Comment les dettes des pays du sud plombent leurs efforts climatiques

Les pays les plus pauvres veulent faire leur part dans la lutte contre un changement climatique face auquel ils sont en première ligne. Mais leurs efforts se retrouvent limités par la nécessité d’éponger leurs dettes. Et pour tenir leurs engagements, ils tombent d’autant plus profondément dans le cercle vicieux du surendettement.

Alors que la COP26 de Glasgow va bientôt commencer et que tous les pays du monde seront – à nouveau – enjoints à s’impliquer davantage dans la transition énergétique et la lutte contre les changements climatiques, les pays les plus pauvres aimeraient bien montrer qu’ils sont prêts à faire leur part, plutôt que d’être simplement considérés comme des acteurs secondaires. Sauf que, selon une enquête menée par Jubilee Debt Campaign, un organisme militant pour la suppression de la dette des pays du sud, leur volonté d’en faire plus se retrouve brimée par les rappels de leurs créanciers.

Des taux d’intérêt léonins pour les plus pauvres

Selon l’organisation, les 34 pays classés les plus pauvres au monde dépensent ensemble et chaque année un total de 29,4 milliards de dollars à rembourser leurs dettes contractées auprès des pays riches, contre seulement 5,4 milliards attribués aux mesures visant à réduire l’impact climatique. Et ce alors que beaucoup de ces pays sont les premiers touchés par les conséquences de l’emballement de la planète.

Ces dettes sont dues majoritairement au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale. Ces deux institutions ont encouragé le recours au prêt pour financer des infrastructures dans les pays en voie de développement, et ceux-ci y ont souvent soustrait en espérant des taux de remboursement dégressifs. Mais les pays à faible revenu paient encore régulièrement plus de 10 % d’intérêts sur les prêts, contre 1,5 à 2,5 % en moyenne pour les pays riches qui ont emprunté via le même système.

A titre d’exemple, l’Ouganda, 94e pays du monde pour le PIB, mais 162e au classement du développement humain, a déclaré qu’il avait dépensé 537 millions de dollars entre 2016 et 2020, y compris des fonds provenant d’agences internationales et de donateurs, pour des projets liés au climat afin d’adapter les infrastructures du pays et de faire face aux urgences climatiques. Toutefois, ce budget climatique annuel de 107,4 millions de dollars est éclipsé par les paiements de la dette extérieure, qui s’élèveront à 739 millions de dollars en 2021 et à 1,35 milliard de dollars en 2025. Bien plus donc, que ce que le pays peut consacrer au climat sur une période 5 ans. En moyenne, selon Jubilee Debt Campaign, les pays pauvres consacrent 5 à 7 fois plus d’argent à leur surendettement qu’à leurs efforts climatiques.

En première ligne, mais sans les moyens de se défendre

Pour Heidi Chow, directrice de Jubilee Debt Campaign, c’est là une véritable hypocrisie alors que les appels à la solidarité internationale fusent de partout: « Les pays à faible revenu remettent des milliards de dollars en remboursement de dettes aux pays riches, aux banques et aux institutions financières internationales à un moment où les ressources sont désespérément nécessaires pour lutter contre la crise climatique. À Glasgow, les nations riches et polluantes doivent cesser de fuir leurs responsabilités et fournir un financement climatique sous forme de subventions, ainsi qu’annuler les dettes. »

Et c’est là un cercle particulièrement vicieux : lors des négociations des Nations unies sur le climat à Copenhague, en 2009, les pays riches se sont engagés à fournir un financement d’une valeur de 100 milliards de dollars par an aux pays en développement pour les aider à faire face au changement climatique. Un transfert qui devrait se finaliser en 2023 selon Alok Sharma, le parlementaire britannique qui présidera la Cop26. Mais cet argent n’est pas un subside, et il est en général ajouté aux dettes des pays concernés, qui s’accumulent ainsi d’autant plus. Et pour les éponger, certains pays doivent se concentrer sur l’exploitation de leurs ressources les plus précieuses, dont l’extraction est généralement fort polluante. D’autant plus quand il s’agit de pétrole, comme c’est le cas pour l’Ouganda.

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