Des traders gagnent 20 millions de dollars avec une cargaison de pétrole russe, mais l’embargo européen pourrait sonner la fin de la récré… ou pas?

En achetant et en revendant du pétrole russe, moins cher, des petits investisseurs récoltent des fortunes. L’importation de pétrole russe est pour l’instant encore autorisée en Europe, mais l’UE vient de décider un embargo quasi total des importations. Mais différentes options existent pour continuer à acheminer du pétrole russe, tout en dissimulant son origine.

« Never waste a good crisis » (ne jamais gâcher une bonne crise) est un principe en communication de crise. Il compte également pour le monde de l’investissement : dans n’importe quelle crise, il y a la possibilité de tirer son épingle du jeu. Cela demande parfois un peu de cynisme, mais tout compte fait, pecunia non olet, l’argent ne pue pas, doivent se dire les investisseurs.

S’il y a actuellement une crise dont on peut tirer profit, c’est celle de l’énergie. L’OPEP par exemple profite de sa position politique sur le marché du pétrole pour garder l’offre basse et les prix hauts. Warren Buffett a fait l’actualité en augmentant ses parts dans Occidental Petroleum et la Russie renfloue ses caisses (et son budget de guerre) avec ses livraisons de pétrole et de gaz.

20 millions de dollars pour une cargaison

Mais les opportunités ne sont pas réservées aux grands pontes du marché. Les petits investisseurs peuvent également mettre la main sur un fameux pactole. En échangeant une cargaison de pétrole russe, ils gagnaient 600.000 dollars avant la guerre. Mais désormais, le bénéfice de cet échange s’est multiplié par 33 et rapporte 20 millions de dollars, rapporte le Wall Street Journal.

A l’heure où les grands groupes quittent la Russie, ces entremetteurs, de plus petits traders comme Paramount Energy & Commodities, ou Coral Energy, interviennent pour acheter une cargaison et le faire acheminer à un client. Le pétrole russe, appelé Urals, est vendu moins cher que ses homologues Brent ou WTI (références du marché) : le baril s’échange actuellement à 90 dollars, contre près de 125 pour le Brent. Ils achètent ainsi le pétrole moins cher pour le revendre ailleurs, moyennant une prime de risque.

La Russie exporte aujourd’hui 3,6 millions de barils par jour, via la mer. Et Paramount, qui est basé à Genève, échange en moyenne 163.000 barils par jour, selon des données obtenues par le WSJ.

Sanctions… et dissimulation

Cet échange se fait dans la légalité des sanctions européennes. Les compagnies pétrolières sont interdites de faire des transactions avec l’entreprise publique Rosneft, mais il n’est pas encore interdit d’importer du pétrole russe en Europe. C’est dans cette marge que les traders opèrent.

Mais le vent est en train de tourner en Europe. Dans la nuit de lundi à mardi, les 27 se sont accordés sur un embargo sur le pétrole russe. D’ici la fin de l’année, 90% des importations de pétrole brut et raffiné seront coupées. Dans un premier temps, la Hongrie et la Slovaquie peuvent continuer à importer du pétrole russe, car les deux pays n’ont pas d’accès à la mer et aux acheminements depuis d’autres pays.

Le fondateur de Paramount, Niels Troost, indique au WSJ avoir levé le camp pour Dubaï, pour éviter les sanctions européennes. Ces traders auront désormais plus de mal à acheminer le pétrole russe en Europe. Les deux pays exemptés par le sixième volet des sanctions n’ont par exemple pas accès à la mer.

Une solution qui resterait ouverte aux traders serait de dissimuler l’origine du pétrole. Pour cela, différentes méthodes existent : éteindre le transpondeur du navire et voyager en mode incognito, mélanger le pétrole russe à du pétrole d’une autre origine (sans dépasser 50% de pétrole russe), ou encore raffiner le pétrole russe à un autre endroit qu’en Europe. Une chose semble en tout cas déjà sûre : tant qu’il y a une demande, ces livraisons sont susceptibles de continuer – soit via les petits traders, soit via les groupes pétroliers. La prime de risque sera alors logiquement encore plus élevée. Avec l’effondrement de la demande européenne « officielle », les cours du pétrole russe risquent encore de chuter et les autres d’augmenter – de quoi faire des intéressés.

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