« Des gens sont décapités et découpés en morceaux dans des chambres de torture. Cela se passe en Belgique, pas ailleurs »

« Nous voyons dans ces dossiers que des gens sont décapités, découpés en morceaux, qu’il y a des chambres de torture… Cela se passe chez nous. Pas ailleurs. Nous voyons aussi des dossiers de corruption au sein de la justice et de la police. Des infiltrations. Dès que beaucoup d’argent est impliqué, tout devient très violent. »

La mafia prend le contrôle de notre pays. Ce sont les mots d’Ignacio de la Serna, le président du collège des procureurs généraux de notre pays. Les médias francophones du pays lui ont accordé une grande attention la semaine dernière. Il était également l’invité de l’émission Déclic de la RTBF vendredi soir. Où il a renforcé ses propos.

Selon le magistrat, dans le cadre de la lutte contre la criminalité grave et organisée, certains districts ne sont plus en mesure de mobiliser les ressources nécessaires pour mener à bien leurs enquêtes. Il mentionne notamment Anvers et Bruxelles. De la Serna plaide pour un refinancement urgent et à grande échelle du ministère de la Justice selon le modèle néerlandais.

À Anvers et à Bruxelles, par exemple, les procureurs ne peuvent plus suivre et doivent faire des choix lorsqu’il s’agit de crimes graves. « Nous abandonnons ce dossier, parce que nous n’avons pas les ressources nécessaires, afin de pouvoir mieux suivre les autres dossiers », a-t-il déclaré. « Certains dossiers de criminalité grave et organisée sont laissés en l’état ». Cela ne s’est jamais produit auparavant.

Le dossier « Sky ECC »

De la Serna donne également des précisions sur le dossier « Sky ECC« . C’est l’application de chat de Sky Global, un fournisseur canadien de smartphones chiffrés. La solution permet aux utilisateurs de communiquer entre eux de manière cryptée.

Début 2021, les polices belge et néerlandaise sont parvenues à déchiffrer le code et à lire en direct les échanges cryptés. En mars 2021, des centaines de personnes ont été arrêtées lors d’opérations de police dans les deux pays. De l’argent et de la drogue ont également été saisis. Selon M. de la Serna, cela a permis jusqu’à présent de saisir 91 tonnes de cocaïne, dont la valeur marchande se situe entre 4,5 et 5 milliards d’euros. 2.400 suspects ont été identifiés, dont seulement 62% étaient connus des services judiciaires.

Le personnel du port d’Anvers vérifie un conteneur. (Frédéric Sierakowski / Isopix)

La mafia, qui en souffre ?

Mais selon M. de la Serna, les données que la police a pu saisir sont si importantes que « 500 policiers supplémentaires sont nécessaires pour enquêter sur les différentes pistes que nous avons maintenant ». Il y a aussi tout le reste, dit l’ancien procureur général de Mons. Blanchiment d’argent, fraude fiscale, criminalité en col blanc, délits économiques… « Le problème, c’est que le sujet de la mafia ne suscite que peu d’intérêt politique », explique M. de la Serna. « La sécurité routière, le vol à l’étalage, ce sont des choses qui sont visibles. Cela donne des voix politiciens. … La mafia, qui en souffre ? Seulement les personnes les plus défavorisées. »

Comme le bourgmestre anversois Bart De Wever l’a souligné précédemment, toutes les couches de la société anversoise sont désormais infectées. L’injection de l’argent du monde de la drogue dans l’économie de la ville est perturbatrice. La société est mise sous pression, dit De Wever. « Le mauvais argent chasse le bon argent », dit-il. « Ça fait fuir les gens honnêtes. »

Selon M. de la Serna, l’argent de la drogue est recyclé dans la société par le biais de night shops, de petits magasins de proximité, etc. « La mafia déstabilise toute une société. Les gens trichent, escroquent, menacent, etc. Mais la mafia reste souvent invisible. Les dealers et les autres petites crevettes sont attrapés. Mais mettez-les en prison et le jour suivant quelqu’un d’autre est là. Monter de deux ou trois niveaux, c’est le vrai travail et c’est aussi ce qui est le plus difficile. »

« Ce que fait De Wever est une erreur stratégique majeure »

M. De la Serna s’est montré très sceptique quant à la politique de Bart De Wever, qui souhaite s’attaquer à la mafia de la drogue en déployant davantage de policiers locaux. « C’est une erreur stratégique majeure. Penser que l’on peut lutter contre ce type de criminalité en déployant des policiers locaux, non… Ce n’est pas son rôle et elle n’est pas formée pour cela. Il y a une mafia albanaise active, une colombienne, une italienne… Arrêter les petits dealers de quartier est nécessaire, bien sûr, mais s’attaquer à ce genre d’organisation nécessite des professionnels. Cela doit être fait au niveau fédéral, voire international, de préférence européen. « 

M. De la Serna plaide pour une augmentation substantielle des investissements dans la police judiciaire fédérale. Selon lui, 500 hommes supplémentaires et 35 millions d’euros par an sont nécessaires. La police fédérale dispose d’un budget d’un milliard d’euros par an.

Le politique ne comprend pas

Lorsqu’on lui demande pourquoi le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires pour déployer davantage de ressources, M. de la Serna répond que les politiciens promettent beaucoup mais font peu. En outre, le fait que la police doive traiter à la fois avec le ministre de la Justice et le ministre de l’Intérieur signifie que personne n’est vraiment responsable.

« Si l’argent capté lors des raids antidrogue était utilisé pour développer la police fédérale, nous serions toujours gagnants, mais les politiciens ne l’ont pas encore compris. »

Enfin, le procureur fait référence aux Pays-Bas, qui disposent d’un plan d’investissement d’un milliard d’euros pour lutter contre la criminalité grave et organisée.

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