Comment Ecolo penche résolument vers l’extrême gauche sur le plan socio-économique

Un « capital de solidarité universel » pour chaque jeune de 25 ans, qui recevrait alors 30.000 euros. Cadeau de l’État. Ou le droit pour tout travailleur de moins de 50 ans de prendre une année sabbatique rémunérée. Ce ne sont là que quelques-unes des propositions qu’Ecolo a mises sur la table lors de son « congrès social ». Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane, les coprésidents d’Ecolo, ont ainsi souligné une fois de plus, avec fermeté, le fossé socio-économique qui existe entre les Verts et les partis de centre-droit. Alors qu’Ecolo prend ces propositions au sérieux, et veut ainsi pousser la coalition vers la gauche, les partis flamands n’insistent que sur le taux d’emploi. Il n’y a donc pas la moindre chance que cela se produise.

Dans l’actualité : « L’idée, c’est ‘comment amener une solution concrète à des jeunes qui ont souffert de la crise covid et qui depuis dix ans traversent des difficultés pour se mettre dans la vie active ?' », déclare Rajae Maouane (Ecolo) sur la RTBF ce matin.

  • Après que le PS et son président Paul Magnette (PS) ont soudainement inventé le terme « écosocialisme » en marchant sur les plates-bandes d’Ecolo, c’est le contraire qui se produit aujourd’hui : les Verts se montrent très actifs sur le front social, avec un « congrès social » à la clé, ce week-end.
  • Dans le cas de Magnette, cela a donné lieu à des propositions écologistes assez fortes, qui allaient sensiblement plus loin que celles d’Ecolo : la gratuité des transports publics pour tous en était un exemple. Mais ce que Nollet et Maouane ont mis sur la table ce week-end à Bruxelles, sous l’œil approbateur des syndicats et des mutualités, semble désormais aller au-delà de la proposition du PS. Le mouvement vers la gauche est clair au sud du pays.
  • Car le « revenu universel de solidarité » est un concept que l’on vend très sérieusement chez Ecolo : après toute une série de reportages et une annonce dans La Dernière Heure dès vendredi, Rajae Maouane était encore ce matin sur les ondes de La Première pour défendre vigoureusement la proposition.
  • « Apparemment, Saint-Nicolas arrive maintenant en été, les partis gouvernementaux organisent constamment des conférences de presse pour promettre toutes sortes de choses », lui lance le journaliste de la RTBF, Thomas Gadisseux, au début de l’interview. Mais Maouane n’a pas perdu le fil et a continué à défendre la dernière idée d’Ecolo tout au long de l’entretien :
    • « Nous ne lançons pas une campagne électorale, mais nous mettons un vrai sujet sur la table ».
    • « La crise du covid nous a tous affaiblis, c’est le contexte. Comment amener une solution concrète à des jeunes qui ont souffert de la crise covid et qui depuis dix ans traversent des difficultés pour se mettre dans la vie active ? »
    • « Cela devrait coûter 3,77 milliards. Mais c’est parfaitement possible si nous introduisons un impôt sur la fortune de 1% pour les 1% des personnes les plus riches de Belgique. Nous sommes heureux que tant de personnes riches vivent en Belgique, elles doivent maintenant contribuer. »
    • « Ce 1 % des plus riches ont ensemble plus de 660 milliards d’euros sur leur compte, une taxe de 1 % devrait donc rapporter 6 milliards. Ils doivent contribuer à la solidarité. »
    • « Ce n’est pas une solution miracle, la question est plutôt de savoir pourquoi nous ne l’avons pas encore fait. »
  • Outre cette idée de capital de solidarité, les écologistes ont formulé, lors de leur « congrès social », toute une série de propositions que l’on peut situer résolument à gauche, voire plus loin. Par exemple, ils ont lancé le « droit à un congé sabbatique », qui permet aux travailleurs de moins de 50 ans de prendre un an de congés payés. « Non seulement l’argent, mais aussi le temps doivent être redistribués collectivement », a déclaré le coprésident Jean-Marc Nollet. Immédiatement, ils ont reçu les applaudissements de la Mutualité chrétienne : parce que cette mesure a des « effets bénéfiques sur la santé ».

L’essentiel : cela doit être douloureux à entendre pour les partis de centre-droit de la Vivaldi, surtout pour le cd&v et l’Open Vld.

