Charles Michel bientôt à nouveau Premier ministre? Ses chances sont de loin les meilleures quand il est au centre droit

ANALYSE – Le Premier ministre Charles Michel (MR) est à nouveau candidat au poste de Premier ministre et souhaite poursuivre la coalition actuelle. Ce n’est pas surprenant, car ses chances sont assez grandes. Le poste de premier ministre ne repose pas sur une bonne formule, c’est plutôt une question de confiance entre les partenaires de la coalition. Et Michel continue d’entretenir une relation privilégiée avec les principaux acteurs.

Si N-VA, MR, CD&V, Open Vld et cdH obtiennent la majorité dans l’Etat fédéral, il y a de fortes chances pour qu’une coalition aboutisse. Et l’on peut être certain que Michel détienne les meilleures cartes pour redevenir Premier.

Il a déjà cette ambition, ce qui ne devrait surprendre personne. Après la « sortie » de Jan Jambon (N-VA), le MR répond maintenant. Leur porte-parole politique flamboyant, Georges-Louis Bouchez (MR), n’a laissé aucun doute au micro de Martin Buxant de LN24 : l’actuel Premier ministre veut également être le prochain Premier ministre. Avec cela, le MR a immédiatement lancé sa campagne électorale, dans laquelle Michel brigue un nouveau mandat.

La même combinaison suédoise, avec le cdH

Les libéraux francophones sont également très clairs au sujet de la coalition: encore une fois, une combinaison suédoise de bleu (libéraux) et de jaune (N-VA) et d’orange (démocrates chrétiens). Mais cette fois-ci avec un parti francophone supplémentaire, le cdH. C’est ce que le MR défend. Et qui ne mécontenterait pas non plus le CD & V : un deuxième partenaire démocrate-chrétien.

Cette coalition est aujourd’hui le scénario rêvé pour le Premier ministre et son parti, les libéraux francophones. En premier lieu, la question est de savoir si ces partis obtiendront ensemble la majorité : avec les huit sièges actuels de la cdH, ce devrait être le cas, même si la cdH et le MR se préparent à un coup en Belgique francophone.

Le MR risque de perdre des plumes, surtout à Bruxelles. Son chef de file Didier Reynders (MR) n’y est plus vraiment engagé, il ne cache même plus la possibilité de son départ pour le Conseil de l’Europe : il y convoite sans honte un poste de haut niveau s’il n’est plus servi généreusement en Belgique. En tout état de cause, l’identité du numéro un des libéraux francophones ne fait plus aucun doute : Charles Michel, en tant que Premier ministre sortant et président du MR, a le contrôle absolu. Et si les dégâts doivent être limités à Bruxelles, c’est parce que le Premier ministre fera explicitement campagne dans la capitale pour sauver les meubles.

Charles Michel & Didier Reynders
EPA

L’arrivée de Maxime Prévot

Le Premier ministre entretient de bonnes relations avec le nouveau président du CDH, Maxime Prévot. Il appartient à l’aile droite du cdH. À l’été 2014, Michel et Wouter Beke, président des démocrates chrétiens flamands du CD&V, ont déployé des efforts considérables pour convaincre Benoît Lutgen de se lancer dans une aventure de centre-droit. Mais l’Ardennais Lugten n’a pas pu et n’était pas autorisé par ses partidsans à se joindre à une coalition dans laquelle siégeait également la N-VA. Pour Prévot c’est différent, la porte n’est pas fermée.

Cela rendrait une nouvelle coalition de centre-droit un peu plus «centrale» : ce serait beaucoup plus confortable, en particulier pour le CD&V. Parce que tout à coup Wouter Beke et ses collègues ne sont plus le seul parti ayant un lien avec les syndicats, et ils ne sont plus le parti le plus à gauche.

La N-VA voit également venir ce scenario de loin. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils aient proposé Jan Jambon en tant que « candidat au poste de Premier ministre », mais ils ont également  immédiatement indiqué qu’ils ne souhaitaient qu’un cabinet de centre-droit  et ont déjà présenté leur programme : le budget doit être équilibré, il reste encore beaucoup à faire sur le marché du travail et les charges doivent encore être rabaissées. Il est donc opportun pour la N-VA de faire du poste de Premier ministre eune monnaie d’échange : si quelqu’un d’autre (lire: Michel) le veut, il devra en payer le prix.

