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Du Dafalgan pour le roi : De Wever a perdu, mais son analyse a gagné

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Politique

27/05/2019 | Wouter Verschelden | 9 min de lecture

Newsweek

Plus que jamais, les élections ont divisé la Belgique en deux : en Flandre, les nationalistes flamands d’extrême droite et d’extrême droite obtiennent presque la majorité, tandis qu’en Belgique francophone, les communistes et les Verts l’emportent. Il sera bientôt relativement facile de créer des gouvernements d’État. Sur le plan fédéral, ce sera un gros casse-tête.

«Le roi aura besoin de Dafalgans. Un milligramme, le plus lourd. ». Bart De Wever (N-VA) a répété sa blague sur la formation du gouvernement fédéral ce matin. Mais derrière cette blague se cache l’amertume de la défaite, alliée à un gain moral : ce n’est pas son parti, mais son analyse qui l’a emporté hier.

« Nous sommes et restons les plus grands »

La N-VA a perdu les élections. De Wever ne s’est pas caché derrière cela non plus. Il avait espéré 30 %, mais le résultat réel a été très en dessous. L’euphorie de 2014 a laissé la place à la froide arithmétique de 2019 à la N-VA :  « Nous sommes et resterons les plus grands », a immédiatement fait comprendre De Wever à ses collègues présidents. c’est à eux qu’il incombe de former un gouvernement flamand.

Bart De Wever élections N-VA
EPA

Et ce n’est pas pour demain, car il faut d’abord une série de pourparlers avec le Vlaams Belang. La discussion sur la question de savoir si le cordon sanitaire sera rompu par la N-VA est sans objet.  La N-VA n’existe que depuis 2001, le cordon date de 1991. De Wever n’y a jamais souscrit, il lui serait donc difficile de le « rompre ».

Mais tous ceux qui connaissent l’histoire de la N-VA savent que, depuis son existence, ce parti s’est livré à une lutte acharnée et féroce avec le Vlaams Belang depuis sa création.Cela fait des années qu’il se heurte au Vlaams Belang, tant au plan du contenu, que de celui de l’humain : on n’a pas besoin d’un cordon pour savoir que l’eau est beaucoup trop profonde. En outre, il existe également une logique mathématique stricte au niveau de la formation du gouvernement flamand : la N-VA et le Vlaams Belang réunis n’ont pas la majorité ensemble. La N-VA est donc parfaitement capable d' »établir qu’aucun autre parti flamand n’est prêt à unir ses forces à celles du Vlaams Belang ». En effet, CD & V et Open Vld ont fermé la porte hier soir à Van Grieken and co.

Le revirement à gauche wallon

De Wever a peut-être perdu, mais son analyse a gagné de façon spectaculaire hier. En Flandre, par conséquent, les partis séparatistes et les partis nationaux flamands n’atteignent pas la majorité.  En Wallonie et à Bruxelles, les électeurs ont reviré à gauche Les communistes ont gagné beaucoup de terrain, et le très à gauche Ecolo avance également. Une image totalement différente des deux côtés de la frontière linguistique.

Elio Di Rupo PS
EPA

Tard dans la nuit, il est également apparu que les dommages causés à l’unique parti de centre-droit en Belgique francophone, le MR, sont encore considérables. Le parti libéral perd 6 sièges partout, même à la Chambre. La famille libérale de Charles Michel et Gwendolyn Rutten n’est plus la plus nombreuse : c’est le PS d’Elio Di Rupo qui dirige à nouveau la plus grande famille. Le PS n’a perdu que trois sièges et il en conserve encore 20. Les chances d’Elio Di Rupo de redevenir Premier ministre ont soudainement atteint des sommets spectaculaires.

Une coalition olivier en Wallonie et à Bruxelles

Le niveau fédéral belge semble être un kladderadatsch complet, un beau mot allemand pour décrire le son d’un objet qui tombe et se brise. Car Di Rupo a peut-être de nouveau des ambitions, il est très difficile de savoir avec qui il formera une coalition fédérale. Pour la Wallonie et Bruxelles, les jeux semblent déjà joués : une combinaison de PS-Ecolo-cdH est évidente, une coalition olivier, comme on surnomme ce type de coalition.

