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Demander un Plan Marshall 2.0. pour sauver l’économie, est-ce vraiment pertinent?

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Crise du coronavirus

07/04/2020 | Sonia Romero | 7 min de lecture

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. (EPA-EFE/FRANCOIS LENOIR)

La possibilité d’un nouveau Plan Marshall pour lutter contre l’impact économique du coronavirus fait récemment beaucoup de bruit dans les institutions européennes. Au cœur ce nouveau Plan: le prochain budget à long terme de l’UE. Il s’agit pourtant de deux notions intrinsèquement incompatibles pour de nombreux experts.

Dimanche dernier, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez plaidait pour que l’Europe adopte un plan Marshall. Comme beaucoup, le dirigeant espagnol ne se satisfait guère des mesures de soutien prises par l’Union européenne.

‘Une fois la situation d’urgence sanitaire terminée, il faudra reconstruire l’économie du continent. Pour ce faire, nous devrons mobiliser d’importants moyens via un programme – le nouveau plan Marshall, qui nécessitera le soutien de tous les États membres de l’UE’, proposait-il.

Le soutien des États membres, mais de leur portefeuille aussi. En effet, les gouvernements européens devront puiser dans leurs poches, et pas celles des institutions.

Problème de budget

‘Nous ne sommes tout d’abord pas dans le même contexte que celui qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le budget de l’UE est aujourd’hui beaucoup moins important, en proportion à l’économie européenne, que l’aide fournie par les États-Unis après la guerre’, soulève Politico.

‘Le budget de l’UE n’est certainement pas assez important et ne sera pas assez important pour être le principal outil de lutte contre la crise économique’, a ainsi déclaré un fonctionnaire national anonyme. ‘Les relances budgétaires nationales (soutenue par les actions de la Banque centrale européenne) vont être la clé.’

‘Si le budget (européen) reste à son ordre de grandeur actuel, à savoir 1 % du PIB et que les exigences traditionnelles continuent d’être imposées, la marge pour lancer quelque chose d’énorme va être assez limitée’, abonde Iain Begg, chargé de recherche à la London School of Economics. Une façon plus posée de répéter la réaction du président de la commission des budgets du Parlement européen, le Belge Johan Van Overtveldt (N-VA) : ‘Comment pouvez-vous faire cela avec un budget s’élevant à plus ou moins 1% du PIB ?’

Remaniement en profondeur

Pour convertir le cadre financier pluriannuel de l’UE (qui fixe les limites des dépenses de l’UE pour une durée d’au moins cinq ans) en un véritable Plan Marshall revisité, il faudrait donc que la Commission propose un budget bien plus colossal que tout ce qu’elle a déjà suggéré, et qui ne fait déjà pas consensus.

La répartition des fonds devrait également être revue en profondeur, alors que la majeure partie des fonds du budget de l’UE est actuellement affectée à des programmes existants, tels que les subventions agricoles et les dépenses de développement régional. Un détail à ne pas négliger: les dirigeants nationaux de l’UE devraient également accepter toutes ces révisions et dépenses. Un autre obstacle de taille.

Car si le président français Emmanuel Macron lançait le mois dernier l’idée d’un budget européen plus important pour faire face à la crise, il n’a pas proposé directement de verser davantage dans les caisses de l’Union. Et d’autres dirigeants se sont évertués de contourner la question, celle de savoir combien d’argent ils devraient transférer à l’UE si l’on opte effectivement pour des dépenses plus ambitieuses.

Populisme anti-Europe

Les dirigeants devront se montrer prudents, afin de ne pas agiter le spectre du populisme anti-européen. L’argument est déjà écrit : trop de dépenses au niveau de l’UE, et non dans leur propre pays. Marine Le Pen a déjà qualifié de ‘folie’ une éventuelle augmentation des contributions françaises au budget de l’UE pour aider à faire face à la crise.

Certes, il s’agit bien de la ‘crise la plus grave’ depuis la Deuxième Guerre mondiale, comme l’estime aujourd’hui l’Organisation internationale du travail (OIT), mais le contexte et les injections économiques sont désormais tout autres, et il faut considérer les débats actuels. Et les solutions qui s’offrent aujourd’hui à l’Europe.

Mi-mars, la Banque centrale européenne annonçait le déblocage d’une enveloppe de 750 milliards d’euros destinés à des rachats de dette publique et privée. Si le budget de l’UE aura également son rôle à jouer, les experts plaident pour des programmes de ce genre et des dépenses massives des gouvernements nationaux pour lutter contre l’impact économique du coronavirus dans leur propre pays.

‘Il existe un moyen de mobiliser la conjonction d’un assouplissement quantitatif supplémentaire (de la BCE), d’un nouveau rôle pour le mécanisme européen de stabilité, des garanties du budget de l’UE, pour fournir un montant assez important de financement par prêts, par opposition aux subventions (du Plan Marshall)’, souligne Ian Begg. Il ne s’agirait donc pas d’un nouveau Plan à proprement parler. Mais ça n’empêchera sans doute pas les dirigeants et fonctionnaires européens d’utiliser cette expression si appréciée.

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Source: BusinessAM


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