Concurrence déloyale: l’Union européenne freine net l’expansion commerciale de Pékin

Selon l’Organisation mondiale du commerce, le gouvernement chinois ne devrait pas être traité comme une pure économie de marché par l’Europe. L’Union européenne se sent donc encouragée à prendre des mesures énergiques contre la toute-puissance économique de Pékin sur son territoire.

Depuis quatre ans, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se penche sur la question de savoir si la Chine est désormais une économie de marché ou non. L’enquête a fait suite à une plainte chinoise car l’UE a imposé des droits d’importation sur les importations en provenance de Chine qui ont été vendues sous le prix du marché.

Concurrence déloyale

Bruxelles a estimé que ces droits d’importation étaient légitimes, bien que la Chine doive être traitée comme un partenaire égal sur le marché libre selon les règles de l’OMC. Le principal argument en faveur des droits de douane était le rôle important joué par l’État qui donnait des avantages déloyaux à l’industrie chinoise.

Pendant quatre ans, la Chine s’est battue pour être reconnue comme une pure économie de marché. Avec ce statut, les entreprises chinoises auraient plus facilement accès aux autres marchés nationaux. De plus, elle priverait les rivaux de leur influence dans les conflits commerciaux.

Mais la Chine a jeté l’éponge, elle a abandonné l’affaire le 15 juin. Ainsi, selon l’OMC, l’UE ne doit pas traiter la Chine comme une économie de marché. L’année dernière déjà, l’Observatoire du commerce des Nations unies avait jugé que la Chine accordait des aides d’État à grande échelle à ses entreprises internationales, ce qui entraînait une concurrence déloyale à l’échelle mondiale.

La fin du litige signifie une victoire pour l’UE. Elle a maintenant plus de poids juridique pour lutter contre le dumping chinois avec des droits de douane extrêmement élevés.

Des importations historiques

Et le bloc commercial l’utilise presque immédiatement. Dans une démonstration de force exceptionnelle, l’UE a annoncé lundi des droits de douane élevés pour deux fabricants égyptiens de fibres de verre exportant vers l’Europe.

Dans le contexte du plan de développement mondial controversé de la Chine, appelé ‘Nouvelle route de la soie’, ces entreprises sous-traitent à des entreprises d’État chinoises par le biais de constructions obscures. L’UE affirme que les exportateurs égyptiens reçoivent une aide financière des gouvernements chinois et égyptien, et qu’ils vendent des câbles à fibres optiques fortement subventionnés directement depuis la Chine. Leurs ventes sur le marché européen signifient une concurrence déloyale pour les fabricants locaux tels que le finlandais Ahlstrom-Munksjo Oyj.

Ces droits à l’importation sont historiques, car c’est la première fois que Bruxelles prend des mesures contre les aides faussant le marché accordées par un pays (la Chine) aux exportateurs d’un autre État.

Mur de défense économique

La décision de l’OMS a apparemment renforcé la confiance de l’UE dans la lutte pour l’influence croissante de la Chine sur ses marchés. Dans une rare manifestation de malice géopolitique, l’UE, deux jours après l’imposition de droits d’importation sans précédent, a également annoncé toutes sortes de mesures visant à freiner les ambitions commerciales sans fin de Pékin sur le continent.

L’UE va être plus sévère à l’égard des entreprises financées par des puissances étrangères. Sa principale cible est bien sûr la Chine, qui dispose d’un vaste réseau d’entreprises publiques opérant sur le territoire européen. Mercredi, la Commission européenne proposera un ensemble de mesures visant à lutter contre la concurrence déloyale pratiquée par les organismes chinois de subvention.

Cela devrait permettre à la Commission d’enquêter de manière approfondie sur les entreprises qui sapent les concurrents à l’aide d’aides d’État. S’il s’avère qu’il existe une ligne de crédit à un gouvernement étranger, ou des avantages fiscaux notables d’un État non membre de l’UE, Bruxelles peut imposer de lourdes amendes selon ce plan. Elle pourrait elle-même obliger les entreprises à se défaire de certaines activités.

Ce qui est également à l’ordre du jour, c’est le blocage des rachats financés par des sociétés trop subventionnées. Il existe déjà un contrôle supplémentaire sur les achats étrangers, mais ce pouvoir serait considérablement étendu.

La proposition a encore un long chemin à parcourir: le Parlement européen peut suggérer des ajustements jusqu’en septembre, le texte législatif final n’est pas attendu avant l’année prochaine. Pourtant, il semble que l’UE ait érigé cette semaine de nouveaux murs de défense importants pour protéger son propre marché contre le dragon chinois affamé.

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