Découragée dans sa recherche d’emploi, la génération Z chinoise met en péril l’économie du pays

La génération Z, censée être la plus instruite de l’histoire de la Chine, devait mener le pays vers son apogée. Elle était en effet annoncée comme celle qui tracerait la voie vers une économie plus innovante et technologiquement plus avancée. Et pourtant, aujourd’hui, ils sont environ 15 millions de jeunes à se retrouver sans emploi et à revoir leurs ambitions à la baisse, mettant ainsi en péril l’avenir du pays tout entier.

L’Empire du Milieu se trouve dans la tourmente. Au-delà de l’inflation, le pays fait face à un niveau record de chômage chez les citadins de 16 à 24 ans (19,3%). Un chiffre qui pourrait augmenter dans les mois à venir, avec l’arrivée d’environ 12 millions de jeunes diplômés sur le marché du travail où les postes disponibles sont loin de correspondre aux attentes de jeunes gens diplômés.

Le problème n’est pas seulement que le nombre de chômeurs augmente, mais plutôt que les jeunes travailleurs, découragés dans leur quête d’opportunités dans des secteurs innovants, optent pour des postes « sûrs ».

Le coronavirus encore et toujours

Le fait est que la stratégie adoptée par le gouvernement chinois pour lutter contre la recrudescence de cas de coronavirus ces derniers mois a provoqué une vague de licenciements dans le secteur privé. Fermées, les entreprises ne pouvaient pas garder leurs employés. Et bien qu’aujourd’hui la pression soit (légèrement) moins forte, les entreprises ne sont pas à l’abri d’une nouvelle vague de confinements. La confiance n’est plus, ce qui a entrainé une certain lassitude du côté des entreprises, mais aussi des jeunes demandeurs d’emploi. Découragés, ces derniers sont désormais prêts à faire une croix sur leur ambition et à se tourner vers le secteur public, quitte à accepter des salaires inférieurs.

Contrairement aux entreprises privées, le secteur public embauche malgré une économie ralentie, et ce, en raison d’une décision de Pékin. Le gouvernement chinois a en effet contraint les entreprises publiques à embaucher pour répondre aux difficultés rencontrées par le marché de l’emploi.

Or, si le chômage croit et que les secteurs innovants continuent d’être délaissés, la croissance de la deuxième économie du monde pourrait être mise à mal. Les perspectives pour l’année 2022 ont déjà été revues à la baisse en raison de la récente vague de coronavirus et des confinements qui l’ont suivie. Un nombre trop important de chômeurs, notamment chez les moins de 25 ans, et un manque d’innovations entrainent des effets négatifs sur le produit intérieur brut.

Chercheurs d’emploi désabusés, péril pour l’économie

Pourquoi se tourner vers une place au sein du secteur public serait une mauvaise chose puisque cela réduit forcément le nombre de chômeurs dans le pays ? Le fait est qu’en optant pour un poste au sein d’une entreprise d’État, les jeunes diplômés délaissent les nouveaux secteurs, ce qui met en péril l’innovation et donc, l’économie du pays.

« L’ajustement structurel auquel est confrontée l’économie chinoise en ce moment nécessite en fait que davantage de personnes deviennent entrepreneurs et se battent », a déclaré Zeng Xiangquan, directeur de l’Institut chinois de recherche sur l’emploi à Pékin, rapporte Bloomberg. La baisse des attentes a « nui à l’utilisation de la jeune main-d’œuvre. Ce n’est pas une bonne chose pour l’économie ».

Désormais, les jeunes travailleurs ne se livrent plus à une course effrénée pour trouver le job de leurs rêves, mais préfèrent opter pour un poste offrant le strict minimum pour s’en sortir, avec un meilleur équilibre travail-vie.

Retournement de situation pour les entreprises publiques ?

À mesure que l’économie chinoise explosait, les entreprises privées sont devenues de plus en plus importantes, notamment dans la part des emplois. Ainsi, si les entreprises d’État représentaient encore 40% des emplois en 1996, cette part a chuté à moins de 10% avant la pandémie. Mais cette tendance pourrait s’inverser dans les années à venir.

La Chine s’est en effet engagée dans une répression réglementaire particulièrement forte vis-à-vis des secteurs prolifiques, notamment ceux des technologies, de l’immobilier et des cours particuliers. Des secteurs dominés par des entreprises privées qui attiraient auparavant des profils jeunes et ambitieux.

Les entreprises publiques ne sont pas forcément dépassées par rapport aux entreprises privées, cependant les preuves économiques suggèrent qu’elles sont souvent moins efficaces et moins innovantes.

Malheureusement, malgré la politique de Pékin quant à l’embauche du secteur public et son désir de reprendre le contrôle, les entreprises privées ne suffiront pas pour réduire considérablement le nombre de chômeurs. « Nous avons encore besoin d’entreprises privées pour embaucher », a indiqué Lu Feng, économiste du travail à l’Université de Pékin. L’Empire du Milieu a besoin des entreprises privées.

Mais pour que ces dernières embauchent à nouveau, l’économie doit être croissante et les perspectives optimistes, ce qui n’est pas vraiment le cas. Les entreprises privées sont méfiantes en raison des incertitudes concernant la propagation du coronavirus dans le pays et la politique particulièrement stricte du gouvernement chinois à ce sujet. C’est pourquoi les embauches sont rares.

Cependant, au-delà de la question du coronavirus, les politiques du gouvernement chinois pourraient porter leurs fruits sur le long terme. En attendant, la Chine pourrait faire face à des jours difficiles.

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