intensifie.
  • Si le recours à la voile pour acheminer la fusée est présenté comme une révolution écologique, il ne faut pas perdre de vue que ce genre de lanceur consomme des quantités impressionnantes de carburant. Les deux à quatre boosters ERS (Equiped Solid Rocket) selon les versions mesureront 22 m de hauteur pour 3,4 m de diamètre et brule ses 140 tonnes de propergols en 130 secondes, créant 450 tonnes de poussée.
  • Selon les données fournies par le Centre national d’études spatiales, la combustion du propergol, le carburant contenu dans les deux boosters d’Ariane 5, émet à chaque lancement 149,1 tonnes d’alumine (Al2O3), 119,7 t d’un mélange de monoxyde de carbone (CO) et de dioxyde de carbone (CO2), mais aussi 89,9 t de gaz chlorhydrique (HCl). Cela peut sembler beaucoup, mais il faut se rappeler que de tels tirs restent rares. Pour comparer, un seul vol Paris -New York représente une demi-tonne de CO2 par passager embarqué. Et ces vols sont, eux, innombrables.

Le coût de développement du nouveau lanceur avec les installations au sol était estimé à 3,8 milliards d’euros courant 2020. Le vol inaugural de la fusée est prévu pour le dernier quadrimestre de cette année.

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