OPA hostile de Veolia contre Suez: la justice ordonne en référé une suspension de la manoeuvre

Antoine Frérot, CEO-Veolia – EPA-EFE/JULIEN DE ROSA

Le tribunal de commerce de Nanterre, saisi dimanche soir par Suez, a ordonné ce lundi à Veolia de suspendre le lancement de toute OPA contre son concurrent, dans l’attente d’un débat au fond sur ses précédents engagements d’amicalité.

Le tribunal ordonne à Veolia ‘de ne pas rendre l’Autorité des marchés financiers destinataire d’un projet d’offre public ni d’initier d’offre publique sur les titres de Suez non préalablement approuvée par le conseil d’administration de Suez’, indique l’ordonnance en référé, prise après la décision de Veolia, annoncée dimanche soir, de lancer son OPA sans l’accord de Suez.

Suez devra pour sa part délivrer une assignation dite ‘à bref délai’ à Veolia, en vue d’une audience le 18 février, ajoute le tribunal.

Une OPA hostile à 7,9 milliards d’euros

Dans ce qui est apparu comme un coup de théâtre, le champion français de l’eau et des déchets Veolia est passé à la vitesse supérieure dimanche en mettant près de 8 milliards d’euros sur la table afin d’acquérir Suez, renonçant au caractère amical de sa tentative de rachat de son concurrent après des mois de tentatives infructueuses.

C’est par un bref communiqué que Veolia, qui a acheté en octobre 29,9% du capital de son grand concurrent français Suez, a constaté que ‘ses tentatives répétées d’amicalité, réitérées dans sa proposition d’offre du 7 janvier 2021, se sont toutes heurtées à l’opposition’ de sa cible.

Face à l’intransigeance de Suez, le conseil d’administration de Veolia a décidé de lancer une offre publique d’achat au prix de 18 euros par action sur les 70,1% du capital qu’il ne détient pas, soit une opération d’un montant de 7,9 milliards d’euros en numéraire.

Sa cible a immédiatement réagi auprès de l’AFP: ‘Veolia est dans l’impossibilité juridique de déposer une OPA’, a souligné une porte-parole de Suez, dénonçant une ‘rupture de l’engagement d’amicalité’ pris par Veolia. ‘Nous ne laisserons pas faire Veolia dans son entreprise de destruction’, ont déclaré de leur côté conjointement les syndicats de Suez dénonçant une ‘OPA hostile contre Suez et ses salariés’, synonyme de ‘déclaration de guerre sans retour’.

Dans un marché mondial de plus en plus soutenu et concurrentiel, Veolia veut créer un ‘super champion français’ du secteur, un ‘projet dans l’intérêt de la nation’, selon son PDG Antoine Frérot. Le groupe a abattu ses cartes fin août, alors qu’un mois plus tôt son actionnaire Engie s’était dit ‘ouvert’ à la cession de ses 29,9% dans Suez.

Transformer l’or en plomb?

Mais depuis des mois, sa cible crie au ‘démantèlement’, invoquant son propre potentiel, son plan stratégique, ses cessions pour lui permettre d’acquérir des activités de pointe. Pour le directeur général de Suez, Bertrand Camus, cette OPA serait ‘une alchimie à l’envers, pour transformer l’or en plomb’.

De leur côté, des élus ont exprimé de fortes craintes quant aux conséquences du projet, sur le prix de l’eau, le maintien de la concurrence, l’investissement, l’emploi.

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