Mais une coalition normale semble impossible à mettre en oeuvre au niveau fédéral. Un olivier ou même une tripartite classique ne sont pas réalisables. La seule coalition viable semble être celle de l’accord Papillon, la sixième fde l’État sous Di Rupo : socialistes, démocrates chrétiens, libéraux et verts. Une coalition de gauche, au moment où la Flandre a voté massivement à droite : un scénario qui ne peut se produire qu’après des mois de crise profonde. Car pour Open Vld et CD & V, une telle combinaison est un cauchemar : après une défaite devant un gouvernement dominé par la gauche, Di Rupo doit se retirer.

Bien entendu, le jeu doit toujours être joué au niveau fédéral. Au Palais royal, on vit quelques heures cruciales. Une grande question symbolique et politiquement chargée se pose immédiatement pour le roi : doit-il inviter le président du grand vainqueur des élections, Tom Van Grieken, à prendre un café? Par le passé, le palais a longtemps ignoré le Vlaams Blok, et plus tard le Belang. Et ce n’est pas seulement symbolique.

Après tout, c’est le roi qui distribue actuellement les cartes au niveau fédéral. Il « reconnaît » les gagnants et transmettra le droit d’initiative, via un informateur, pour former des gouvernements. Déjà à la chute de Michel Ier, le palais prenait une position punitive : Peter Mertens, dirigeant du PTB / PVDA, y avait été reçu à ce moment-là, mais pas le Vlaams Belang. Le raisonnement qui prévalait alors au palais était que « le Vlaams Belang est dans un cordon sanitaire, pas le PVDA » ».

Bart De Wever de N-VA avec King Filip

Seul ce raisonnement est faux: la N-VA, toujours la plus grande de Flandre, ne s’est jamais prononcé sur un tel cordon avec le Belang. De même, la N-VA, CD & V et Open Vld opposent explicitement leur veto aux communistes de la PVDA.

L’exercice qui devrait suivre dans les semaines à venir devrait consister pour les autres partis flamands à jouer au moins une pièce de théâtre et à «écouter» ce que veut le Vlaams Belang. Mais reste à savoir si le roi y participera.

De Wever met la pression

« Combien de temps on va continuer comme ça, combien de temps on va continuer comme ça ? » Quiconque écoutait De Wever sur Radio 1 ce matin pouvait difficilement rater le clin d’œil à Cicéron et son « Quousque tandem abutere patientia nostra« . Le président de la N-VA ne manque jamais une opportunité pour introduire une touche de rhétorique. Mais le jeu qu’il joue est difficile : bien qu’il ait perdu, il veut faire admettre son analyse gagnante aurpès des deux pays, en tout cas au niveau fédéral.

Tom Van Grieken du Vlaams Belang après sa victoire électorale
EPA

Cette fois, il est même aidé par Van Grieken. Ce dernier a déjà adopté sans heurts le discours de la N-VA, les partis nationalistes flamands sont bien alignés : l’indépendance flamande n’est pas immédiatement nécessaire, dit Van Grieken. « La situation est si difficile que l’indépendance n’est pas la priorité absolue. Et aussi : au niveau fédéral, il faut quelque chose d’autre, dit Van Grieken. « C’est la juxtaposition de deux démocraties. Chaque fois, les partis se cassent les dents sur le système belge.  » Van Grieken n’aurait pas pu mieux l’exprimer, tout à fait dans le droit fil de ce que dit la N-VA depuis des années.

La N-VA et le Vlaams Belang veulent maintenir le niveau fédéral sous pression. « Un gouvernement sans majorité du côté flamand est un « problème majeur pour nous », a menacé De Wever. En d’autres termes, une coalition sans N-VA est presque impossible. Mais, dans le même temps, il y oppose son veto : « Après ce résultat, nous n’allons plus du tout gouverner avec la gauche. » Seulement, un gouvernement de droite est impossible : la coalition suédoise a été anéantie.

De Wever, avec l’aide du Vlaams Belang, met ainsi tout le jeu fédéral dans une situation de catch-22 : une situation paradoxale qui se révèle insoluble. Et cette ingérence au niveau fédéral est au cœur de l’analyse de De Wever: le système doit être revu. Il est à craindre que le roi ait besoin de bien plus qu’une bonne boîte de Dafalgan dans les mois à venir.


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