Principaux renseignements
- La fragmentation du développement des avions de chasse sape la stratégie de défense unifiée de l’Europe.
- Les rivalités nationales entraînent des projets aérospatiaux coûteux et redondants.
- L’Allemagne doit rejoindre l’alliance GCAP pour éviter un désastre financier.
La vision d’une stratégie de défense européenne unifiée, défendue par Mario Draghi pour aider le continent à rivaliser avec des puissances mondiales telles que la Chine et les États-Unis, est actuellement en perte de vitesse. Au lieu de mettre en commun leurs ressources et leurs technologies pour éviter les dépenses redondantes, les efforts européens visant à développer des avions de chasse de nouvelle génération se sont fragmentés.
L’effondrement du partenariat franco-allemand
L’effondrement du partenariat entre la France et l’Allemagne illustre parfaitement cet échec. Après des années de tensions débutées en 2018, les deux nations ont abandonné en juin leur système aérien de combat commun.
Le projet s’est effondré en raison de luttes de pouvoir entre Airbus Defence and Space et Dassault Aviation, ainsi que d’exigences techniques divergentes. La France recherchait un avion capable d’opérer à partir d’un porte-avions, une caractéristique dont l’Allemagne n’avait pas besoin. La fin définitive est survenue lorsque Safran et MTU Aero Engines ont mis un terme à leur collaboration sur les systèmes de propulsion de l’avion.
De profondes divisions en Europe
Le paysage européen se retrouve ainsi divisé. La France a l’intention de poursuivre seule le développement de son propre avion, Dassault visant la réalisation d’un prototype d’ici 2031. Cependant, certains critiques doutent que la France puisse atteindre à elle seule de véritables capacités furtives de sixième génération, suggérant qu’elle pourrait plutôt produire une version évoluée du Rafale.
En attendant, l’Allemagne se trouve face à un dilemme. Elle devra peut-être développer son propre avion de chasse, ce qui serait inefficace sur le plan économique. Une autre option consiste à rejoindre le Global Combat Air Programme (GCAP). Dirigé par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, le GCAP développe le Tempest, un chasseur de haute technologie conçu pour opérer avec l’intelligence artificielle et des essaims de drones.
Le développement en isolé coûte une fortune
La réalité économique est que ces avions ont un coût prohibitif. Les experts du secteur affirment que pour qu’un tel programme soit viable, il faudrait produire des centaines d’unités, un volume qui dépasse les besoins de n’importe quel pays européen pris isolément. Disposer de trois avions de combat européens différents serait un désastre financier, car ils se feraient concurrence pour un nombre limité de contrats à l’exportation.
La situation actuelle fait écho à un schéma historique. Dans les années 1980, la France s’est retirée d’un projet multinational visant à construire des avions de quatrième génération en raison de désaccords concernant la répartition des tâches et les spécifications. Cela a conduit à la création séparée du Rafale et de l’Eurofighter Typhoon.
Des solutions pragmatiques pour l’Allemagne
Pour l’Allemagne, la voie la plus pragmatique pourrait être de rejoindre le GCAP. Bien que l’arrivée d’un nouveau partenaire clé puisse entraîner des retards, les dirigeants d’entreprises telles que Leonardo et Rolls-Royce ont indiqué que la solidité financière et l’accès au marché de l’Allemagne constitueraient un atout. Cela est d’autant plus vrai que la course s’intensifie face au F47 américain, qui intègre une technologie furtive de pointe et des drones autonomes de type « loyal wingman ».
En fin de compte, les responsables européens de la défense doivent décider s’ils continueront à agir en silos ou s’ils s’engageront dans une véritable collaboration. Ne pas parvenir à s’unir risque de voir se répéter les erreurs industrielles du passé, laissant l’Europe avec de multiples plateformes concurrentes et une position stratégique affaiblie. (fc)
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