  • Le fait qu’Ecolo ait un côté très radical, certainement sur le plan socio-économique, n’est pas une surprise pour les partenaires de la coalition. Mais là où le PS donne du fil à retordre sur les dossiers « classiques », comme la loi de 1996 sur les négociations salariales, les écologistes mettent sur la table des propositions qui font frémir tout l’éventail politique flamand, du cd&v à l’Open Vld en passant par la N-VA, bien sûr.
  • Ce n’est pas une coïncidence si Egbert Lachaert, président de l’Open Vld, a prononcé ces mots désormais devenus légendaires, avant que lui et l’actuel Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) ne mènent les négociations pour la formation de la Vivaldi : « Je suis toujours pessimiste quant à la piste violet-vert (paars-groen), lorsque je regarde les programmes économiques du PS. Mais nous devrons de toute façon collaborer avec eux, quelle que soit la direction prise. Si vous regardez le programme économique des écologistes francophones, vous voyez qu’il est très proche du PTB. Cette coalition ne sera possible que s’ils brûlent leur programme. »
  • Cette déclaration est revenue plus tard, pendant les négociations. C’est Nollet qui, dans une conversation avec Lachaert à l’été 2020, l’utilise comme brise-glace : « Nous avons dû brûler notre programme économique, n’est-ce pas, Egbert ? Ce sera plutôt du recyclage », a plaisanté M. Nollet à la fin d’une conversation confidentielle.
  • Le même Nollet est cette fois beaucoup plus explicite. Et ce, alors que des nuages très sombres s’amoncèlent au-dessus de l’économie belge : la prévision de croissance la plus faible de tous les pays de l’OCDE, une augmentation salariale gonflée qui devrait culminer à 16 % en raison de l’indexation automatique, ce qui menace d’entraîner un énorme écart salarial avec les pays voisins. Et ce, alors que le déficit budgétaire est déjà estimé comme étant le plus important d’Europe, après la Roumanie.
  • La réponse à tout ce mélange de perspectives pessimistes est également un classique : il faut relever radicalement le taux d’emploi belge. L’ambition d’atteindre un taux d’emploi de 80 % figure explicitement dans l’accord de coalition de la Vivaldi.
  • Seulement, les partis flamands sont déjà très frustrés à ce sujet. Le vice-premier ministre, Pierre Yves Dermagne (PS), traîne les pieds pour mettre enfin en œuvre le fameux « jobs deal« , un accord qui a déjà été négocié deux fois au sein de la Vivaldi. Mais tout le monde reconnaît déjà que cet accord ne sera jamais suffisant pour atteindre réellement les 80 %. La frustration est grande au sein du gouvernement flamand parce que le gouvernement fédéral ne fait aucun progrès sur les grands dossiers.
  • Mais il y a pire : avec des propositions telles que le capital de solidarité universel ou les congés sabbatiques gratuits, Ecolo semble vouloir alourdir le bilan de la Belgique, avec des mesures qui risquent de retirer encore plus de personnes du marché de l’emploi.

La vue d’ensemble : Le débat politique en Belgique francophone est différent.

  • Il ne faut pas s’étonner qu’Ecolo mette cette proposition sur la table du gouvernement avec un certain volontarisme : les écologistes francophones ont toujours été très à gauche dans leur orientation socio-économique. Les sondages vont dans ce sens.
  • Avec 19,7 %, le PTB a le vent en poupe et fonce sur le PS et le MR en Wallonie. Ces partis se situent désormais à portée de fusil, à 22,4 et 20,4 % dans les sondages : il ne faudra pas beaucoup plus pour que l’extrême gauche devienne la formation politique la plus importante. Ecolo est lui retombé à la quatrième place, avec 15 %. À Bruxelles, ce rôle revient au PS, qui a chuté hors du podium. Ecolo s’en sort mieux dans la capitale, mais là aussi, c’est le PTB qui progresse le plus.
  • Plus fondamentalement, il y a un certain consensus en Belgique francophone pour dire qu’un gros chèque pour les jeunes, en début de carrière, n’est pas une si mauvaise idée. Le PS est depuis longtemps en faveur d’un revenu de base. Et Les Engagés, les anciens chrétiens-démocrates, plaident également pour un revenu garanti de 600 euros par mois pour chaque Belge. L’hélicoptère monétaire, en d’autres termes, de manière permanente plutôt que d’un seul coup.
  • Mais c’est surtout le MR qui a étonné. Les libéraux francophones ont frappé à la porte avec une proposition de leur cru, réitérée il y a environ un mois. L’idée est de donner à chaque jeune de 18 à 25 ans un « capital jeunesse » de 25.000 euros, comme l’a appelé Georges-Louis Bouchez (MR). Mais contrairement à Ecolo, il l’a assortie de quelques conditions : ce capitale doit servir à payer des études, une maison ou à créer une entreprise. Avec une autre nuance: cette somme serait puisée en grande partie sur les allocations sociales et pas dans la poche des riches.
  • Mais le fait que Bouchez se soit déchaîné sur Twitter ce week-end, parlant de « la gauche en roue libre » et de « surenchère d’électricité gratuite, de logement gratuit, d’internet gratuit et de 3.000 euros par mois », c’est surtout de la rhétorique. En termes de contenu, sa proposition n’est pas si éloignée.
  • Cela ne signifie pas, bien sûr, que la proposition d’Ecolo (ou des autres) sera sérieusement envisagée. Toutes sortes de propositions sont lancées par les partenaires de la coalition ces derniers temps. On se croirait en campagne électorale. Mais ces propositions en dehors de l’accord de coalition n’ont aucune chance d’aboutir, alors que la Vivaldi parvient à peine à faire le strict minimum de ce qui était initialement prévu.
  • Pour relancer sa coalition, Alexander De Croo a lancé l’idée d’un « accord d’été », une « note d’ambition » autour de sept chantiers. Elle ne suscite, pour le moment, pas de grand enthousiasme, d’où les sorties tous azimuts.

