L’UE lance son offensive sur l’IA pour concurrencer les États-Unis et la Chine

Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, commissaire européenne chargée de la concurrence et du numérique, à la 56e conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février. (Photo: Tobias Hase/dpa)

L’Union européenne va dévoiler ses projets en matière de règles pour l’intelligence artificielle ce mercredi, tandis que la commissaire Margrethe Vestager a estimé que les plateformes et données de l’IA chinoise sont ‘d’une qualité différente’ des européennes.

L’Europe ne veut plus rester sur la touche en matière d’avancée technologique. Son nouveau champ de bataille: l’intelligence artificielle. Selon l’agence Bloomberg, la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager dévoilera mercredi ses projets visant à aider l’Union à rivaliser avec les États-Unis et la puissance technologique de la Chine… selon ses propres conditions. L’IA made in Europe devra donc se conformer aux droits fondamentaux de l’UE, notamment des règles strictes en matière de respect de la vie privée et de non-discrimination.

L’Union européenne s’attaquera ainsi à de nouvelles règles pour l’IA, à une éventuelle législation pour les plateformes de contrôle d’accès, mais aussi à des plans pour rendre les centres de données neutres en carbone, préoccupée qu’elle est par son impact climatique.

Au menu également: des incitants pour les entreprises à partager des informations dans le but de former des pools de données qui renforceront l’innovation. Après l’annonce de mercredi, l’UE lancera une consultation de 12 semaines, invitant le public à soumettre des commentaires sur ses projets d’IA avant que la Commission ne propose officiellement une législation dès la fin de l’année. La machine est lancée.

‘Beaucoup plus d’intelligence artificielle en Europe’

Vestager veut ainsi répondre aux inquiétudes (et critiques) quant à la compétitivité de l’Europe en la matière, alors que les entreprises asiatiques et américaines dominent les marchés de la haute technologie.

La stratégie ‘produira et déploiera beaucoup plus d’intelligence artificielle’ en Europe, mais ‘ce ne sera pas la même chose’ qu’aux États-Unis et en Chine, a indiqué Margrethe Vestager. Elle précise ainsi que l’intelligence artificielle chinoise pourrait ne pas répondre aux normes européennes. Vu les risques que présente l’IA, les exigences de l’UE pourraient inclure la mise en œuvre de contrôles de conformité par les autorités publiques, a-t-elle ajouté. On peut par ailleurs déceler trois grands points de préoccupation: la reconnaissance faciale, les conséquences sur les géants tech et les lois antitrust.

La reconnaissance faciale

Selon un récent projet de document de l’UE, les entreprises pourraient devoir réformer leurs systèmes avec des ensembles de données européennes si elles sont incapables garantir que cette technologie a été développée conformément aux valeurs européennes.

Les groupes de défense de la vie privée et les législateurs demandent des règles pour empêcher les abus d’une technologie qu’ils jugent inexacte et menaçant la liberté de réunion. Mais les responsables de l’application des lois mettent aussi en garde contre l’interdiction d’un outil qui peut rendre les sociétés plus sûres. Où se situe donc le juste milieu? Selon Vestager, la solution serait d’élaborer un cadre juridique à l’échelle européenne pour régir l’utilisation de cette technologie.

L’impact sur la Sillicon Valley

Lorsque l’UE adopte des lois de grande envergure sur la technologie, l’impact peut s’étendre bien au-delà de ses frontières… Jusqu’au berceau des géants tech, la Sillicon Valley. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) en est un bel exemple, ayant obligé les entreprises à revoir leurs méthodes de collecte, de stockage et de traitement des données.

‘La réglementation de l’UE dans ce domaine est susceptible d’avoir un effet similaire à celui du RGPD. Les gens en dehors de l’Europe regardent la Commission’, déclare Mark Coeckelbergh, professeur de philosophie des médias et de la technologie à l’université de Vienne. ‘C’est l’occasion pour l’UE de donner l’exemple d’une réglementation qui soutient le développement éthique de l’IA.’ La stratégie numérique européenne servira également à freiner les entreprises américaines et chinoises, profitant aux entreprises européennes.

Les lois antitrust

La vice-présidente de la Commission assure également une révision des règles antitrust, dont une éventuelle législation sur les ‘plateformes de contrôle’. Elle permettrait ainsi à l’UE de sévir contre les GAFA. Et là encore, c’est du win-win pour les entreprises européennes.

Ces règles antitrust sont une réponse directe aux critiques selon lesquelles l’UE ne s’est pas suffisamment attaquée aux entreprises tech américaines, qui ont gagné du terrain sur les marchés numériques. La Chine aussi a pris une avance mondiale en matière de technologie et de fabrication là où l’Europe et les États-Unis étaient autrefois en position de force.

Les plans visant à encourager le partage des données entre les entreprises et avec les gouvernements sont ainsi conçus pour faire avancer les ambitions européennes en matière d’IA. Comment? En mettant en commun de grands ensembles de données industrielles de haute qualité. ‘Nous sommes ce que nous mangeons et cela vaut également pour l’intelligence artificielle’, a déclaré Vestager. ‘Si vous mangez des choses pourries, vous n’aurez probablement pas un algorithme adapté à vos besoins.’ Une IA saine dans une UE saine, en somme?

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