Shell annonce la couleur: du pétrole russe continuera d’arriver en Europe malgré l’embargo, car il est impossible de tout tracer

Après plus de deux mois de négociations, la Commission européenne s’est enfin lancée dans le grand bain: un embargo sur le pétrole russe est sur la table. Shell prévient déjà qu’il sera de toute façon impossible de tout contrôler.

Mercredi, Ursula von der Leyen a annoncé sa volonté de mettre en place d’un embargo sur le pétrole russe dans le cadre du sixième paquet de sanctions de l’UE à l’égard de la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Et d’ainsi s’aligner sur les États-Unis et le Royaume-Uni.

« Nous renoncerons progressivement aux livraisons russes de pétrole brut dans les six mois et à celles de produits raffinés d’ici à la fin de l’année », a indiqué la présidente de la Commission européenne. « Il s’agira d’une interdiction complète des importations de tout le pétrole russe, transporté par voie maritime ou par oléoduc, brut et raffiné (…) de façon ordonnée, d’une manière qui nous permettra de mettre en place d’autres voies d’approvisionnement. »

À l’heure actuelle, les Vingt-Sept ne sont toutefois pas encore mis d’accord. La Hongrie, qui pourrait bénéficier d’une dérogation pour postposer cet embargo d’un an, est opposée au projet actuel. Même chose pour la Slovaquie. En outre, la République tchèque et la Bulgarie, qui ne profiteraient pas de cette exception, ne sont pas rassurées non plus. Et, comme nous vous l’expliquions en détail cette après-midi, ces désaccords intra-européens ne sont pas les seules menaces pour l’embargo proposé par la Commission.

« Du diesel alimenté par du brut russe qui sort d’une raffinerie indienne est du diesel indien »

Il existerait ainsi des problèmes d’ordre plus techniques que politiques. Et il n’aura pas fallu bien longtemps pour que l’un des mastodontes du secteur ne souligne lui aussi les failles du système. Selon le directeur général de Shell, Ben van Beurden, du diesel et du kérosène produit à partir de brut russe pourront toujours arriver sur le Vieux Continent sans problème. Car il ne serait pas possible d’en tracer l’origine.

« Nous n’avons pas de systèmes dans le monde qui permettent de savoir si cette molécule particulière provient d’une formation géologique en Russie… qui n’existe pas », a-t-il déclaré, cité par Reuters. « Ainsi donc, le diesel sortant d’une raffinerie indienne qui a été alimentée par du brut russe est considéré comme du diesel indien. »

Les sanctions actuelles ne tiennent pas compte de l’endroit où un brut russe est raffiné et traité, a ajouté le responsable de Shell.

Début mars, Shell, comme de nombreux autres négociants européens, a fait part de son intention « d’arrêter immédiatement tous les achats au comptant sur le marché de pétrole brut russe ». Toutefois, selon Bloomberg, la compagnie britannique continue d’acheter de l’or noir russe – sans pour autant mentir, mais en jouant sur les mots. Ses nouveaux contrats stipulent que sont considérés comme russes des barils dont 50,01% du contenu proviennent de Russie. Elle s’autorise ainsi à continuer de commercialiser des barils contenant 49,99% de pétrole russe et 50,01% de pétrole issu d’ailleurs, notamment via ce qui est appelé le « mélange letton« .

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