La dure réalité pour la Vivaldi : Dans des dossiers tels que la défense et les centrales nucléaires, qui font tous deux partie de cet accord d’été, les Verts joue le jeu durement.

  • « Non, les efforts doivent être faits ailleurs », a déclaré sèchement Maouane ce matin, en réponse à la question répétée de savoir si 2 % du PIB pour la Défense, la norme de l’OTAN, était enfin dans les cartons. Le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) tente depuis des semaines de régler cette question : il veut se rendre au sommet de l’OTAN à Madrid avec de bonnes nouvelles. Pourtant, la mesure n’est pas très engageante: il faudrait attendre 2035 pour que la Belgique atteigne réellement ce niveau, dans le meilleur des scénarios.
  • Ecolo réitère donc une position affirmée et ne reculera pas. Il en va de même pour le dossier des centrales nucléaires et des négociations avec Engie. Depuis des jours, Groen et Ecolo répètent « qu’un accord est un accord » et que, par conséquent, les autres partis de la Vivaldi doivent respecter ce qui a été convenu en mars dernier en ce qui concerne la sortie du nucléaire : que la durée de vie de deux centrales ne sera prolongée que de 10 ans et que le gouvernement belge ne sera pas responsable de leur exploitation (et des déchets qui en découlent).
  • L’énergéticien français veut maintenir les centrales ouvertes plus longtemps, afin qu’elles restent rentables, et il veut que la Belgique participe au capital, pour qu’elle endosse aussi les risques, mais surtout, qu’elle soit entraînée dans le bain du démantèlement des centrales et de l’élimination des déchets.
  • Ce week-end, l’opposition, avec le président de la N-VA en tête, Bart De Wever, a lancé une offensive frontale, dans laquelle il a une nouvelle fois « offert une majorité alternative », sachant pertinemment qu’elle ne se concrétiserait jamais. Mais la critique est arrivée :
    • « J’aimerais participer et reprendre en main nos centrales nucléaires. Mais il faut ensuite prolonger les centrales nucléaires avec une durée réaliste et il faut négocier pour réussir. Tinne Van der Straeten (Vert) négocie pour échouer. C’est évident. »
    • « Van der Straeten devrait être retirée du dossier, le Premier ministre devrait prendre cela en main ».
    • « Les Verts semblent obsédés par les centrales à gaz sales et coûteuses. Van der Straeten ne dit pas la vérité. Il en faudra plus qu’elle ne le dit. Elle compte également sur des importations de France qui ne seront pas au rendez-vous. Elle devrait être débarrassée du dossier. »
  • Ce matin, sur Radio 1, le chef du groupe de Groen à la Chambre, Wouter De Vriendt (Groen), a pu répliquer : « Je reste bouche bée en regardant un politicien belge expliquer comment nous devrions nous expliquer avec Engie. Chaque fois que Bart De Wever prend la parole, notre position de négociation s’affaiblit et Engie se frotte les mains. »
  • Le plus ennuyeux pour les Verts est que les autres partenaires de la Vivaldi ouvrent la porte aux demandes d’Engie : dans De Standaard, Sammy Mahdi, le futur président de cd&v, déclare ouvertement qu’une participation « ne peut certainement pas être exclue « .
  • « D’un point de vue stratégique, il n’est pas mauvais d’avoir un doigt sur le gâteau », dit-il, remettant également en question la prolongation de dix ans et souhaitant en autoriser davantage. Le même sentiment prévaut à l’Open Vld. Le MR est depuis longtemps un partisan de l’énergie nucléaire.
  • En montrant une position plus affirmée, les vice-premiers ministres verts du gouvernement semblent donc diriger la Vivaldi vers une nouvelle confrontation délicate. C’est vrai pour le dossier du nucléaire comme pour le budget de la défense.

