Auprès de qui notre argent est-il le plus en sécurité: des politiciens élus ou un chef d’entreprise non-élu? Amazon lance sa monnaie numérique

Jeff Bezos
Amazon-CEO Jeff Bezos. – Isopix

Le géant américain de l’e-commerce Amazon est sur le point de lancer sa propre ‘monnaie numérique’. D’abord au Mexique, puis d’autres pays suivront.

Qu’Amazon veuille tester une telle monnaie numérique au Mexique ne devrait pas surprendre. Le peso mexicain a perdu jusqu’à 37% de sa valeur depuis le début de la crise du coronavirus, ce qui a fait perdre aux Mexicains beaucoup de pouvoir d’achat.

Une offre d’emploi, qui a depuis disparu du site d’Amazon, indiquait récemment que l’entreprise était à la recherche d’un ‘leader qui puisse nous aider à déployer un nouveau produit de paiement, qui sera lancé dans un premier temps au Mexique’. Le produit en question permettra aux clients de convertir leur argent en une monnaie numérique, qui à son tour sera utilisée pour profiter de services en ligne, y compris l’achat de biens et/ou de services tels que ‘Prime Video’.

Cependant, à l’instar des autres entreprises de la Big Tech, Amazon a d’autres raisons de vouloir développer son propre système de paiement:

1. Réduire les coûts de transaction

Dans une entreprise, tout tourne autour des transactions. Pour Amazon, on parle de dizaines de millions de transactions quotidiennes. En lançant sa propre monnaie, une entreprise peut ainsi économiser chaque jour énormément d’argent en se passant d’intermédiaires (banques, établissements de crédit, etc.).

2. Octroi de crédits

Des groupes comme Amazon, Facebook ou Apple sont assis sur des montagnes de cash. La marque à la pomme dispose même d’un trésor de guerre de 200 milliards de dollars. S’ils ne peuvent pas accorder directement des crédits à leurs clients en dollars, ces géants ont la possibilité de le faire via leur propre monnaie, qui reste dans leur système.

3. Donner une raison supplémentaire aux clients de rester dans l’écosystème

En lançant leur propre monnaie, les entreprises peuvent garder leurs clients dans leur écosystème encore plus longtemps, et ce dans le but d’accroître encore leurs chiffre d’affaires. Dans certains pays, Facebook est tout simplement synonyme d’internet.

4. Renforcer la fidélité des clients

Une monnaie numérique est programmable. Amazon utilise déjà une ‘Amazon Coin’. Lancée en 2013, celle-ci accorde des remises automatiques (-10%) sur certains produits. Les utilisateurs de la tablette Kindle Fire peuvent l’utiliser pour acheter des applications et des jeux dans l’app store de la société (1 Amazon Coin équivaut à 1 cent américain et à 1 cent européen). Néanmoins, cette initiative – tout comme la tablette elle-même – n’a jamais été couronnée de succès.

Les Big Tech entrent de plus en plus en concurrence directe avec les États

Maintenant que ces entreprises n’ont pratiquement plus à se soucier des règles démocratiques (liberté d’expression) ou fiscales (elles choisissent elles-mêmes où elles vont payer leurs impôts grâce à des systèmes d’évitement), elles entrent de plus en plus en concurrence directe avec les États.

Le jour où les grandes entreprises technologiques commenceront à créer leurs propres moyens de paiement et à proposer des prêts à leurs clients, celles-ci deviendront des créateurs d’argent, un privilège dont seuls les États jouissent pour l’instant et qui constitue la base de la confiance des citoyens envers leur pays.

Bien sûr, on peut s’attendre à une forte résistance de la part des politiques et des lobbies financiers. La question reste de savoir où notre argent est le plus en sécurité: auprès d’hommes politiques élus, qui n’ont réussi qu’à accumuler les déficits au cours des dernières décennies, ou bien auprès d’un chef d’entreprise non-élu, qui réalise plus de 20 milliards de dollars de bénéfices par an et dispose de 85 milliards de dollars cash.