Et la championne du monde de l’adoption des monnaies virtuelles est… la Turquie

Le champion du monde d'haltérophilie, Biney Mete, déploie le drapeau de la Turquie sur le podium. La Turquie est aussi championne du monde de l'adoption des monnaies virtuelles
EPA/ETIENNE LAURENT

Lorsque l’on pense aux monnaies virtuelles, la Turquie n’est pas forcément le premier pays qui vient à l’esprit. Pourtant, une enquête d’ampleur mondiale portant sur les statistiques de la consommation révèle que les Turcs sont les champions en matière d’adoption des cryptomonnaies.

En effet, pas moins de 20% d’entre eux y auraient été exposés d’une manière ou d’une autre. C’est le record mondial, qui prouve qu’en toute discrétion, la Turquie est devenue un pays leader dans le domaine des monnaies virtuelles. 

La Turquie mise sur les monnaies virtuelles

Et elle conservera sans doute ce statut sur les prochains mois. Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a en effet annoncé la création d’une lire numérique nationale, s’appuyant sur la blockchain. Cette cryptomonnaie, émise par la Banque centrale du pays, devrait voir le jour l’année prochaine. Elle est actuellement en cours de test. Istanbul veut ainsi s’imposer comme une nouvelle place financière de stature internationale

C’est d’ailleurs un revirement complet par rapport à la position que le président turc avait adoptée à l’égard des monnaies virtuelles en 2017. A cette époque, Erdogan avait en effet jugé que le Bitcoin n’était pas “compatible” avec l’islam en raison de sa nature spéculative. 

Des smartphones et des jeux

La population turque n’a de toute façon pas attendu le feu vert de son gouvernement. Une enquête menée par ING en 2015 avait indiqué que 45% des Turcs considéraient que les monnaies virtuelles telles que le Bitcoin étaient l’avenir du commerce en ligne. C’était déjà le pourcentage le plus élevé d’Europe, dépassant largement la moyenne de 28%.

La même enquête avait également démontré que les Turcs étaient à l’aise avec les applications de paiement sur smartphone. Ainsi, ils sont 56% à y avoir recours, contre 33% pour les Européens en moyenne.

Selon Barış Özistek, président du fonds de capital-risque Boğaziçi Ventures et de la société d’édition de jeux Netmarble EMEA, la popularité des monnaies virtuelles en Turquie est étroitement liée à l’énorme marché des jeux du pays. “Il y a plus de 30 millions de joueurs actifs en Turquie. Le jeu est une sphère dans laquelle on s’initie aux équipements et aux monnaies numériques, et aussi celui où on les utilise le plus souvent.”

Les difficultés économiques sont un facteur d’adoption

La volatilité de la lire turque a également joué un rôle. Au cours de la dernière décennie, la situation de la Turquie, voisine de la Syrie et de l’Iraq, l’a placée au centre de différents conflits. Ses relations avec les Etats-Unis et la Russie ont aussi été très délicates. Le cours de la lire a beaucoup pâti de ces facteurs, ainsi que des difficultés économiques de la Turquie, et sa volatilité a certainement joué un rôle dans le plus grand recours aux monnaies numériques.

On retrouve d’ailleurs un taux d’adoption élevé dans d’autres pays affligés de mauvaises conjonctures économiques (Venezuela, Iran, Zimbabwe…).