Ils sont de nouveau partis : pas moins de 8 ministres sont actuellement à l’étranger.

  • Les critiques se sont multipliées ces dernières semaines : le Premier ministre a-t-il toujours la tête dans son pays, ou ne préférerait-il pas jouer un rôle sur la scène européenne et internationale ? Le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) a été très agacé par ces remarques et s’est défendu, argumentant « qu’il est toujours occupé par la Belgique, même lorsqu’il travaille à l’international ».
  • Aujourd’hui, il repart. Avec le secrétaire d’État à la politique scientifique Thomas Dermine (PS) et la ministre de la coopération au développement Meryame Kitir (Vooruit), il accompagne le roi et la reine en visite officielle au Congo. Cette visite était prévue depuis un certain temps, mais a été reportée en raison de la crise sanitaire, puis de la guerre en Ukraine.
  • Côté flamand, wallon et bruxellois, Jan Jambon (N-VA), Willy Borsus (MR) et Pascal Smet (Vooruit) se trouvent aux États-Unis pour la plus grande mission commerciale jamais organisée en Amérique. Elle est menée par la sœur du roi Philippe, la princesse Astrid. Il faut y ajouter le ministre fédéral qui remplace Sophie Wilmès, aux Affaires étrangères, David Clarinval (MR).
  • La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS) rend, elle, visite à des militaires belges en Roumanie, postés sur le flanc oriental de la Russie. Elle assistera à un exercice de stand de tir.

Ce qui est à l’ordre du jour : le roi présentera-t-il ou non des excuses pour les méfaits du régime colonial ?

  • « L’importance de cette mission est capitale. En termes d’investisseurs, les États-Unis sont les numéros 1 absolus en Belgique », s’est réjoui Jan Jambon. De plus, le voyage aux États-Unis ne comporte pas d’écueils importants sur le plan diplomatique ou politique : il s’agit d’inaugurer des usines, de visiter des entreprises, de nouer des contacts. La visite obligatoire à Atlanta d’un monument à la mémoire de Martin Luther King est à peu près le seul moment politique excitant, à moins bien sûr qu’un des ministres ne décide soudainement de faire de grandes déclarations.
  • C’est différent au Congo. Car là-bas, tout le monde attend avec impatience le discours que le roi Philippe doit prononcer demain dans la capitale, à Kinshasa, au Palais du Peuple. C’est Léopold II qui a colonisé le Congo et qui en a fait son Etat personnel et l’a soumis à un terrible règne de terreur.
  • Mais la probabilité que des excuses totales soient présentées – ce que beaucoup de Congolais espèrent – n’est pas très grande. Dans une lettre que Philippe a envoyée en 2020 à l’occasion des 60 ans d’indépendance, le roi a fait état de « profonds regrets » concernant le passé. Mais pas de véritable « pardon ».
  • Si le Roi devait néanmoins le faire, il pourrait mettre des bâtons dans les roues de la machine législative : à la Chambre belge, il y a actuellement la Commission spéciale du Congo, qui examine ces questions de manière large, et qui présentera sans doute aussi des recommandations. Mais la question de la culpabilité ne reste pas sans réponse : un véritable aveu peut vite s’accompagner d’une compensation. Plusieurs pays européens, comme l’Allemagne et la Namibie, ont dû verser des milliards.
  • La restitution d’un morceau du cadavre de Patrice Lumumba (une dent pour être exact) n’est pas encore à l’ordre du jour non plus : elle sera effectuée plus tard par le Premier ministre De Croo lors d’une cérémonie officielle qui aura lieu dans le courant du mois au Palais d’Egmont. Une autre occasion de s’excuser, donc, bien que les circonstances soient les mêmes: la Commission ne sera pas encore prête.
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