Mais surtout, sortez la calculatrice : comptez les sièges

Il y a deux aspects à ce poste de premier ministre : l’arithmétique adéquate et les relations personnelles. Beaucoup de gens semblent oublier la première quand ils essaient d’écrire l’histoire de Charles Michel. Ce n’est pas le plus grand parti, mais la plus grande famille politique qu’offre le premier ministre, tout comme le sont les règles du jeu non écrites. Dans le passé, seul le CVP/CD&V est parvenu à obtenir de temps à autre une exception à cette règle.

En 2014, les libéraux étaient les plus nombreux avec 34 sièges, juste devant la N-VA avec 33 sièges. En tant que parti, le MR comptait 20 sièges de plus que CD & V avec 18 sièges et bien plus qu’Open Vld, qui ne disposait que de 14 sièges. Mathématiquement, les chances de Michel étaient meilleures que celles, par exemple, de Kris Peeters (CD & V), son co-formateur à l’époque. Quiconque prétend aujourd’hui qu’à l’époque, le poste de Premier ministre était du ressort du CD&V ou même de la N-VA se trompe.

Qui a la confiance ?

Mais ce qui est encore plus important, ce sont les relations personnelles : quelle est l’importance de la confiance des acteurs cruciaux (souvent les présidents de parti) dans la personne qui doit se rendre au Seize ? S’il n’y a pas de « déclic » d’une manière ou d’une autre, cela devient alors difficile.

La manière dont on discute actuellement à propos de Jan Jambon (N-VA) Rue de la Loi avec les autres partenaires possibles de la coalition d’un gouvernement de centre-droit est claire : les réponses péjoratives sont les plus positives qui soient. Il n’est pas question de confiance. « Jambon ne sera jamais Premier ministre, oubliez ça », a déclaré un dirigeant bleu en des termes clairs.

Mais les candidats du CD&V ne sont guère plus évidents. Selon Koen Geens (CD&V), le CD&V a «pas moins de trois, quatre candidats qui seraient de bons Premiers ministres», a-t-il déclaré récemment. Il se garde bien de citer des noms, mais selon toute logique, Hilde Crevits, ou le président Beke, ou bien sûr Geens lui-même, peuvent figurer sur sa liste. Aucun d’entre eux n’est en bonne position avec la N-VA et les libéraux ne sont pas particulièrement enthousiastes non plus. De plus, dans les sondages, le CD&V ne semble pas voué à réaliser de gros progrès : la possibilité qu’ils remportent un nombre bien plus important de sièges n’est pas grande.

Charles Michel a la confiance de beaucoup

Entre ces bouleversements, il y a le Premier ministre qui, après les élections, pourra également profiter du fait qu’il connait déjà le Seize, qu’il maîtrise déjà la fonction et tous les privilèges qui y sont associés. Mais ais sa décision de devenir également président de MR l’a ramené au centre du jeu, à un moment où il risque d’y avoir un jeu de chaises musicales entre les informateurs, les éclaireurs et les formateurs.

De plus, le président / premier ministre du MR a la confiance de beaucoup. Il entretient d’excellentes relations avec Gwendolyn Rutten (Open Vld), mais son vice-Premier ministre, Alexander De Croo, fait également partie de ce cercle. Wouter Beke a toujours entretenu une «relation privilégiée» avec le président du MR, la totalité de la crise de Marrakech les a rapprochés.

Peeters - Michel - De Croo
EPA

« Michel sort nettement du lot »

La question est de savoir comment sont les relations avec la N-VA, après la fin dramatique de Michel I. Des cajoleries et des réceptions devraient régler l’affaire. Mais ni l’un ni l’autre n’a beaucoup à gagner d’un rapprochement avant les élections. Lorsqu’il a présenté sa candidature, Jambon a lancé un signal très important : si c’est le centre-droit, alors il n’y aura pas d’exigences communautaires pour la N-VA. Le patron du MR peut l’accepter, ce qui ouvre la voie à une telle coalition de centre-droit.

« Vous devenez Premier ministre en gagnant la confiance de tous à la table des négociations. Parmi les personnalités cruciales qui ont siégé à la table en 2014, je n’en vois pas beaucoup qui peuvent le faire. Charles Michel est nettement sorti du lot à l’époque. Qui pourrait faire mieux maintenant, en 2019 ? », a déclaré un politologue aguerri.