« Ce ne sera pas la récession, mais la guerre-cession »: voilà en quoi ça fera encore plus mal

Un stratégiste influent avertit : l’économie se dirige vers ce qu’il appelle la « guerre-cession ». De quoi s’agit-il, pour quelles raisons est-ce que cela a lieu, et comment est-ce que cela peut être pire qu’une récession « normale »?

Depuis plusieurs semaines, les avertissement du risque de récession se multiplient. Mais David Roche, stratégiste en investissement vétéran et président d’Independant Strategy, y voit encore un autre risque : celui de ce qu’il appelle la « guerre-cession ».

Qu’est-ce qu’une « guerre-cession » et en quoi est-ce que cela diffère de la récession? « Dans une récession normale, la production et la demande diminuent, l’inflation diminue. Dans ce type de récession, une « guerre-cession », la production diminue en même temps que les coûts et l’inflation augmentent », s’alarme David Roche sur les ondes de CNCB.

« Vous le constatez dans l’inadéquation du marché du travail, vous le constatez dans le prix des produits de base, et je pense que cela va continuer dans une tendance haussière, donc vous êtes confrontés à une situation très étrange où les banques centrales doivent choisir entre leur objectif d’inflation et la croissance« , explique encore l’expert.

Hausse des taux d’intérêt : des risques pour la croissance

Selon lui, le danger est que le marché sous-estime ce risque de « guerre-cession ». Pour l’instant, il reste trop pendu aux lèvres des banques centrales et de leurs (possibles) augmentations des taux d’intérêt. Ces hausses le préoccupent aussi, pour les risques qu’elles représentent pour la croissance, mais il ne s’attend pas à une envolée des taux trop rapide.

Mais même une hausse des taux moins élevée comporte des risques : « lorsque la douleur deviendra extrême du côté de la production, de la performance et de la croissance de l’économie, les taux baisseront à nouveau bien sûr, mais je pense que cela prendra beaucoup plus de temps que ce que suppose le marché des actions », analyse Roche.

Pourquoi l’inflation est-elle susceptible de continuer?

L’inflation historique continuera sur sa lancée, analyse Roche, et la croissance baissera : nous nous retrouvons alors dans la situation de « guerre-cession » qu’il décrit. Et l’inflation est effectivement susceptible de continuer son envolée, pour une raison particulière : la guerre en Ukraine et son évolution.

La guerre semble de moins en moins susceptible de se terminer de manière rapide et pacifique. Les atrocités dans le nord de Kiev rapportées par l’Ukraine semblent en tout cas être un obstacle aux pourparlers, estime Roche. Et Poutine ne voudra pas se retirer d’Ukraine sans une « victoire ».

« Il ne va pas échanger le retrait contre une réduction des sanctions, donc celles-ci restent en place et je pense que les implications pour l’Europe font que vous verrez la récession, parce que les sanctions vont augmenter et se diriger vers un blocus énergétique total », analyse Roche.

Pour l’heure, seul le charbon russe sera placé sous embargo par l’Union européenne, et un embargo sur les autres produits énergétiques reste pour l’instant timidement dans le pipeline, même si certains pays européens ont déjà passé le cap de leur propre initiative. Mais dans tous les cas, un embargo total mènerait à une flambée des prix, car l’Europe n’a pas les ressources pour remplacer le gaz, le pétrole et l’uranium des Russes, et l’inflation continuerait donc fortement.

Mais finalement, dans l’immédiat, la guerre n’est même pas le seul élément qui alimente l’inflation. Les chaines d’approvisionnement sont à nouveau mise à rude épreuve, avec les confinements à Shanghai qui s’éternisent. La ville est une importante place pour la production mondiale, et compte un des plus grands ports du monde. La création de goulots d’étranglement dans le transport mondial provoquera également un choc pour les prix.

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