L’Ukraine mettra bientôt en service ses propres missiles balistiques


Principaux renseignements

  • L’Ukraine développe ses premiers missiles balistiques nationaux depuis l’ère soviétique.
  • Fire Point conçoit des armes à courte portée et des armes stratégiques à longue portée capables de frapper en profondeur sur le territoire russe.
  • La production nationale réduit la dépendance de Kiev vis-à-vis des dons limités de missiles étrangers.

Pour la première fois depuis la dissolution de l’Union soviétique, l’Ukraine développe ses propres missiles balistiques nationaux. Cette initiative est menée par la société Fire Point, déjà reconnue pour la production du missile de croisière FP-5 Flamingo.

FP-7 et FP-9

L’entreprise conçoit actuellement deux armes distinctes : le FP-7 et le FP-9. Le FP-7 est un missile à courte portée capable de parcourir 200 kilomètres avec une ogive de 150 kilogrammes, destiné à détruire des cibles tactiques proches des lignes de front, telles que des dépôts de munitions, des centres de commandement et des installations radar.

En revanche, le FP-9 est une arme stratégique à longue portée dotée d’une charge utile plus importante et d’une portée de 600 à 800 kilomètres, ce qui permettrait à Kiev de frapper en profondeur sur le territoire russe en quelques minutes.

Missiles balistiques

Cette initiative marque un tournant dans le conflit. Alors que les drones à vue subjective (FPV) ont récemment fait la une de l’actualité, la guerre entre dans une phase marquée par les capacités balistiques. La Russie a déjà largement recouru à ces armes, en utilisant les missiles Iskander-M, Kinzhal, ainsi que les KN-23 et KN-24 fournis par la Corée du Nord, sans oublier le missile à portée intermédiaire Oreshnik.

Si l’Ukraine a utilisé des ATACMS américains pour frapper des cibles de grande valeur, ses stocks sont limités et dépendent fortement des dons étrangers. L’objectif de « Fire Point » est de combler ce fossé industriel, car la capacité de la Russie à fabriquer ces armes dépasse de loin celle dont dispose actuellement l’Ukraine.

Haute vitesse

La nature technique de ces armes leur confère un pouvoir destructeur redoutable. Contrairement aux missiles de croisière, les missiles balistiques accélèrent rapidement puis suivent une trajectoire en arc de cercle vers leur cible à plusieurs kilomètres par seconde.

Les versions modernes, comme celles développées par Fire Point, utilisent un combustible solide pour un déploiement plus rapide et un guidage par satellite ou inertiel avancé pour une précision supérieure à celle des premières fusées V-2 de la Seconde Guerre mondiale. Leur vitesse extrême ne laisse aux défenseurs que quelques minutes d’alerte, rendant l’interception — pour laquelle l’Ukraine s’appuie principalement sur le système Patriot — exceptionnellement difficile.

Combler le déficit de production

Cette disparité de production constitue une vulnérabilité critique pour Kiev. Le président Zelensky a souligné que la Russie est capable de produire environ 1 200 à 1 500 missiles balistiques par an. Dans le même temps, la production des intercepteurs Patriot par Lockheed Martin est nettement plus lente, avec un rythme actuel d’environ 650 unités par an.

Cet écart fait de la production nationale une nécessité stratégique. L’Ukraine ne part toutefois pas de zéro : à l’époque soviétique, la ville de Dnipro était un pôle mondial de la science des fusées, où l’usine Yuzhmash et le bureau d’études Yuzhnoye ont créé les missiles stratégiques les plus puissants de l’URSS.

Un tournant pour l’Ukraine ?

Si Fire Point parvient à faire revivre cet héritage industriel, l’impact pourrait être transformateur. Fabian Hoffmann, de l’Institut norvégien d’études de défense, estime que si l’Ukraine parvenait à produire environ 50 missiles FP-9 par mois avec une grande précision, cela menacerait gravement les infrastructures militaires et les pôles industriels russes.

Comme ces missiles se déplacent beaucoup plus rapidement que les drones ou les missiles de croisière, ils ne laissent pratiquement aucun temps de réaction aux défenses aériennes russes, ce qui permettrait potentiellement à l’Ukraine de démanteler systématiquement les lanceurs et les radars qui menacent actuellement ses villes. (fc)

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