Engagé contre les hydrocarbures, le Danemark décide d’agrandir un champ pétrolier et gazier: « Pas en contradiction avec nos objectifs »

Si les pays européens cherchent à obtenir du gaz et du pétrole ailleurs qu’en Russie, ils regardent aussi ce qu’ils ont chez eux. C’est notamment le cas du Danemark, qui vient de donner le feu vert au développement d’un champ pétrolier et gazier. Fin mai, pays a perdu sa principale source de gaz naturel, Gazprom cessant d’en livrer à Orsted.

Après en avoir obtenu l’autorisation de la part de l’Agence danoise de l’énergie, le géant pétrochimique britannique Ineos a annoncé ce vendredi qu’il allait développer le champ pétrolier et gazier Solsort, prolongement du champ Syd Arne, en mer du Nord, à environ 250 km de la côte ouest danoise.

Mads Weng Gade, directeur d’Ineos Energy DK, a souligné qu’il s’agissait du « premier développement pétrolier et gazier danois depuis de nombreuses années ». Précisément depuis 2017, relève Energy Watch.

L’expansion du site consistera à forer deux nouveaux puits. Les premières productions de pétrole et de gaz y sont attendues pour le quatrième trimestre 2023. Le champ de Solsort devrait représenter 12% de la production pétrolière danoise en 2024 et 5% de la production de gaz, selon les estimations de l’Agence danoise de l’énergie.

Une efficacité à l’échelle européenne qui reste à prouver

Le projet « contribuera de manière importante à l’indépendance et à l’autosuffisance énergétique du Danemark et de l’Europe dans une période difficile pour l’Europe », s’est le directeur d’Ines Energy DK.

Un optimisme tempéré par Tom Marzec-Manser, responsable de l’analyse du gaz au sein de la société de conseil ICIS. Ce projet « ne modifiera pas l’équilibre entre l’offre et la demande de gaz en Europe d’un point de vue structurel », a-t-il déclaré au Financial Times.

L’Agence danoise de l’énergie a en effet annoncé que Solsort pourrait couvrir 10% de la consommation gazière du Danemark, qui a été de 2,3 milliards de m³ ces deux dernières années. Or, en hiver, la demande européenne peut dépasser les 2 milliards de m³… par jour.

Fin de la production prévue pour 2050

Que ce projet soit moins décisif – ou non – pour l’approvisionnement que ce qui est annoncé, le feu vert donné par le Danemark à Ineos reste marquant. Car le pays s’est récemment engagé dans une politique visant à l’éloigner des combustibles fossiles.

Fin 2020, le Danemark s’était ainsi engagé à mettre fin à sa production de pétrole et de gaz d’ici 2050. Par la même occasion, les autorités danoises avaient aussi promis de ne plus délivrer de nouvelles licences d’exploration.

“Nous allons désormais mettre fin à l’ère des [combustibles] fossiles”, avait déclaré dans un communiqué le ministre du Climat, Dan Joergensen, toujours en poste actuellement.

Les responsables danois ont indiqué que la décision de développer le champ Solsort n’était pas en contradiction avec les engagements pris jusque-là. En effet, la décision prise il y a maintenant près de deux ans mentionnait bien que le développement de structures déjà existantes resterait possible.

On notera aussi que, l’an dernier, lors de la COP26, le Danemark s’était associé au Costa Rica pour créer la « Beyond Gas and Oil Alliance« , invitant un maximum de pays à les rejoindre dans leur lutte contre les combustibles fossiles.

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